Vous retrouverez dans cette rubrique les critiques de spectacles et des "chroniques" musicales qui sont rédigées avant le concert.
Ou presque !
Sur scène, trois musiciens (Mathieu Bauer, Sylvain Catigny et Lazare Boghossian) et deux acteurs et chanteurs (Kate Strong et Matthias Girbig) alternent entre chansons, narration et agitation, en passant de l’anglais au français (avec une petite pointe d’allemand) aussi vite qu’une balle lors d’un match à Roland Garros. Les acteurs nous livrent petit à petit divers passages du livre, qui percutent : les premiers concerts des Stooges, la naissance du magazine Punk, les impressions des managers mais aussi et surtout tout ce qui fait ce vaurien de punk : le look déluré, la jeunesse, la crasse, la révolte, la drogue, l’absurde, le je-m’en-foutisme, la fougue, la franchise…
Si la mise en scène audacieuse et mouvementée mêle différents médiums artistiques avec brio et que les acteurs sont impressionnants, on regrette tout de même les quelques incompréhensions dues à la multiplication des sons (et l’imperfection du sous-titrage qui n’était, en plus, prévu que pour l’anglais*) mais aussi, peut-être, l’absence réelle de scénario (qui sait ? l’idée est peut-être à creuser) ainsi qu’un cruel manque d’interprétation musicale plus agressive (un petit Ramones ou un bon Clash nous aurait été le bienvenu en guise de remontant !)
Enfin, malgré ces petits bémols, une chose est sûre : la pièce et son texte, continuant à remuer dans vos entrailles de longues heures durant, ne laissera personne indifférent ** !
* Même pour les francophones il est généralement dur de comprendre quelqu’un dont la voix est recouverte par le son de la musique).
** Mis à part les détracteurs du punk mais cela va de soi, n’est-ce pas ?
Retrouvez toutes les chroniques de Carole Glaude sur Culture et Compagnie
"Le roi Lear ou Le Père Goriot relu par Beckett" (François Ost). Cette tragédie shakespearienne, pleine de trahison, de crimes, de bruits et de fureur est aussi un drame familial corrosif et une fable métaphysique, qui interroge l’homme sur l’absurdité de sa condition. Soutenu par une équipe bien inspirée, Lorent Wanson a réussi à rendre accessible sa complexité, en préservant sa rugosité.
Confrontation entre la naïveté d’une jeune femme troublée et le monde des adultes, « Les névroses sexuelles de nos parents » propose une réflexion sur la normalité dans la sexualité, et aussi, indirectement, sur la place d’une jeune handicapée dans la société moderne. N’offrant pas de réponse, le spectacle suggère des questionnements, il s’agit donc du récit d’une tranche de vie, chacun s’interrogera sur les dérives auxquelles il aura été sensible. Une histoire intéressante, sans objet manifeste, juste quelques humains dans leur rôle quotidien.
Beaucoup d’imagination et de subtilité dans cette nouvelle adaptation du texte de John Buchan déjà mis en scène en 1935 par Alfred Hitchcock. Michelangelo Marchese interprète magnifiquement le rôle du jeune homme oisif de 37 ans qui s’ennuie dans son appartement londonien. Entouré par la gracieuse Joséphine de Renesse, aussi crédible en femme élégante qu’en paysanne écossaise, et aussi par Gaëtan Lejeune et Marc Weiss, qui changent de rôle comme de chapeau, ce quatuor relève brillamment tous les défis.
Dans une de ses chroniques "Le pays petit", Claude Semal affirmait : "Je continue à vivre, à travailler et à chanter dans ce "pays siamois", avec la même passion, la même exaspération... et parfois bien sûr les mêmes doutes." Il n’a pas changé. On retrouve dans "Ceci n’est pas un chanteur belge", un artiste écoeuré par la déliquescence de la Belgique ("BELGIK = belge ik ?), désabusé par le progrès mal digéré, révolté par l’écrasement des faibles, mais aussi un quinquagénaire qui refuse le désespoir.
