Mercredi 13 mars 2019, par Didier Béclard

Une femme, en chaque homme

Le chorégraphe Thierry Smits reprend « WaW [We are Woman] », un spectacle qui s’inscrit dans la lignée de « Anima Ardens » mais qui prend le contrepoint de cette ode à la virilité en investissant les interprètes (hommes) de la mission d’exacerber leur côté féminin. Ce spectacle, nominé aux Prix de la Critique en 2017-2018, n’est pas loin de constituer un véritable manifeste féministe.

Dans un vestiaire de football, onze hommes débarquent en maillot noir jaune rouge (la création a eu lieu avant la Coupe du monde en Russie). Sculptés comme des Éphèbes, ils blaguent, se congratulent, de manière très virile sur fond de musique électro et dans des lumières stroboscopiques. Des mâles dans toute leur splendeur et toute leur testostérone : on ne voit que les muscles et la sueur.

Puis tombent les maillots, passage à la douche et là, disparaissent les attributs virils, on cache les sexes, les corps se font plus langoureux. Les danseurs se créent des robes avec le lino posé au sol, récupèrent le scotch qui le fixait pour s’épiler les jambes, enfilent des (sous) vêtements plus gracieux et le doute s’installe, les genres s’estompent, les frontières s’évaporent.

Les hommes ont disparu, on ne voit plus que des femmes, on ne voit plus que des corps de femmes incarnés par des hommes. Toute la magie du spectacle réside dans cette métamorphose du machiste qui part à la recherche de son côté féminin, même si on n’évite pas quelques clichés (hystérie, menstruations, grossesse, harcèlement de rue, ...).

Dans « We Are Women », le chorégraphe Thierry Smits reprend le principe des onze danseurs qui avait fait le succès de « Anima Ardens » auquel il semble donner une suite et se tourne vers les « études de genre », ces études des rapports sociaux entre les sexes, ou comment la société induit des comportements différenciés selon le genre. Le fossé entre hommes et femmes se réduit, mettant au jour de multiples nuances. Cette communauté de femmes se lance dans une forme de sabbat de sorcières, image de la femme forte dans de nombreux mouvements féministes.

La chorégraphie de Thierry Smits qui considère le corps comme le dernier espace possible de liberté est comme toujours précise et admirablement servie par les onze danseurs impressionnants d’énergie et de ... féminité.

Didier Béclard

« WAW » de Thierry Smits (Compagnie Thor), créé au Théâtre Varia, au Studio Thor (49 rue Saint-Josse à Saint-Josse) du 12 au 23 mars 2019, 02/640.35.50, varia.be. et à Charleroi-Danses le 6 avril 2019, 071/20.56.40, www.charleroi-danse.be.