Mardi 8 septembre 2009, par Edmond Morrel

Un roman saisissant, percutant...

"Les heures souterraines" la fiction éclaire la réalité du harcèlement

Un roman bouleversant, percutant, un roman qui démontre avec émotion, avec toute la puissance de l’émotion, avec empathie aussi, que la fiction est un instrument irremplaçable de compréhension du monde qui nous entoure et qui, si souvent , nous aveugle…

Un roman bouleversant, percutant, un roman qui démontre avec émotion, avec toute la puissance de l’émotion, avec empathie aussi, que la fiction est un instrument irremplaçable de compréhension du monde qui nous entoure et qui, si souvent , nous aveugle…

Deux personnages, Mathilde et Thibaud. Mathilde est cadre dans une grande société de communication, mère, elle élève seule ses trois garçons, l’aîné 14 ans et deux jumeaux de 10 ans. Thibaud est médecin. Il sillonne Paris relié à un standard téléphonique d’urgences médicales. Il vient de quitter une femme parce qu’il n’est pas aimé d’elle…

Mathilde…Un jour, ou plutôt, en un instant sa vie bascule : elle devient victime dans la société où elle est cadre depuis 8 ans, du harcèlement systématique, violent et sournois, pervers et constant de son Directeur. Une entreprise systématique de destruction perverse s’enclenche et la broie, lentement…
Il y a la répétition de la violence : « cette répétition lui apparaît comme une forme de violence faite au corps, une violence silencieuse capable de la détruire » pourtant, il n’y a aucune violence objective…tout est sournois
« Mathilde a glissé dans une autre réalité », faite de traquenards, d’isolement, de torture morale…
Son seul allié, le patron du bar où elle s’arrête pour reprendre souffle, il est gentil… »mais les gens gentils sont les plus dangereux, ils menacent l’édifice »…c’est à dire qu’ils dévoilent par opposition la violence réelle…
Delphine De Vegan nous donne ici un très grand roman, un roman qui ne vous lâche pas une fois que l’avez achevé, un roman qui vous nourrit se son humanité. Mais elle n’écrit pas "politiquement correct". Sa description du travail est dantesque mais tellement proche du vécu quotidien…. La perception de certaines grosses entreprises qu’elle prête à Mathilde donne le vertige lorsque son personnage martyre se demande si « l’entreprise n’est pas le lieu privilégié d’une mise à l’épreuve de la morale(…) si l’entreprise n’est pas tout simplement le lieu souverain de la violence et de l’impunité » !!!

Thibaud est le regard extérieur sur la détresse et la souffrance, mais un regard empathique… C’est celui que le lecteur finit par avoir sur Mathilde…Il nous soutient dans le chemin de croix de Mathilde…

Un livre à lire de toute urgence…un livre citoyen, un roman d’une puissance humaniste qui dépasse l’instant de lecture et transforme le lecteur, son regard sur l’autre… C’est cela la fonction du roman…et celui-ci est à mettre dans toutes les bibliothèques !!!

Edmond Morrel

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