Dans Le Sabotage Amoureux, la deuxième adaptation au théâtre d’Amélie Nothomb par Christine Delmotte, on fait rimer « Amour » avec « jeu », et « jeu » avec « Guerre ». Ces mots sont la triade infernale qu’a vécu l’auteure à ses sept ans, dans un « ghetto » diplomatique, en pleine Chine communiste. L’Amour, c’est Elena, « le centre du monde » sur lequel le triomphe signifie briser l’indifférence ; et le jeu, c’est cette épopée héroïque de l’enfance, la seule assez digne d’être vécue, la seule, la vraie, la guerre. Amour et jeux guerriers sont les écoles savoureuses d’Amélie, qui nous raconte sa découverte de la cruauté de l’enfance conjuguée à l’humour et le dynamisme d’une mise en scène haute en couleur.
Comme en réponse à l’appel de Stéphane Hessel, la compagnie flamande Tristero se propose d’explorer les raisons de notre inertie. Une librairie, symbole de la complexité du monde contemporain, accueille les petites fourmis que nous sommes, tellement engluées dans les interconnections d’un système qui nous dépasse tellement qu’on ne sait même plus contre qui nous indigner. Alors on n’y pense plus, on vend et on achète. Comme le disait déjà Montesquieu, rien de tel que le commerce pour adoucir les moeurs.
"L’important n’est pas d’arriver, ni même de partir, c’est le voyage, c’est de s’offrir une petite cigarette bien méritée, c’est de mordre la vie à belles dents." Par cette phrase, le metteur en scène Patrice Kerbrat souligne la vitalité des "deux petites dames", qui se lancent allègrement dans un pèlerinage funèbre. Un road-movie tonique, qui évoque la fusion entre deux sœurs, le deuil et le vieillissement, avec humour et émotion.
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Please Kill Me ? C’est initialement le titre d’un ouvrage paru chez Allia en 2006. Please Kill Me, c’est l’histoire du punk, racontée par ses acteurs. C’est 625 pages d’anecdotes, de souvenirs, de vécu. Racontées par qui ? Iggy and the Stooges, The Sex Pistols, The Dictators, The Ramones et leurs complices. Et les voilà qui débarquent au théâtre…
De la belle matière première à ce texte de Brigitte Bailleux : les lettres que son père envoyait à sa famille quand il était à la guerre. Le regard sur le père comme fils par sa propre fille. Oui, les mots simples peuvent contenir beaucoup de poésie. Mais ici, ça sonne un peu creux – dans le sens où on a l’impression que l’auteure a eu peur de toucher aux mots qui ne lui appartiennent pas - et trop intime pour être vraiment partagé. Ça se veut onirique quand on dirait plutôt un patchwork d’idées accumulées qu’on a voulu ressortir en vrac mais dans une même création.
Né d’un père tunisien et d’une mère suédoise, Jonas Hassen Khemiri est fasciné par les problèmes d’idendité. Témoin : "Un Oeil rouge", son premier roman, dont Halim, le héros, est en lutte contre une intégration caricaturale. Dans "Invasion !", il s’attaque aux malentendus et aux clichés qui nourrissent le racisme. Malheureusement, cette comédie hybride manque de ressort et rate parfois sa cible.
Dans « Le signal », il en pleut, plic-ploc, du début à la fin. Un rappel à la terre sans doute et à toutes les métaphores qui y prennent racine. Peut-être même un fil conducteur un peu faible à ce spectacle qui aborde 5 histoires très singulières, 5 biographies qui ont en commun le décrochage par rapport aux lourds carcans sociétaux, 5 formes de marginalité très vivantes. On en retient de la puissance et du cri libérateur mais on capte aussi un penchant à la bordélo-comédie.
