Samedi 29 juin 2013, par Dominique-Hélène Lemaire

Un véritable bijou musical et scénique

extraits, lors de la version concertante au Concert d’ouverture des Midis-Minimes, le 1/7/2013

Gee ! Gluck, Gounod, Gossec … et notre compatriote liégeois André-Modeste Grétry, écrivirent tous des opéras-comiques. Genre lyrique nouveau au 18 e siècle, l’opéra-comique est issu des vaudevilles donnés sur les tréteaux des foires parisiennes de Saint-Germain et de Saint-Laurent et influencé par la comédie-italienne.

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Gee ! Gluck, Gounod, Gossec … et notre compatriote liégeois André-Modeste Grétry, écrivirent tous des opéras-comiques. Cela traite de thèmes légers, de la vie domestique, alterne le chant et la comédie… souvent ironico-sentimentale. Le raffinement est à son comble avec les œuvres du compositeur Grétry qui devint rapidement le musicien le plus en vogue de la France prérévolutionnaire. Il sait capter l’atmosphère tour à tour charmante, joyeuse et désenchantée d’une époque où fermentent de grands changements. Tout comme le grand maître Antoine Watteau, mort très jeune au début du siècle des lumières, qui laissa derrière lui de magnifiques tableaux de scènes de genre.

Est-ce de Watteau que s’inspire Thierry Bosquet pour la composition des décors ? Il y a beaucoup à parier que ce peintre mythique qui croque la musique autant que la soie et les taffetas rutilants que portent les dames, les pas de danse, les feuillages, les cascades et les bruissements de la vie a peut-être influencé notre metteur en scène. Il a fait de ce spectacle un véritable bijou musical et scénique. Tout séduit au premier regard et on n’en finit pas de rêver, comme face aux toiles de Watteau. Au fond de la composition, trône un paysage grandiose de parc fait d’arbres majestueux indiquant la toute-puissance de la nature. On entrevoit au pied de ce décor somptueux les musiciens en habits d’époque et leur chef d’orchestre Bernard Delire. Le gracieux quatuor à cordes Alfama, l’ensemble à vents Quartz, Natacha Save à la contrebasse et Yuko Fujikura à la mandoline sont les musiciens complices de l’action dramatique, installés comme au salon, entre les plans mobiles du décor. Leur jeu vif et mélodieux fait saisir le caractère éphémère de l’amour et de la musique. Le regard s’arrête ensuite sur les pans harmonieux d’une riche demeure en style rococo parée d’azulejos bleu-et-blancs, jusqu’à la moindre chaise ou tabouret. Une impression de balcons, fontaines, colonnades, œil- de-bœuf, toitures, tout y est sans y être, car l’imagination a donné la main au talentueux scénographe. Et puis ces personnages de fêtes galantes d’antan débarquent, d’abord muets, en jolis souliers orientaux, en robes de comtesses à manches bouffantes serties de rubans. Un bal sans doute, des poursuites amoureuses frivoles, des sourcils froncés, qui sait ? Un soufflet bien appliqué ?

Il suffit de retourner le mouvant décor sur roulettes pour se retrouver dans les allées du jardin fermé par une grille invisible et plonger dans l’intimité des personnages. Le père de la jeune veuve Léonore (la basse-baryton Marco Zelaya) est partout et tonne son autorité en chantant. Il est jaloux de sa cassette qu’il a juré de ne point partager avec aucun nouveau prétendant. Que sa fille de 20 ans à peine (Aurélie Moreels) végète enfermée à double tour, peu lui chaut ! Voici Isabelle (Rita Matos Alves) la piquante amie de Léonore et son ombrageux frère Don Alonze (le puissant ténor Xavier Flabat), le noble espagnol secrètement amoureux de Léonore oui, mais au caractère détestablement jaloux ! Le brave Chevalier de Florival (Geoffrey Degives), officier bleu-blanc-rouge qui a sauvé Isabelle de lâches assauts le matin même… fera les frais de la susceptibilité du sieur espagnol. Ah l’exquise et tendre sérénade « tandis que tout sommeille… » Une voix de velours dans une lumière tamisée !

Les passionnés de costumes d’époque seront charmés par l’inventivité des costumes de Thierry Bosquet car son défilé d’habits est d’une richesse et d’une beauté captivante. La chorégraphie et la succession rapide des scènes dialoguées est aussi tourbillonnante et variée que la musique. Ici une mandoline, là un ensemble de vents qui surgit de l’horizon. Là un amoureux qui s’esquive dans un pavillon dérobé, là une plainte de contrebasse, ou des violons avant-coureurs du drame. Le duo de Léonore et d’Alonze presque réconciliés, sur une couche princière est d’une harmonie palpitante de rouges et d’or. Costumes et voix. La robe d’une coudée plus courte de la servante avisée, Jacinte (une exquise Pauline Claes, mezzo-soprano) devient un lieu de stupeur et tremblements pour le vieux barbon de père couvert de sequins bruissant au moindre de ses gestes ! Une justesse de ton et une sublime fraîcheur de voix. Grétry, l’ami de Voltaire et Jean-Jacques Rousseau observe avec finesse les passions et les caractères de son temps et nous promène dans les ravissantes mélodies des ariettes, couplets malicieux et autre sérénades faites pour séduire l’oreille. Pour peu on se mettrait à fredonner joliment, comme sans doute nos arrière-grand-mères : «  Moments plein de charmes ! Après tant d’alarmes ! Mais pour les goûter d’avantage, ne soyez jamais volage, ne soyez jamais jaloux ! » Ah, le joyeux sextuor du final !

Dominique-Hélène Lemaire