Mère courage et ses enfants

Bruxelles | Théâtre | Théâtre des Martyrs

Dates
Du 16 au 30 octobre 2019
Horaires
Tableau des horaires
Théâtre des Martyrs
Place des Martyrs, 22 1000 Bruxelles
Contact
http://www.theatre-martyrs.be
billetterie@theatre-martyrs.be
+32 2 223 32 08

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Mère courage et ses enfants

« Vous n’arriverez pas à me dégoûter de la guerre. On dit qu’elle détruit les faibles, mais ils sont foutus aussi en temps de paix. »

Alors que l’Allemagne entre en guerre, Bertolt Brecht, exilé en Scandinavie, écrit Mère Courage et ses enfants dont il fera ensuite, la paix revenue, une mise en scène qui fera date dans le théâtre européen de l’après-guerre.

S’inspirant du roman Les aventures de Simplicius Simplicissimus de Grimmelshausen, il situe la pièce pendant la guerre de Trente Ans qui opposa catholiques et protestants, brossant en douze tableaux tantôt comiques, tantôt dramatiques, tantôt cyniques ou bouleversants, les pérégrinations d’Anna Fierling, cantinière tirant sa carriole de champ de bataille en champ de bataille, de Pologne en Bavière.

Ne renonçant à rien pour faire une bonne affaire et préserver son gagne-pain, elle n’a ni religion, ni patrie et ne s’intéresse qu’aux petits profits qu’elle peut tirer en vendant quelques marchandises aux soldats. L’aumônier lui rappellera les risques qu’elle encourt lui rappelant que « pour déjeuner avec le diable, il faut avoir une grande cuillère ». Elle verra périr ses trois enfants, Eilif, qui s’engagera dans l’armée, l’honnête Fromage Suisse, et Catherine, sa fille muette, mais rien ne viendra à bout de son opiniâtreté…
« Vouloir vivre de la guerre ne va pas sans le payer cher », écrit Bertolt Brecht.

Distribution

traduction Irène Bonnaud • jeu Daphné D’Heur, Soufian El Boubsi, Alain Eloy, Sarah Joseph, Romina Palmeri, Anthony Sourdeau, Valentin Vanstechelman, Jérémy Zagba, Bogdan Zamfir • adaptation & mise en scène Christine Delmotte-Weber assistée d’Antoine Motte dit Falisse • scénographie & costumes Renata Gorka • création sonore Pierre Slinckx • éclairages Enrico Bagnoli

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8 Messages

  • Mère courage et ses enfants

    Le 21 octobre à 15:37 par loulou

    Cela faisait des années que je n’avais plus eu l’occasion de voir une pièce de B.Brecht.
    _J’ai retrouvé les thèmes chers à cet auteur et apprécié la mise en scène ainsi que l’interprétation de Mère Courage.
    Je n’ai pas vu le temps passer (2h).Par contre j’ai eu beaucoup de mal avec les chansons surtout au début.

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  • Mère courage et ses enfants

    Le 22 octobre à 11:15 par babou39

    Une pièce de Brecht très bien interprétée, j’ai trouvé que tous les acteurs jouaient "juste". Cela m’a rappelé le Brecht que j’avais étudié à l’école, pièce fidèle donc à l’idée que je m’en faisais.
    J’ai également eu un peu de mal avec les chansons, interprétées de façon atonale parfois ; cela est subjectif mais j’ai eu les oreilles écorchées quand même !

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  • Mère courage et ses enfants

    Le 23 octobre à 00:44 par monsieurkeuner

    Quel plaisir de découvrir cette mise en scène de Mère Courage ! Transposer en notre temps le message universel de Brecht tout en restant fidèle à son œuvre ? Marcher dans les traces d’Helene Weigel et du Berliner Ensemble sans devoir craindre la comparaison avec ces géants de l’histoire du théâtre ? La metteuse en scène, Christine Delmotte-Weber, et les acteurs relèvent ce défi avec bravoure !