Quel honneur ! Quelle bonté ! Quel dévouement ! Aujourd’hui (et ce jusqu’au 31 décembre, bougre de chanceux), l’humoriste Bruno Coppens a fêté son demi-siècle avec nous ! Vous en connaissez beaucoup, vous, des hommes qui peuvent se targuer d’aimer et de se consacrer à tel point à son public qu’ils n’hésiteraient pas à célébrer sur scène leur premier pied dans la tombe, encore et encore, inlassablement avec joie et bonne humeur ?
Tout en charme et en sobriété, Viktor Lazlo nous offre un moment jazz au théâtre, puis, bientôt, dans d’autres salles. Elle évoque la vie sombre de la chanteuse noire américaine Billie Holiday par quelques phrases déposées parmi ses chansons, quelques photos projetées pendant les morceaux ou un gardenia blanc dans ses cheveux, la fleur qui ne fera jamais d’elle une blanche… Un délicieux moment hors du temps.
Si nous étions des plus inquiets quant à la tournure qu’une pièce telle que Georges Dandin in Afrika pouvait prendre, nos craintes se sont révélées totalement injustifiées… Nous sommes loin d’une assommante homélie sur les situations peu cocasses qu’ont subies les pays subsahariens, Dieu merci !
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De deux choses l’une, si vous avez une très manifeste aversion pour les enfants et/ou aucune affinité avec l’humour fonckien, vous n’avez pas intérêt à mettre les pieds au TTO pour assister à « Fée un vœu ». Par contre, si vous aimez Sttellla et/ou que vous avez des enfants, vous avez tout intérêt à d’ores et déjà réserver vos places pour le mois de décembre car vous risquez fort d’apprécier cette création à la mise en scène signée Uffner !
C’est encore un peu éberluée que nous entamons la rédaction de cette critique. À croire qu’il faut avoir été martyrs pour faire preuve de grâce et de finesse théâtrales au point de réellement frôler la perfection ! Vous pourriez penser que j’exagère mais il n’en est rien. Il s’agit simplement d’un texte splendide interprété par deux acteurs de mérite. Rien de plus.
"Bravo Martine"(1995), "Miss B" (1999) et "Capitaine Chantal" (2006) ont permis à Laurence Bibot d’imposer son style d’humour et sa forte personnalité. Racontant les aventures qu’une fille de la campagne s’invente, pour tromper son ennui, ou les affres d’une candidate au titre de Miss Belgique, ou encore la dernière rencontre entre Laurence et sa maman, redescendue sur terre, ces histoires, co-écrites avec Nathalie Uffner, nous emportent dans un univers imaginaire, qui libère une flopée de personnages excentriques. Dans "Soeurs Emmanuelle", les deux complices appliquent la même formule à six femmes célèbres. Des icônes qui servent de tremplins à un spectacle allègre, délirant mais inégal.
Maniant avec virtuosité humour, ironie et fantastique, Stefano Benni est devenu, aujourd’hui, un des auteurs marquants de la littérature italienne. Pour nous entraîner dans son univers décalé, Marie-Paule Kumps et Bernard Cogniaux ont porté à la scène une quinzaine de nouvelles tirées de "La dernière larme" et de "La grammaire de Dieu". Déformant la réalité pour nous ouvrir les yeux, ces histoires, interprétées avec finesse, nourrissent un spectacle alerte, pétillant et rempli de trouvailles.
Pour Michel Dezoteux, qui nous propose une version effervescente des "Trois soeurs", "Tchekhov n’est pas un auteur psychologique, il ne bâtit pas un personnage par petites touches successives, il le livre tout entier dans sa contradiction émotionnelle." C’est pourquoi le metteur en scène s’est efforcé d’impliquer, le mieux possible, le spectateur dans ce chassé-croisé de sentiments opposés. Même si certaines scènes d’allégresse sont forcées, ce spectacle bouillonnant, intense, illuminé par le jeu de quelques excellents comédiens, nous touche profondément.
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