Une Lettre à Cassandre

Théâtre | Théâtre Les Tanneurs

Dates
Du 23 avril au 4 mai 2013
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Une Lettre à Cassandre

« Dans la mythologie grecque, Cassandre a été condamnée par Apollon à subir une terrible malédiction : elle connaîtrait l’avenir, mais personne ne la croirait.
Si elle devinait donc qu’un malheur devait arriver, comme la chute deTroie, elle ne trouverait personne pour l’écouter et pour l’aider à empêcher le désastre. Elle devrait donc assister à des catastrophes inévitables. La lucidité est lourde. » Pedro Eiras.
Dans Une Lettre à Cassandre – et d’une caserne perdue dans le désert chaud de la guerre, le jeune soldat José écrit à Vera. A la fois chaotique et doux, son récit mêle le quotidien de la guerre aux souvenirs de l’amour vécu. Les temps se superposent, les images se confondent. Décryptant alors le discours de son amant lointain, Vera évoque aussi les discordances dans leurs souvenirs dits communs, elle raconte aussi ce qu’elle a vécu, et comment ce don divinatoire l’éprouve. Jusqu’à comprendre dans – et entre – les lignes de cette lettre. Dans une mise en scène épurée de tout artifice, David Strosberg a choisi la langue souple et poétique de ce jeune auteur portugais pour en faire un théâtre des opérations humanisé et intime, à rebours de la société du spectacle qui nous assaille.

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7 Messages

  • Une Lettre à Cassandre

    Le 24 avril 2013 à 01:25 par nemi

    Sujet sensible, s’il en est, avec tous nos militaires en mission à l’étranger. Belle prestation des 2 comédiens mais le texte un peu répétitif lassait finalement. Heureusement que le spectacle ne durait pas plus d’une heure !

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  • Une Lettre à Cassandre

    Le 24 avril 2013 à 12:11 par ghilain

    Ambiance dramatique, pièce pas facile qui aborde d’un côté l’état d’esprit d’un soldat en mission et de l’autre, sa chère et tendre qui analyse le contenu des lettres qu’elle reçoit de l’être aimé.

    Belle performance des 2 acteurs !

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  • Une Lettre à Cassandre

    Le 30 avril 2013 à 11:08 par Lou Salome

    ... peut-être que très vite on comprend aussi bien que "Cassandre" de quoi il s’agit... On a eu tellement d’info sur Guantanamo, l’horreur qu’engendre toute guerre, la possible dégradation de l’humain dans la guerre. Magnifiques comédiens pour un texte impitoyable. Exigence terrible de l’épure. J’aurais voulu que la "lecture féminine" aille plus loin, que quelque chose se passe, qui oblige à sortir de cette plongée dans l’horreur ; pas une "morale" oh non ! Un possible dépassement ? L’auteur reste les pieds pris dans la glu / nous restons englués. Et puis...

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Jeudi 2 mai 2013, par Jean Campion

Un Amour en cendres

Scène 1 : José, soldat en mission de pacification, écrit une lettre à Vera. Puis libère son désarroi. Scène 2 : Vera lit la lettre. Puis la décrypte, pour traquer la vérité. Voilà le scénario d’ "Une lettre à Cassandre". Il provoqua de nombreuses questions au sein de l’équipe, qui montait la pièce de Pedro Eiras. Par exemple, fallait-il illustrer le passé des deux héros ? Finalement, elle choisit l’extrême dépouillement. Pour le metteur en scène, David Strosberg, "cette sobriété est le reflet concret de la crudité des révélations". Si cette option met en valeur les performances des comédiens et la force poétique du texte, il n’incite pas le spectateur à se sentir concerné par la désagrégation de ce couple.

La lettre de José commence par le rêve d’une étreinte amoureuse. Vera était rouge comme une fraise mûre. Cette image ravive un souvenir d’enfance et le désir de se frotter à la sensualité de la vie. Dans ce pays désertique, "c’est la fin du monde". Des jours de permission vides de sens, l’enterrement de trois frères d’armes, victimes d’un attentat et la certitude de moisir dans cette caserne, six mois de plus. José s’en veut d’écrire une lettre aussi triste. Mais "les lettres n’en font qu’à leur tête, elles disent ce qu’elles ont envie de dire." Persuadé que Vera lui pardonnera, il lui promet un baiser plein d’amour.

Lettre sage qui contraste violemment avec l’aveu d’un soldat désespéré, gagné par l’écoeurement, la peur et la honte. Karim Barras vit le drame de cet homme qui s’enfonce dans la folie, avec une intensité impressionnante. Les images de Vera se mêlent aux prisonniers maltraités, aux soldats défoncés, aux palpitations qui le privent de sommeil, au médecin insensible et au capitaine intransigeant qui lui répète : " L’armée a besoin de tous les bras."

Vera, dont le prénom suggère futur et vérité, a le don de deviner l’avenir. Comme Cassandre, elle subit cette malédiction. Prévoir un malheur et ne pas être crue est "une plaie brûlante, à vif ". Elle l’a ressenti à la mort de sa mère, puis sur cette plage où ils se sont aimés. José jurait qu’il ne lui mentirait jamais et elle savait que c’était déjà un mensonge. Cette nuit-là, elle s’est rayé les yeux avec le sel de la mer, pour croire en l’avenir. Si devant cette lettre, elle pouvait à nouveau s’aveugler... Elle va, au contraire, ressasser chaque phrase, pour déshabiller les mensonges, percer les intentions et éclairer les non-dits. Anne-Pascale Clairembourg incarne une femme tiraillée entre son amour et ses certitudes, avec une émotion contenue. Les larmes aux yeux, elle poursuit implacablement son chemin vers une atroce vérité.

La pièce manque d’homogénéité. En se succédant, ces monologues éclairent mal l’amour qui subsiste entre deux êtres séparés par un fossé infranchissable. On voit avant tout un homme détruit par la guerre, puis une femme prisonnière de sa malédiction. Pedro Eiras emploie des mots simples, qui reviennent en boucles poétiques, de façon lancinante. Et l’analyse scrupuleuse de la lettre entraîne d’autres répétitions. Plus indigestes.

Un plateau vide, au centre duquel chaque comédien vient mettre à nu les sentiments de son personnage, presque sans bouger. Des bruits de guerre entre les deux parties, quelques sons discrets pour souligner le silence... On regrette que cette mise en scène très épurée tienne le spectateur à distance d’un texte complexe.

Théâtre Les Tanneurs


Rue des Tanneurs, 75
1000 Bruxelles