L’Empreinte du vertige

Bruxelles | Théâtre | Théâtre des Martyrs

Dates
Du 8 au 31 mars 2019
Horaires
Tableau des horaires
Rideau de Bruxelles @ Théâtre des Martyrs
Place des Martyrs, 22 1000 Bruxelles
Contact
http://www.theatre-martyrs.be
billetterie@theatre-martyrs.be
+32 2 223 32 08

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L’Empreinte du vertige

Tout commence par un détour avant de rentrer chez soi.
Au volant de sa voiture, Élisa percute une panthère.
De ce choc, nait une logorrhée, l’amenant à ne pas rentrer chez elle. Accompagnée d’un musicien aux mille facettes, elle retrace son enfance blessée, son adolescence, sa sexualité empêchée et sa vie de femme marquée par l’étrange sentiment d’être amputée d’une partie d’elle-même.
À travers un road trip fantasmagorique, nous suivons le parcours d’une femme dans sa quête identitaire.
Entre musique et parole, Élisa cherche le chemin vers sa propre vérité et celle d’une société démunie face aux tabous de la sexualité féminine.
L’Empreinte du vertige, c’est l’histoire d’une résilience possible, d’un sursaut de vie.

ANGÈLE BAUX GODARD et CLÉMENT GOETHALS

Distribution

ANGÈLE BAUX GODARD (écriture) / CLÉMENT GOETHALS (mise en scène et scénographie) / CIE FACT / Avec Angèle Baux Godard et Jérémy David.

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1 Message

  • L’Empreinte du vertige

    Le 11 mars à 13:45 par Joenath

    Pièce qui traite le sujet difficile des abus dans l’enfance et des répercussions dans la vie d’adulte. Très bien jouée, accompagnée en musique. Sujet très bien traité. A recommander.

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Mercredi 13 mars 2019, par Jean Campion

Un Sursaut vital

"Victime d’une pathologie méconnue du grand public et d’un acte pédophile, j’ai passé mon enfance dans le silence et le combat , pour trouver la paix et la joie." C’est en découvrant que de nombreuses "soeurs de chagrin" avaient vécu la même histoire qu’Angèle Baux Godard a décidé d’écrire "L’Empreinte du vertige". A travers ce voyage fantasmagorique, elle évoque ses troubles, son incapacité à rencontrer l’autre pleinement et s’attaque à un tabou qui emprisonne la sexualité féminine.

"Ca commence par un choc. Tête contre le volant, au milieu de la route". Elisa, 29 ans, vient de percuter une immense panthère. Pétrifiée, elle tente de reprendre la route, mais cette collision déclenche une remontée de souvenirs. Elle se retrouve, à dix-sept ans, prisonnière d’un malaise envahissant, qui l’oblige à renoncer à de brillantes études. Elle revoit aussi la fillette de quatre ans, blessée dans un jeu d’enfants. Elisa décide de ne pas rentrer chez elle. Pourtant, ce soir, elle devrait fêter les quatre ans de sa fille Jade. Mais elle a besoin de lâcher prise. Soutenue par la musique entraînante de Jérémy David, elle prend la direction du sud. Quel sud ? Peu importe. Le moteur crache une fumée noire, des poils de panthère puis rend l’âme. Elle repart vers "la" mer. Il lui faut un "ailleurs", pour raconter ce qui l’a coupée du monde et ... se découvrir.

Elisa est impénétrable. Son corps souffre de vaginisme. Lassée d’être auscultée, analysée par une flopée de spécialistes, elle se défoule, en débitant le jargon médical qui décrit cette pathologie. Son esprit, lui aussi, se refuse au partage. Incapables de lire dans ses pensées, ses parents, qui voudraient l’aider, avouent leur impuissance. Lorsque ses copines, qui prennent plaisir à confronter leurs expériences sexuelles, l’invitent à témoigner, Elisa cache sa honte par une plaisanterie. Pendant quatre ans, "l’amoureux" lui fait espérer par sa patience, par sa douceur qu’elle pourra surmonter ses frustrations. Et puis découragé, la quitte. Une question la taraude : pourquoi continuer ? Guettée par la dépression, elle se bat, change de thérapeutes, de méthodes. Certaines comme l’E.M.D.R. ont l’air farfelu. Pratiqués avec persévérance, les exercices de kiné pelvienne lui redonnent espoir...