    Voici quelques points forts qui m’ont particulièrement frappé :

    D’abord, Mère Courage elle-même, admirablement jouée par Daphné D’Heur, qui montre les contradictions de son personnage d’une manière juste et nuancée.

    Puis, l’équilibre délicat entre références au présent (uniformes, armes...) et respect du texte et de ses éléments historiques (résumés introduisant chaque tableau, monnaies etc.), dont la mise en contraste fonctionne comme moyen efficace de distanciation, nous rappelant que la pièce ne traite pas de telle ou telle guerre en particulier, mais de la guerre moderne comme continuation du commerce par d’autres moyens (et donc comme prolongement organique du capitalisme).

    Ensuite, le personnage de Kattrin, interprété avec subtilité par Sarah Joseph, dont les interactions muettes avec Mère Courage, avec ses frères, avec le cuisinier renforcent de manière significative la complexité et la profondeur émotionnelle de la pièce.

    Sans oublier Soufiane El Boubsi, qui a su incarner, dans le rôle du cuisinier, un personnage contradictoire de manière convaincante.

    Ou encore Yvette (Romina Palmeri), tout à fait crédible comme séductrice façonnée et abimée par la guerre.

    Enfin, les chansons, remises au goût du jour d’une manière qui conserve l’esprit de leurs modèles historiques et interprétées de manière remarquable par les comédiens (pour ce qui est de la perception par certains des parties chantées comme atonales, elle s’appliquerait tout autant aux versions originales de Dessau, Eisler, Weil...).

    Cette liste se laisserait encore prolonger très facilement, mais il vaut mieux tout simplement aller voir la pièce. Bref, bravo et merci à la metteuse en scène et aux comédiens !

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  • Mère courage et ses enfants

    Le 26 octobre à 17:33 par cocovin

    Une pièce de Brecht qui prend aux tripes tellement les comédiens rentrent dans leur personnage, tant dans la gestuelle que dans les expressions. Nous étions transporté totalement dans cette époque difficile de la guerre. La musique, prenante et superbement bien sélectionnée et admirablement bien interprétée par les comédiens. Une mise en scène exceptionnelle. N’hésitez pas à aller voir cette pièce, vous ne serez pas déçus.

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Vendredi 4 octobre 2019, par Yuri Didion

Monstrueusement humaine

De champs de bataille en champs de bataille, la Mère Courage suit la guerre avec sa caravane. Accompagnée de ses trois enfants, elle négocie, vend et achète des denrées variées : souliers, boucles de ceintures, eau-de-vie, chapon ou munitions... Elle sait se montrer intelligente, roublarde, ou pathétique selon les situations. Mais "qui veut vivre de la guerre doit lui payer tribu" l’avertit un sergent. Avec "Mère Courage et ses enfants", astucieusement sous-titré "Chronique de la guerre de Trente Ans", Brecht montre l’Histoire du point de vue des petites gens, de ceux qui finissent inévitablement écrasé par les décisions des grands. Tant pis : malgré la faim, malgré le froid, malgré les pertes et la tristesse, Mère Courage continue. Elle vit, inexorablement.

Avant même le début du spectacle, on aperçoit déjà sur scène un imposant mur de brique structuré par deux ouvertures fermées par des volets métalliques. Cette esthétique urbaine entraîne directement le spectateur dans un imaginaire contemporain. Le dispositif très frontal du mur est rendu jouant : il sert d’écran pour des projections de textes, les volets s’ouvrent pour créer des espaces différents. L’entrée de Mère Courage et ses enfants valide le pressentiment d’actualité : tirant une caravane métallique avec un tag pour seule enseigne, ils arrivent en chantant sur des guitares électriques et des rythmes électro. Vêtus de jean’s, de cuir, de sweat à capuche, ils donnent rapidement une impression à la fois misérable et bigarrée. Et tout au long de la pièce, au long des pénibles déplacements, la caravane se dévoile, tantôt maison, tantôt entrepôt de matériel, tantôt bar-truck où les soldats viennent boire pour reprendre un peu de courage. Est-elle aussi pesante que ce que les comédiens montrent ? En tout cas, entre le poids qu’ils lui donnent et l’espace réduit qui doit en compliquer la manipulation, cette carriole prend une place imposante. Une très bonne dramaturgie, donc, qui donne à la caravane une place à part entière : elle est à la fois le lieu, indissociable du personnage de Courage, autour duquel se construisent les douze tableaux de l’action, et un personnage à part entière, que la Mère cherche à préserver au même titre que ses enfants.

