Lundi 10 octobre 2016, par Dominique-Hélène Lemaire

Un roi qui fait recette

Présenté au Festival d’Avignon cet été, passé à Louvain-La neuve en septembre et joué très bientôt à La Vénerie, Le Roi nu a fait recette. Cette collaboration artistique entre l’Atelier Jean Vilar, la Maison Ephémère et les Baladins du Miroir se base sur une pièce écrite en 1934 par Evguéni Schwartz, auteur russe dénonçant le régime totalitaire.

La recette : inspirée du savant mélange de trois contes d’Andersen (La Princesse au petit pois, Le Garçon porcher et Les Habits neufs de l’empereur), l’auteur a désossé les nervures du conte traditionnel pour les fondre dans une fable moderne percutante. La mise en scène jubilatoire a chemisé le tout de chorégraphie musclée, de costumes et grimages aussi savoureux que satiriques et et aromatisé l’ensemble de musiques étincelantes balançant entre rock et chansons d’amour. La pièce montée finit par prendre des allures de joyeuse comédie musicale tellement l’orchestration des nez de cochon et les versets chantés sont joyeusement cadencés. Il restera sur vos papilles un goût caramélisé de divertissement et le zeste d’une vive leçon donnée aux grands de ce monde, ou à ceux qui se croient l’être. Sublime pâté d’alouettes !

Henri - un garçon porcher, pas le roi de la poule au pot - aime Henriette, la fille d’un Roi. Henriette est bien sûr contrariée dans ses amours ancillaires et envoyée sur le champ comme promise au « Roi d’à côté » qui n’a rien du charme de Riquet à la Houppe ni d’un quelconque crooner. Jusque-là, décemment vêtu de munificents atours et halluciné par sa propre splendeur, il rêve seulement de se procurer une nymphe pure et de noble race ! Rien que cela, lui qui est difforme, laid, vieux, égoïste et absolument rébarbatif ! « Le faste, voilà le grand soutien du trône ! » clame-t-il, sans rire ! Ce sera sa perte !

On assiste aux multiples préparatifs du mariage sur fond de folie et de vulgarité, épicée de parodies où l’on rit de très bon cœur. Le public applaudirait bien debout car toute la classe gouvernante sans classe, d’ici et d’ailleurs est dans le viseur. Le jeune porcher - il est beau comme un berger ! - est bien déterminé à déjouer les arrangements parentaux et la bergère est tout-à-fait d’accord. Leurs atouts sont la sincérité, la grâce, l’intelligence, mais surtout, l’amour. De stratagème en stratagème, on s’achemine vers la victoire incontestable des tourtereaux et la chute délectable d’un roi totalement mis à nu.

Le grain de sel : secouez ce merveilleux sac à malices, ajoutez une bonne dose d‘étoiles dans les yeux et conseillez le spectacle à 10 de vos meilleurs amis, si par aventure, le chapiteau en liesse plantait son décor à deux pas de chez eux !

Dominique-Hélène Lemaire