Jeudi 11 décembre 2014, par Dominique-Hélène Lemaire

Vent de fraîcheur !

Dès le début décembre, le tout-Bruxelles fait voile vers la galerie de la Reine pour se plonger dans "le" spectacle bruxellois par excellence : La Revue (2015) du théâtre des Galeries. On y va comme pour un spectacle de patinage artistique, pour le rêve, pour la beauté, pour la performance. Si d’une année à l’autre le charme s’émousse parfois, cette année la production incontournable de la vie bruxelloise a frappé fort et juste. « Touche pas à mon coq ! »

Elle s’est dépouillée des lourdeurs propres au genre, elle s’est délestée agréablement d’un nombre de platitudes et de sempiternels retours sur des thèmes éculés. Elle était très émouvante, cette soirée du vendredi 5 décembre 2014, où l’on annonçait en début de spectacle que la Reine Fabiola venait de nous quitter. « Qui c’est celui-là ? » de Pierre Vassiliu joue aux fantômes et lâche quelques touches d’humour pleines de délicatesse à l’égard de la reine défunte. Cela remplace avec bonheur les sketches iconoclastes habituels ayant trait à la famille royale et la salle semble être tout de suite réceptive à ce changement de programme.

Est-ce l’esprit de la reine flottant quelque part dans la salle qui fit que le spectacle ait tout à coup décidé de faire plus profond dans la teneur des idées et dans la recherche des nuances ? Est- ce qu’un esprit de fronde mêlé de générosité bienveillante aurait soudain débarqué ? Moins de paillettes, plus de sel et de vérité ! Ce qui est sûr, c’est que l’équipe très soudée des douze artistes dirigés par Bernard Lefrancq a rendu cette rigolade traditionnelle bien plus intense. Oui, le spectacle très lissé de cette année surprend par sa belle cohésion et son intelligence, avec des textes et des chansons fort percutants. Et il pose des questions pertinentes ! « Assez de souffrances, l’amour d’un dieu rend-il cruel ? »

Le rythme y est aussi, mais sans vous saouler. La drôlerie est amenée avec réelle adresse, les textes bien composés flamboient autour de ce qui semble un projet commun des douze comédiens à la fois danseurs et musiciens. Sur l’air de « Z’étaient chouettes les filles du bord de mer… », façon Arno, on chante qu’on en a ras le bol du communautaire ! On est aux chansonniers pour les sujets graves et les sujets sensibles, au Music-Hall pour la danse et la chorégraphie. La pétulante Maria del Rio se retrouve dans pas moins de 12 numéros avec des costumes très class. Et aussi en Nabila, plus vraie que vraie. On se retrouve au théâtre pour la vivacité des réparties, et au concert carrément avec Olivier Laurent. L’unité de ton et de décor fait loi et l’ensemble est d’une haute tenue artistique.

La poésie s’attache aux chansons d’Olivier Laurent, cet artiste intrépide qui fabrique des imitations vocales plus vraies que nature, comme son « Concert impossible » où il fait dialoguer Pavarotti avec Zucchero ! C’est une véritable bombe à souvenirs dans le Patrick Bruel, puis dans « Au suivant ! » de Brel qui vise si juste. Mais c’est sans doute l’interprétation des « feuilles mortes » d’Yves Montand qui aura même fait monter des larmes aux yeux chez certains spectateurs. On a particulièrement aimé la chaleureuse interprétation de la chanson « Le parti rouge est livide » de Marc De Roy sur la musique de Gilbert Bécaud « La place rouge était vide… » et son interprétation d’ « un Américain à Bruxelles ».

Le plus théâtral d’entre eux, avec une présence scénique délirante est sans doute Pierre Pigeolet avec ses malicieuses interventions : tour à tour, un père fatigué de devoir expliquer à sa fille le fonctionnement de la Belgique, membre d’une cellule SOS suicide, Laurent Delahousse, Eli, Le Roi, Le prince Laurent…Quant à Bernard Lefrancq, qui interprète tour à tour un frêle Charles Michel et une formidable Maggie De Block, on ne peut que le saluer pour l’excellence de son travail et le choix de son équipe.

Dominique-Hélène Lemaire