JUSTE LA FIN DU MONDE

Théâtre | Théâtre des Martyrs

Dates
Du 27 avril au 28 mai 2011
Horaires
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JUSTE LA FIN DU MONDE

JUSTE LA FIN DU MONDE – Jean-Luc Lagarce
La Servante

Du 27/04 au 28/05/2011
- Dimanches : 08 et 22/05

« J’ai près de trente-quatre ans maintenant et c’est à cet âge-là que je mourrai. » Dès l’abord de la pièce, voilà le spectateur prévenu. Louis, ce jeune homme qui vient de nous parler, revient dans la demeure maternelle pour dire sa mort prochaine.
Dix ans qu’il est parti, dix longues années durant lesquelles sa mère, sa soeur Suzanne, son frère Antoine et sa belle-sœur Catherine ont guetté le facteur et les cartes postales épisodiques qu’il leur adressait au gré de ses pérégrinations.
Et le retour de Louis agit comme une soupape : trop longtemps tus, cachés ou enfouis, les mots se déversent, les chagrins se répandent, les regrets se dévident, les conflits s’exposent et les blessures se remettent à saigner …
Le spectateur sachant d’emblée le sort de Louis, assiste, comme lui, à ces logorrhées émotionnelles qui ne prendront jamais en compte le revenant, ni les raisons pour lesquelles il avait laissé les siens hier, ni celles pour lesquelles il les revoit aujourd’hui.

Après J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne au Théâtre de l’Ancre en 1998, après Nous, les héros au Théâtre Varia en 2000, je reviens vers Jean-Luc Lagarce qui laisse derrière lui une oeuvre majeure, désormais identifiée comme l’une des écritures les plus aiguës et les plus bouleversantes du théâtre français d’aujourd’hui.
Juste la fin du monde est une pièce qu’il faut serrer sur soi comme on le ferait avec une boule de neige, pour en goûter à la fois la froidure pudique et les brûlures intimes qui s’en échappent.
Philippe SIREUIL - 11 avril 2010.

Texte Jean-Luc Lagarce

Interprétation Edwige Baily (Suzanne, sœur de Louis), Itsik Elbaz (Louis), Thierry Lefevre (Antoine, frère de Louis), Anne-Marie Loop (mère de Louis), Catherine Salee (Catherine, belle-sœur de Louis)
Direction technique Lorenzo Chiandotto
Assistanat Christelle Alexandre
Décor, lumières et mise en scène Philippe Sireuil

Crédit : d’après une photographie de Christelle Alexandre

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4 Messages

  • JUSTE LA FIN DU MONDE

    Le 28 avril 2011 à 01:03 par Lou Salome

    Beau, lent, terriblement nostalgique et noir. Magnifiques comédiens, superbe travail sur les corps, l’immobilité, l’attente... Dommage que le son soit souvent trop bas, on perd une partie du texte, texte trop murmuré, chuchoté, intériorisé... Impression d’un spectacle qui ne s’adresse qu’aux cinq premiers rangs. Acoustique difficile de la salle, certes, problème non résolu... mais les corps, le travail sur l’espace, les attentes immobiles, hypnotisme. A voir ! Mettez-vous dans les cinq premiers rangs. Beauté poignante, jusqu’à la surprenante "église" finale.

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  • JUSTE LA FIN DU MONDE

    Le 28 avril 2011 à 01:09 par anacolut

    Spectacle admirable de finesse et d’intensité, avec des pointes d’humour et de légèreté amenées notamment par la mise en abîme du trouble verbal dans le texte. Je salue la brochette d’acteurs, et notamment Anne-Marie Loop, mon petit coup de cœur de la soirée.
    Comme toujours chez Philippe Sireuil, la lumière est chiadée et la mise en scène parfaitement propre. Trop propre ? J’aimerais bien que ça transpire, quelquefois...

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  • JUSTE LA FIN DU MONDE

    Le 28 avril 2011 à 01:12 par SerialKi

    Un peu d’ennui hier soir au Martyrs. Ce n’est pas la faute des acteurs, ni de la scénographe, ni vraiment de la mise en scène (un petit peu peut-être). C’est le texte. Toutes ces redites et patati et patata et que je te cause et que je te cause, moi, je n’ai pas aimé. Et tant pis s’il FAUT aimer Lagarce. Moi, ça m’a ennuyée sec.

