Vendredi 8 janvier 2016, par Dominique-Hélène Lemaire

Travelling très réussi

« C’est la tendresse qui vous rend vulnérable, qui vous rend ouvert, qui vous rend sensible au mystère qui vous entoure ». Et ainsi, on ne passe pas à côté de la vie. Parfois aussi grâce au cinéma, ou à la musique, ou les deux. Voici des musiques qui font rire, réfléchir, se projeter, s’apaiser, s’enchanter ! Esprit, es-tu là ? « Sur un air de cinéma », nouveau spectacle mis en cœur par Laurence Briand, ne peut décevoir. La dissertation très vivante vaut le détour !

L’expérience ludique intelligente est au rendez-vous, en tous cas. On reconnaît tout de suite une écriture trempée dans la sensibilité et l’humour, doublée d’une présence scénique toujours chaleureuse qui galvanise ses deux aimables complices. Une réalisation dans la lignée du non moins pétillant spectacle « Est-ce ainsi que les hommes vivent ? », bien que dans un registre totalement différent, hormis le climat poétique qui en découle. Travail de fourmi ou de cigale ? Ce cocktail de rigueur et de liberté a été créé à la Clarencière en décembre dernier devant une salle comble : what else ? Vous voulez une définition charmante du cinéma ? Pour Cocteau, le cinéma, c’est « l’écriture moderne dont l’encre est la lumière ».

Le public frémit de plaisir devant ce rassemblement de pépites : Alice est au pays du cinéma. Avec Maxime et Lara. Le texte est sculpté, vivant, imagé, créatif. La mise en voix sonne juste. Les chansons et musiques de film soulèvent des tourbillons d’émotions pour certains, un fleuve de nostalgie pour d’autres. Une suite palpitante de rêves, de souvenirs, de connotations, menée tambour battant. C’est tonique, bien composé et bien rythmé. Tantôt peinture de lumières dramatiques ou tendres, tantôt gratitude pour tout ce que le siècle cinématographique a apporté à notre culture.

A l’objectif, le trio fougueux des artistes Laurence Briand, Yvann Drion et Marie-Gaëlle Janssens, pour célébrer les merveilles du rêve, du bonheur, des émois amoureux, des premiers baisers et des longs sanglots. Le sablier égraine les monstres sacrés du vingtième siècle. Marilyn, Romy, Montand, Signoret, Reggiani, Gabin, Arletti, Pagnol, Sautet, Lelouch, Truffaut, Rohmer, Chabrol, Godard, Varda sont conviés à un festival de phares dans l’océan cinématographique de notre jeunesse. La pluie bienfaisante des citations va droit au cœur.

Chaplin disait : « Quand intelligence et sensibilité sont en parfait équilibre, on a de merveilleux acteurs. » A l’écran et sur les planches. Jetez-vous sur ce bateau ivre de lumières et de jolies voix.