La route du levant

Bruxelles | Théâtre | Théâtre National Wallonie-Bruxelles

Dates
Du 11 au 24 janvier 2018
Horaires
Tableau des horaires
Théâtre National Wallonie-Bruxelles
Boulevard Emile Jacqmain, 111 1000 Bruxelles
Contact
http://www.theatrenational.be
info@theatrenational.be
02-203.41.55

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La route du levant

Au-delà de la peur et des préjugés, La Route du Levant nous plonge dans un huis clos oppressant pour tenter de comprendre la radicalisation religieuse violente... Deux hommes dans un commissariat de banlieue, l’un est policier, l’autre est soupçonné de vouloir rejoindre un groupe terroriste en zone de conflits ; l’un défend les opportunités offertes par notre société, l’autre illustre une jeunesse pétrie de désillusions. Commence alors un interrogatoire tendu, à la manière d’un jeu d’échecs, chacun tentant de donner le change pour déstabiliser l’autre. Leurs visions du monde occidental se confrontent, s’affrontent... jusqu’à ébranler nos idées reçues ?

La Route du Levant de Dominique Ziegler lève le voile sur une question cruciale au regard de l’actualité : quels facteurs poussent nos jeunes à prôner des idées violentes et radicales ? Un spectacle fort qui ouvre le débat !

RENCONTRE APRES CHAQUE REPRESENTATION

Avec l’équipe artistique, et en alternance, Thibault Zaleski, chargé de missions pédagogiques au sein de la Coordination nationale d’actions pour la Paix et la Démocratie (CNAPD), Dominique Ziegler, l’auteur de la pièce, et Hicham Abdel Gawad, formateur en dialogue islamo-chrétien, doctorant en sciences des religions, co-rédacteur e. a. du rapport "Convictions et croyances face aux défis sociétaux", et "Comment réagir face à une personne radicalisée ?".

PRESSE

L’Echo, 9 janvier 2018 - "Le djihad sans voile"
Musiq’3, 9 janvier 2018
Metro, 5 janvier 2018
Le Soir, juillet 2017 - "« La route du Levant », mettant en scène un flic et un djihadiste, livre une vision troublante d’un dramatique problème de société qui suscite le débat après chaque représentation"
Emission Françoise Baré / La Première

DOSSIER PEDAGOGIQUE

A télécharger ici

[BACKSTAGE]

Interview de Dominique Ziegler

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Lundi 15 janvier 2018, par Jean Campion

Au-delà de l’horreur, la vérité de chacun

Molière voulait "instruire les hommes, tout en les divertissant".(Préface de "Tartuffe"). Dominique Ziegler s’efforce de lui emboîter le pas, en proposant un théâtre politique, populaire, différent du théâtre engagé. "Le Trip Rousseau" (2012) ou "Pourquoi ont-ils tué Jaurès ?" (2014) rapprochent les pensées de ces figures historiques, des secousses qui agitent notre société. "Ombres sur Molière" (2009) pose le problème des rapports entre l’artiste et le pouvoir. "La Route du levant" (2014) est un huis clos qui oppose un flic aguerri à un aspirant djihadiste. Chacun tente de déstabiliser l’adversaire et fait entendre sa conception du monde et de l’existence. Un affrontement âpre, qui soulève de nombreuses questions.

Dans un commissariat de banlieue française, un policier interroge Michaël Lombardo, soupçonné d’association de malfaiteurs à but terroriste. Un billet d’avion pour la Turquie et des indices repérés dans son ordinateur laissent supposer qu’il comptait rejoindre un groupe islamiste, en Syrie. Ancien éducateur de rue, le flic ne l’attaque pas de front. Pour le piéger, il simule la bienveillance. Enlève les menottes. Et lui parle de son premier métier, de sa famille, d’une possibilité de libération rapide. Sur ses gardes, le présumé djihadiste se tait, puis ricane, l’insulte et l’oblige à changer de ton, à brandir des preuves. Le dialogue est amorcé et deviendra un duel impitoyable.

Tout en jouant au chat et à la souris, les deux hommes libèrent une part de leur vérité. La fréquentation de la mosquée et les messages glanés sur Internet ont fait comprendre à Michaël qu’il n’avait rien à attendre de cette société occidentale, pervertie par de fausses valeurs et injuste à l’égard des démunis :" 2% des gars partent avec les bonnes cartes en main. Le reste, c’est "démerde-toi"." Son origine le prédisposait à devenir "un dealer qui bouffe des Mac Do". Allah lui a fait choisir une autre voie. Il aime sincèrement ses parents, mais les quitte, car ceux-ci ne tolèrent pas sa foi. Son avenir est auprès de ses "frères", sur la terre de Cham (ancien nom de la Syrie). Il change de nom, de look. Finies les fringues, hochets de la société de surconsommation ! Quand le flic ricane devant sa paire de Nike, il prétend que le Coran les recommande pour fouler la terre sainte. Le gardien de l’ordre démystifie ses illusions, vilipende les égorgeurs et dénonce son ingratitude à l’égard de la République : il a pu aller à l’école, apprendre un métier. Cependant ce flic "de gauche", qui voudrait sauver la brebis égarée, est aussi un enquêteur habile, à l’affût de révélations importantes.

Ces échanges tendus nous interrogent sur la tendance à stigmatiser, sur le processus de radicalisation religieuse, sur les alternatives au recours à la violence...etc. Mais "La Route du levant" ne s’enlise pas dans des querelles d’idées. Dominique Ziegler "a donné de la chair à l’aspect documentaire", en nous entraînant dans un thriller passionnant. Jean-Pierre Baudson laisse percer progressivement la complexité d’un policier altruiste et rusé. Fort de son expérience, il tente de manipuler le jeune délinquant, mais souhaite aussi lui ouvrir les yeux. Le mélange d’humanité et de calcul rend attachant un flic usé, alcoolique, qui ne contrôle pas toujours ses accès de colère. Dans la peau de Michaël, Grégory Carnoli est criant de vérité. Il passe en souplesse de l’impertinence, du sarcasme et du mépris à la candeur aveugle du radicalisé. Ces comédiens, par la justesse de leur jeu et Jean-Michel Van den Eeyden, par la sobriété de sa mise en scène rendent intense ce dialogue inimaginable dans la vie réelle. On pourrait se passer des sons anxiogènes. En revanche, la lecture des didascalies par les acteurs, au début et à la fin de la pièce, nous rappelle que nous sommes au théâtre et qu’il a ici un rôle cathartique.

"La Route du levant" ne surfe pas sur l’actualité. Aucune allusion à des attentats terroristes récents. S’appuyant sur une documentation solide, Dominique Ziegler imagine ce face-à-face, pour nous aider à lutter contre les jugements préconçus, à sortir de l’effroi et à essayer de comprendre le processus de radicalisation de jeunes éduqués en Europe. Sans jamais excuser le terrorisme. Il évite tout jugement manichéen ou démagogique, mais ne suggère aucune solution. Au public de démêler le vrai du faux. La fiction est un tremplin vers la rencontre, prévue après chaque représentation. Un débat d’autant plus utile que l’issue de l’affrontement est surprenante. Le soir de la première au Théâtre National, on a beaucoup discuté de cette fin déroutante. L’auteur a reconnu avoir hésité entre plusieurs dénouements. Il s’est aussi réjoui d’une réflexion qui souligne l’ambiguïté de sa pièce : "On ne sait pas si on a affaire à deux salauds, deux victimes ou deux cons."

Jean Campion

Théâtre National Wallonie-Bruxelles


Boulevard Emile Jacqmain, 111
1000 Bruxelles