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  • JUSTE LA FIN DU MONDE

    Le 28 avril 2011 à 02:05 par togra

    Texte dense, ample, très construit, riche,... trop riche ?
    On a parfois l’impression que les répliques se construisent sous nos
    yeux. Idée plaisante un moment. Mais il faut savoir s’arrêter. J’avoue
    avoir lâché prise plusieurs fois lors de quelques interminables tirades,
    avoir eu un peu peur après l’interlude (quoi ??? encore une fois 10
    scènes...) et être content que cela finisse.
    Quoi qu’il en soit, le propos est intéressant et les comédiens convaincants (Itsik Elbaz et Anne-Marie Loop en tête).

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Vendredi 13 mai 2011, par Jean Campion

"J’aurais voulu leur dire... "

En 1998, par sa mise en scène lumineuse de "J’étais dans ma maison et j’attendais que la pluie vienne" de Jean-Luc Lagarce, Philippe Sireuil nous faisait ressentir le déchirement de cinq femmes, abandonnées par leur fils, frère et petit-fils. Le retour de ce jeune homme épuisé par la vie libérait les sentiments indomptés et les paroles trop souvent refoulées. C’est aussi un déferlement de phrases maladroites ou cruelles que provoque le héros de "Juste la fin du monde". Venu annoncer sa mort prochaine aux siens, il repartira avec son secret. Embourbés dans leurs chamailleries, leurs frustrations, leur nostalgie, leurs rancœurs, les membres de sa famille sont incapables de l’écouter.

Suzanne, dépitée par la banalité de son existence, voudrait s’envoler. Comme Louis, parti de la maison familiale, lorsqu’elle elle était encore enfant. Elle l’admire mais lui reproche de les ignorer. Par mépris. Lui, dont le métier est d’écrire, ne leur a envoyé que quelques cartes postales insipides. Edwige Baily souligne l’impulsivité de cette jeune adulte, constamment en bagarre avec son frère Antoine. Celui-ci est jaloux de la place occupée par l’aîné, alors qu’il n’est jamais là. Enfants, ils ne cessaient de se battre. Pourtant Antoine souffrait, convaincu que la famille n’aimait pas assez Louis. Thierry Lefèvre rend pathétique ce personnage complexé, agressif et maladroit.

Incarnée avec une étrange sérénité par Anne-Marie Loop, la mère dévoile son impuissance. Elle ne peut pas apaiser les tensions entre ses enfants, aussi elle se réfugie dans son passé harmonieux. A l’opposé, l’épouse d’Antoine (Catherine Salée) apparaît comme une femme délicate, lucide et déterminée. Elle accueille avec sympathie ce beau-frère qu’elle découvre, puis, constatant que sa présence ravive trop de plaies, l’incite à partir. Avec une froide autorité.

Dans des monologues pertinents et sensibles, Louis confie au public les raisons de cette ultime visite et les questions agitées par sa mort imminente. En revanche, face aux siens, il se mure dans le silence. Un silence, qu’Itsik Elbaz habite grâce à son jeu très intériorisé. Le visage blême, éclairé parfois par un timide sourire, il écoute patiemment cette famille "qui ne peut plus l’aimer comme un vivant."

Éprouvant des difficultés pour traduire leurs pensées, tous les personnages traquent le mot juste, surfent sur l’emploi des temps, retouchent une formule, enchaînent les répétitions. Ils parlent "le Lagarce". Une langue tiraillée, parfois laborieuse, conçue comme une parole qui se cherche. La mise en scène marque nettement le découpage de la pièce. Chaque séquence est annoncée et les comédiens rejoignent successivement un carré rouge, pour s’affronter ou plus souvent se raconter dans des monologues. L’empilement de chaises, à l’arrière-scène, suggère l’abandon d’un lieu privé de vie. Un cadre dépouillé qui laisse résonner le texte. Le théâtre de Jean-Luc Lagarce n’est pas facile, mais le travail impeccable de Philippe Sireuil nous aide à l’apprivoiser.

Théâtre des Martyrs