Maîtrisant remarquablement un texte qui mêle cris du coeur, observations ironiques et images surréalistes, Angèle Baux Godard mène le jeu fougueusement. Elle ne se penche pas avec complaisance sur son drame, mais le revit crânement. On se laisse emporter par sa vitalité et son désir d’aimer. Cependant les passages poétiques, oniriques créent une distanciation. Tout comme la présence du musicien. Jérémy David joue le rôle d’un ami imaginaire, un partenaire de résilience. Par sa bienveillance, il confirme que l’on s’en sort par l’altérité. Ses interventions musicales pimentent le récit, suggérant des bruits de voiture, la traversée d"une forêt ou... les battements du coeur d’Elisa. La mise en scène fluide de Clément Goethals fait également appel à l’imaginaire du spectateur, aux symboles. Pas de décor concret, sauf sur le sol, un carré blanc qui deviendra le cadre du dévoilement.

Ce spectacle brille par sa délicatesse. Même si elle est révoltée par le silence et l’ignorance qui pèsent sur le vaginisme, l’auteure ne se lance pas dans des revendications féministes. Son témoignage sans fausse pudeur révèle sa fragilité et son courage. Face au gouffre, Elisa est saisie de vertige, mais elle s’accroche à la vie et aux autres. Son passé douloureux s’estompe, lui permettant de rêver au bonheur de Jade.

Jean Campion

Samedi 23 mars 2019, par Palmina Di Meo

« L’empreinte du vertige » rencontre avec Angèle Baux Godard

« L’empreinte du vertige », un texte écrit et joué par Angèle Baux Godard accompagnée de Jérémy David. Une partition à deux voix qui explore les non-dits, les jeux de miroirs au rythme des étapes de la vie. Un choc émotionnel qu’Angèle B. Godard met en musique avec dextérité et puissance évocatrice. Un très beau spectacle mis en scène par Clément Goethals.

« L’empreinte du vertige » est un texte que tu as écrit dans quelle intention ?

Angèle Baux Godard : Le thème c’est la résilience, comment se remettre d’un traumatisme, d’un choc, comment la vie reprend le dessus. Plus particulièrement dans l’empreinte du vertige, c’est l’histoire d’une femme qui en sortant du travail percute, en pleine ville, une panthère noire. Et de ce choc incongru, elle décide de ne pas rentrer chez elle. Elle va parcourir toute son adolescence et une partie de son enfance à travers une pathologie féminine qui s’appelle « le vaginisme » qui est une incapacité à être pénétrée. Il s’agit d’une contraction des muscles du vagin qui provoque une douleur pendant la pénétration et qui pour moi a été la symbolique de l’incapacité à rencontrer l’autre totalement. Au long de ce voyage, elle est accompagnée par un ami imaginaire, un musicien.

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’écrire sur le vaginisme (et à ce propos tu parles de honte par rapport à ce sujet) ?

Angèle : Cette pathologie est très répandue et on n’en parle pas beaucoup. Enormément de femme en sont atteintes et souvent, elles ne savent pas que cela porte un nom, que cela se soigne et que ce n’est pas grave. D’où l’impulsion d’écrire à ce sujet. Concernant la honte, de manière sous-jacente, la place du corps par rapport à la normalité, à la sexualité, au fait de prendre sa place, c’est un sentiment courant encore aujourd’hui. Il y a des femmes qui pensent que ce n’est pas normal, que c’est de leur faute.

L’héroïne de la pièce, après le choc avec la panthère, ne rentre pas chez elle alors même qu’elle devrait fêter l’anniversaire de sa fille. Une prise de conscience liée à cet événement ?

