Mercredi 24 février 2016, par Dominique-Hélène Lemaire

Vous avez-dit Mélisme ?

Il est bien agréable de s’apercevoir que l’art lyrique attire de plus en plus de monde. Dès que la qualité est là, le public vient, enthousiaste ! Et pas seulement un public élitiste habitué à fréquenter les salles d’opéra. Une vraie réussite pour le pari musical tenu ce samedi à la Clarencière qui invitait le Duo Mélisme à se produire.

Nous assistions à des noces musicales exquises où l’art lyrique rejoignait l’instrument pastoral par excellence, la flûte traversière dans un répertoire du 20e siècle.
Les deux jeunes demoiselles réussissaient le défi de jouer un subtil jeu de cache-cache distingué et de subjuguer la salle entière de la Clarencière. Fermez les yeux et demandez-vous quel est l’instrument qui prédomine : la voix humaine ou le flutiau ? Il est parfois difficile de distinguer... C’est sans doute ce que l’on appelle le mélisme ? A moins que le rapport soit au miel du texte empreint d’hellénisme : « Le sang des pavots, l’éblouissante blancheur des cheveux de pierre ondule comme des vagues marines... »

On est frappé par leur pratique chevronnée et la recherche passionnée de perles rares du 20e siècle qui réunit des pièces pour soprano soutenues par une unique flûte, cocktail inédit qui intrigue intensément. Le répertoire très éclectique joue sur une variété de sonorités musicales et linguistiques accordée sur une même couleur, sorte de nervure musicale qui relie les deux musiciennes. La diction de la soprano, Gwendoline Spies, est impeccable, quelle que soit la langue de la poésie. La connivence joyeuse des partenaires musicales contribue au plaisir que le duo communique. Doublages, cadences, solos, tout s’enchaîne avec élégance et charme. Etonnamment, c’est parfois la soprano qui donnera le La à la flûtiste, Adélaïde Baranger, en toute liberté. Belles musiques raffinées, échevelées, que l’on a le plaisir de découvrir, mais en serait-il autrement avec des jeunes recrues diplômées du Conservatoire si passionnées ?

Peu de jeu scénique mais un concert de proximité dans ce laboratoire artistique caché au 20 de la rue du Belvédère, juste derrière l’immense paquebot de Flagey. Mais, Adélaïde Baranger, à la flûte traversière, a une paire d’yeux et un souffle enjoué qui vont de la partition à la partenaire sur une invisible onde de douceur que l’on ne peut s’empêcher de suivre au gré de la musique. Et ce concert de souffle et de bouches se savoure avec les yeux et les oreilles. Gwendoline Spies, la soprano lui répond dans un superbe entrelacs d’harmonies perlées et de confiantes vocalises. Certes, le parcours de ces deux jeunes femmes solaires est fort à suivre car elles regorgent d’amour de la musique et de bienveillante générosité.

Dominique-Hélène Lemaire