Sherpa

Théâtre | Théâtre Le Public

Dates
Du 7 au 30 juin 2012
Horaires
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Sherpa

Création - Comédie à bretelles
Avec Philippe Vauchel. Mise en scène : Jean-Michel Frère. Scénographie : Xavier Rijs Lumière : Pascal Géoris Régisseurs : Malika Gouider et Simon Plume

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1 Message

  • Sherpa

    Le 22 juin 2012 à 02:45 par pit111

    Que dire sur Sherpa... Un spectacle poétique avec des bonnes idées, très bien joué. Un ou deux moments drôles. Mais cela passé, il reste un spectacle lourd avec des thèmes constamment ressassés. L’idée de s’adressser à sa mère représentée par une marrionette est excellente. Mais la prise à parti constante plombe le rythme. Et au final à force de parler en continu de mélancolie on finit par soit se lasser soit déprimer... Il reste donc un spectacle pas vraiment mauvais mais pas vraiment bon non plus....

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Vendredi 22 juin 2012, par Jean Campion

Etre mélan...cool ?

Dans "La Grande vacance", son spectacle précédent, Philippe Vauchel ridiculisait la vanité de la société de consommation et nos dérobades devant la mort. Mêlant dérision, lucidité et bonhomie, il nous invitait à affronter notre condition : mortels mais bien vivants ! "Sherpa" poursuit cette réflexion métaphysique. Dans un style plus tendre, plus fraternel. L’histoire de cet homme, né avec un coeur gros, nous interpelle, nous touche et nous encourage à "grimper haut, à porter lourd."

"Ce soir, nous sommes 109." Cette indication, une responsable du théâtre la donne à un homme qui débarque sur scène, dans un curieux accoutrement. Bonnet, gros anorak de montagnard et sur les épaules, un harnachement insolite. Très ému par notre présence, il ne peut empêcher les larmes de lui monter aux yeux. Et il tient à serrer la main de chaque spectateur du premier rang. Philippe Vauchel ne s’adresse pas au public comme un humoriste de stand up. Il recherche notre complicité, pour nous faire pénétrer en douceur, dans l’intimité du couple qu’il forme avec sa petite maman. Inerte mais étonnamment vivante

Doté d’un coeur très gros, son fils, portant toute la mélancolie du monde, se sent marginalisé. La société qui protège les bébés phoques et la couche d’ozone, se fiche de ces "mélancolistes", grossistes en mélancol. Elle veut étouffer leurs interrogations, leurs doutes, qui débouchent sur des évidences vertigineuses. Ainsi l’homme est bien le seul être vivant conscient d’être mortel. Si les éléphants rejoignent un cimetière et si les fourmis transportent des cadavres, c’est pour des raisons bassement pragmatiques.

Ces questions déclenchent une remontée de souvenirs. Avec beaucoup d’humour, l’auteur raconte ses mésaventures de "pas encore conçu", chante "Suzannne" de Léonard Cohen et évoque la prière aux morts, récitée devant la croix de communion solennelle, qui trônait dans sa chambre, entre la photo d’Eddy Merckx et celle de Mike Brant. Quand il imite des veuves, masquant la banalité de leur existence par des formules rabâchées, on sourit , mais on ressent surtout sa compassion pour leur solitude. Comme dans "La Grande vacance", le comédien traite la mort sans le moindre tabou. Puisque "caveau" fait songer à "cave", pourquoi n’enterrerait-il pas sa mère au milieu de ses pots de confiture et de ses bocaux de cornichons ? Il s’est acheté un lopin de terre dans le cimetière et il y pique-nique de temps en temps. Pour s’habituer.

Création très réussie de Bernard Clair, la marionnette est une partenaire efficace. Elle permet à Philippe Vauchel de livrer sa vérité. Sans retenue. La sollicitude avec laquelle il déplace, anime, guide, nourrit, interpelle, couve sa maman freine parfois le spectacle, mais nous convainc que son coeur de sherpa est assez résistant pour porter ce fardeau. Paradoxalement, ce mélancoliste est armé contre la dépression et donne raison à André Gide : "La mélancolie n’est que de la ferveur retombée." Clown métaphysique, il surprend par la pertinence de ses observations, mais ne se prend jamais au sérieux. Témoin, la panique qui le saisit devant le nombre infini de minutes de silence, que réclamerait la mémoire d’inconnus, ayant droit à notre respect. On n’est pas loin de Raymond Devos.

Théâtre Le Public