Angèle : C’est à double sens évidemment. J’ai travaillé l’écriture en suivant des chemins parallèles sur des résonances. Est-ce le choc qui provoque la prise de conscience ? Est-ce la prise de conscience qui provoque le choc ?
Je ne donne pas de réponse et le fait d’avoir évoqué un anniversaire précis, celui de sa fille, cela vient de lectures qui montrent que souvent le premier départ de chez les parents est un moment où quelque chose se cristallise. C’est pareil pour les mères à la naissance de leur propre fille ou à un âge précis de leur propre fille. J’avais envie de faire coïncider cet anniversaire et ce départ dans la pièce. L’anniversaire de sa fille est un moment clef, un peu le miroir de ce qu’elle a été en tant que femme.

Pourquoi ce choix du symbole de la panthère noire ?

Angèle : J’ai toujours du mal à répondre à cette question. Cela s’est fait instinctivement. Mais je pense qu’il y un inconscient collectif sur les animaux. C’est après coup que je suis allée voir quelles étaient les symboliques de la panthère et j’ai pris conscience de ses représentations en tant que prédateur mais aussi en tant que figure protectrice (quand on pense à Moogly par exemple). Pour moi, c’est un espace de projection possible et d’ailleurs avec le metteur en scène du spectacle Clément Goethals, on s’est posé la question de savoir s’il fallait la représenter, comment la faire apparaitre sur scène ou n’était-ce qu’un espace de projection pour les autres. En écrivant la pièce, tout se croisait, le fait que la panthère c’est elle-même mais c’est aussi le danger, l’inconnu, et c’est aussi le rapport à sa propre animalité et son instinct. Tout ce qui traverse le personnage vient se cristalliser dans cet animal.

La musique en live était-elle déjà un support au moment de l’écriture ?

Angèle : Dans le texte, il y avait un personnage qui s’appelle l’Autre, l’ami imaginaire d’Élisa qui joue de la batterie. Mais au plateau, tout ce qui s’est créé avec cette batterie a été le travail de Clément. Des choix ont été fait en direct bien que cela reste de l’ordre du fictionnel dans la pièce. J’ai toujours eu le désir, - et avec Clément on a de suite été d’accord là-dessus -, de faire en sorte que l’instrument soit un élément suggestif sur le plateau. Au début, il m’a dit : « Qu’a-t-on besoin de plus qu’une comédienne et d’un verre d’eau ? ». À partir de là, on a créé ce spectacle où la batterie est un peu ce verre d’eau, toujours dans la suggestion, en se demandant : " comment cette batterie peut-elle se balader sur le plateau et faire travailler l’imaginaire du spectateur ? Le spectateur y projette ce qu’il veut." Clément est aussi le scénographe du spectacle et la batterie a été notre aire de jeu.

Quel est le rôle exact de l’Autre ?

Angèle : Quand j’ai commencé à écrire la pièce, je l’ai appelé l’Autre car pour moi la réponse à la question « Qu’est-ce qui fait qu’on continue face à des traumatismes ? », c’est l’altérité. J’avais envie de la représenter sur le plateau et l’Autre, c’est autant cet ami imaginaire que l’altérité de manière plus vaste, c’est le monde extérieur, ce qui confronte, autant les intempéries externes que la part inconnue d’elle-même, et des personnages précis comme « l’amoureux » ou « l’inconnu » et c’est aussi cette zone où on peut se projeter car nous sommes tous les miroirs les uns des autres. Il fallait que le personnage d’Élisa soit confronté à autre chose mais aussi à un miroir. J’ai choisi un metteur en scène masculin et un partenaire masculin sur le plateau car pour moi, c’est dans le dialogue homme/femme qu’on avance (même s’il est important de parler entre femmes et entre hommes), je trouve que c’est dans le partage et dans la circulation que les choses évoluent et dans la pièce, je parle de manière sous-jacente de plusieurs modèles masculins auxquels je voulais rendre hommage, à des hommes dont on parle peu et qui nous soutiennent... et qui sont curieux... et qui s’intéressent.

Propos recueillis par Palmina Di Meo

L’EMPREINTE DU VERTIGE - Angèle Baux Godard

Théâtre des Martyrs


Place des Martyrs, 22
1000 Bruxelles