L’ouverture des volets permet la multiplicité des lieux de l’action. Ces derniers sont installés à vue du public. Le parti pris est tout à fait brechtien : le but n’est pas l’illusion théâtrale, ici, tout est montré. Néanmoins, parfois, c’est un peu trop, comme ce mannequin en tissu qui chute du plafond pour représenter le corps du fils décédé qu’on oblige Mère Courage à identifier, ou ce masque en latex pour jouer le vieux colonel qui fait un peu "braqueur de banque". Dommage. Cependant, la scénographie - qui sort le texte de l’Histoire qu’il décrit (le Guerre de Trente Ans), du contexte dans lequel il a été écrit (les prémisses de la Seconde Guerre Mondiale) et lui permet d’accéder à une actualité parlante - n’est pas le seul élément participant à cette distanciation. Le texte a été légèrement adapté, mais sans changer la dramaturgie fondamentale. Ainsi, "les épées deviennent des machettes et des mitrailleuses". Cette légère réactualisation crée donc un effet étrange lorsqu’on lit, dans les textes projetés sur le mur, des titres de tableaux qui contiennent des dates du XVIIè siècle. Distanciation, de nouveau.

Cependant, la question de l’intérêt de ces projections se pose. En effet, elles dévoilent, la plupart du temps, ce qui va se passer dans la scène qui suit et détruit donc tout effet de suspens, de tension, de surprise . Si le procédé vise sans doute, comme l’a théorisé Brecht, à transmettre au spectateur la distance entre l’acteur et ce qu’il énonce, ce qui est censé faire de l’énonciation elle-même un acte politique, il peut également faire apparaître une certaine redondance. De plus, ces explications parfois complexes, sortent très fort du récit : ça parle de Suédois, de protestants, de Polonais, de catholiques, ça situe les voyages de Mère Courage à travers une pléthore de villes européennes ... à tel point parfois qu’on ne sait plus très bien qui est qui, ni où l’on est. Dans cette masse d’informations tout à fait inutile à la compréhension de la scène, le spectateur a parfois le sentiment de ne pas suivre. Sans doute est-ce en partie dû à la complexité du conflit représenté, une guerre dite de religion, aux forts tenants politiques, mais ça reste dommage quand la scénographie répond finalement à toutes les questions : des couleurs d’uniformes différentes pour les deux camps, le changement de drapeau lorsque Mère Courage retourne sa veste, et les déplacements de la caravane pour passer d’un champ de bataille à l’autre, d’un pays à l’autre. Si l’on peut également supposer que cela met en avant l’inintérêt de ces informations pour les petites gens, comme Mère Courage ou comme nous, et participe donc au message de l’auteur qui, refusant de choisir un camp, critique la guerre elle-même, il n’en est pas moins vrai que c’est un procédé qui fait parfois sentir certaines longueurs.

Fort heureusement, les comédiens réussissent à faire oublier cela avec brio. Daphné D’Heur est une Mère Courage complexe : à la fois forte, joyeuse, cynique, concupiscente, elle donne à voir une myriade de facettes du personnage. Cela la rend tout à fait sensible. Elle fait ce qu’elle peut, en dépit du bon sens parfois, comme n’importe qui. Comme toutes ces mères qui, surprises par la guerre, se démènent pour assurer à leurs enfants la subsistance qui les gardera loin du front. En ce sens, Mère Courage est un personnage mythique : elle n’est pas une héroïne, une sainte dont on devrait envier le destin ou admirer les actions, ni un monstre qui nous renvoie un reflet déformé de nous-mêmes pour nous mettre en garde. Elle est avant tout humaine : une femme qui a des désirs, de la compassion, de l’amour, de la colère, ... La mythe réside là, dans cette dramaturgie de la complexité. Pour l’interprète, cela veut dire être capable de grands écarts de jeu, d’une grande palette émotionnelle, d’une conscience de la chose politique ; cela signifie aussi jouer au-delà des cris et du feu de la passion, et pouvoir laisser planer toute la force de certains silences à durée incertaine. Autant d’énergies différentes dans lesquelles se cache la Courage, et qu’il faut être une grande artiste pour mobiliser avec une telle justesse.

A ses côtés, et participant à mettre en lumière ce personnage, Anthony Sourdeau (Eilif) et Valentin Vanstechelman (Fromage Suisse) font un véritable travail de création de personnages. Posture corporelle, diction, comportements et autres petits tics, tout ce qu’il faut pour les rendre suffisamment louches pour que Mère Courage paraisse finalement plus humaine encore. Et, grande réussite, cela n’entache pas la cohérence de jeu. On retrouve chez presque tous cette étrangeté, cette anomalie, cette laideur qui contribue au caractère épique du théâtre : un cuisinier qui n’a pas une once de honte à rejeter la fille de sa compagne pour s’en sortir, un prédicateur boiteux qui n’hésite pas à renier à sa foi pour survivre, une prostituée qui utilise le malheur d’une amie pour négocier à son avantage, ...Chapeau enfin à Sarah Joseph, dans le rôle de Kattrin, qui transmet, malgré le mutisme de son personnage, des sentiments très forts au public, et à l’état brut : angoisse, colère, déception. De manière tout à fait inattendue, cette absence de parole, bien qu’un défi d’interprétation brillamment relevé, est sans doute ce qui fait de Kattrin un des éléments essentiels auquel, en tant que public, on peut s’identifier : tout le monde a déjà eu la sensation aliénante de n’être pas compris, ou pas écouté. C’est sans doute pour cela que les frissons arrivent lorsqu’elle monte à la fenêtre pour avertir la ville à coup de marteau, et que son rire de folie nous touche si brusquement.

Ces folies, ces bizarreries, ces personnages contradictoires et vulgaires, dont le corps tordu est un reflet de l’âme, tout cela donne aussi un ton très shakespearien. On y retrouve cette complétude des portraits, ce caractère baroque et ce mélange de style : esthétique contemporaine, drame historique, destin tragique. "Comment Mère Courage perdit l’un après l’autre ses enfants en cherchant à ménager sa fortune", ou comment, en voulant à tout prix échapper à la souffrance, elle devint l’artisan de son propre malheur : en s’évertuant à préserver son gagne-pain, sa roulotte, pour garder et nourrir ses enfants, elle leur fait rencontrer la guerre, et donc les envoie à leur perte. Ainsi, Mère Courage représente cette humanité qui croit toujours éviter la mort, mais se précipite d’elle-même vers son destin. Tout ceci contribue à la sagacité et la finesse de cette création signée Christine Delmotte-Weber.

"Mère Courage et ses enfants", en résumé, c’est donc un spectacle très intelligent, tant au niveau de la mise en scène générale que de l’interprétation. Intelligent dans tous les sens du terme, d’ailleurs : si parfois il parle plus à la tête qu’au cœur, il est néanmoins certain que tout se tient, que l’esthétique parle à l’homme actuel, et que l’intrigue et la narration rendent le thème limpide. C’est une pièce qui se place hors du temps pour se recentrer sur les réactions des Hommes devant la douleur, le devoir ou la mort.

MERE COURAGE ET SES ENFANTS

Théâtre des Martyrs


Place des Martyrs, 22
1000 Bruxelles