Mercredi 8 juin 2016

Se renouveler – Exister – Continuer

Le théâtre, saison après saison

Alors qu’on est au bilan de la saison à peine écoulée, parfois toujours en cours, alors que l’heure est à l’envoi des programmes de la suivante, alors que les boîtes aux lettres des potentiels futurs spectateurs se remplissent d’alléchantes propositions, il est venu le temps d’interroger le théâtre en futur proche à Bruxelles. Sur ce qui le fait, le constitue, le réinvente. Ceci est un constat théâtro-ubiquitaire. Donc forcément parcellaire.

A priori le théâtre ne va ni vraiment plus mal ni vraiment mieux qu’avant. Économiquement, on en est toujours aux mêmes refrains, aux mêmes budgets difficiles - impossibles ? - à boucler, de ceux qui pourtant font tourner une maison, huilage de rouages internes et accueil de projets extérieurs. Aussi, alors que certains lieux reçoivent des subventions - même si parfois (souvent) ces derniers les estiment insuffisantes - d’autres peinent encore à les obtenir. C’est le cas de l’Atelier 210. Or, fin mai, on apprenait que l’endroit, qui propose depuis 11 ans une programmation mêlant joyeusement et habilement théâtre exigeant, musique pointue et fiesta réussies, mettait en route une campagne de crowdfunding (ou financement participatif). Le but ? Atteindre 10 000 euros et boucler le financement de la saison 2016-2017. En 24h, un tiers de la somme était atteint. Depuis, les 10 000 euros sont franchis et se doivent d’être davantage dépassés, tant qu’à faire ! (Pour poser sa petite pierre à l’édifice, c’est par ici, hop hop hop : https://www.kisskissbankbank.com/fr/projects/atelier-210)

Premier constat théâtro-salutaire

Si les financements publics ne suivent pas toujours, le public, lui, est au rendez-vous. Et plutôt deux fois qu’une. Ce public, il convient donc, puisque c’est lui qui fait et fera le théâtre de demain, de le recruter toujours plus largement, toujours plus loin. C’est sur cette « croyance-constat » qu’Olivier Blin, tout neuf directeur du Théâtre de Poche, mise quand il propose ses présentations de saison pour le moins particulières.

Sur le site du théâtre, le ton est donné : « Le Poche sur un plateau. Nous apportons le fromage, vous le vin. » Et les équipes de se rendre, frometon sous le bras, dans les salons, jardins, salles de cours... pour présenter la programmation de la saison à venir. Et pour parler, aussi et surtout, de l’histoire de ce théâtre qui en vit un nouveau volet. Une évidence pour Olivier Blin : «  L’idée c’est d’aller à la rencontre du futur public. Que ces gens deviennent à leur tour ambassadeurs. Parce qu’il y a du public dans les théâtres. Mais il faut le fidéliser. » Et le nouveau directeur de poursuivre sur son idée du théâtre : « Je suis un passeur. Je veux faire le lien entre ce que proposent les artistes et les publics. Prolonger le geste. Et puis, surtout, donner une autre vision du monde. Après les attentats, j’étais dans l’école de ma fille, et j’entendais, autour de moi, les gens demander dans quel monde on vivait. Je trouve le constat légitime. Mais il m’est insupportable. Il faut qu’il y ait de la rigolade aussi. »

Deuxième constat, théâtro-populaire 

Le théâtre doit être, encore et toujours, espace de parole, réunion de pensées. Lieu de vie belle et jouisseuse, de plaisirs. De façon simple et spontanée. Et sans prise de tête.

Il y a le public, donc, mais en face de lui, on trouve les créateurs. Ceux qui, semaine après semaine, mois après mois, année après année parfois, ont travaillé pour livrer les spectacles. Le théâtre n’existerait évidemment pas sans eux. Parmi ces artistes sur scènes, les jeunes créateurs. Ceux qui font la scène de demain. Et créent comme ils respirent. Parfois brut. Toujours vrai. Et en cela, la récente nomination de Fabrice Murgia au Théâtre National est un beau signe de confiance en un théâtre qui vit, qui bouge, qui va de l’avant.

Mettre un artiste, jeune qui plus est, à la tête du National, est le signe fort qu’un théâtre ne se gère pas comme une entreprise, avec la tête et le portefeuille. « Avoir nommé un jeune à cette place, c’est le signal fort, et émouvant pour moi, qu’un théâtre se dirige avec le coeur », souligne Peggy Thomas, jeune artiste elle aussi, à la direction du Théâtre de la Vie. Qu’un théâtre est, encore et toujours, spécifique et unique, dans le paysage du monde actuel. Qu’il peut être lieu de protestation, de résistance. Qu’il peut être un lieu où l’on vibre. En dehors des schémas formatés. Qu’il peut être le lieu où on expérimente, où on se trompe, aussi. Où on recherche ses limites.

Ainsi, au Théâtre de la Vie, Peggy Thomas insiste. Son impératif à elle, c’est d’encourager cette jeune création. De la porter. C’est là qu’elle met son énergie. Et de proposer, aussi, ouverture nécessaire, une programmation mixte, mêlant théâtre et danse, avec les spectacles de Karine Ponties, et les cartes blanches de novembre, aux Brigittines, autour du spectacle Luciola pour les 20 ans de sa compagnie Dame de Pic. Comme aux Tanneurs, qui accueillera la saison prochaine la danse d’Ayelen Parolin, les sons du D Festival et les enfants à Noël, en confortable tradition. Ou au Varia, où la danse s’invite également, nue, dans la programmation, avec le surprenant Anima Ardens de Thierry Smits, ou entourée d’opéra, avec Don Giovanni revisité en Giovanni’s Club de Claudio Bernardo.

Troisième constat, théâtro-pluridisciplinaire

Au théâtre comme ailleurs, il est essentiel de rester éternellement curieux et ouverts. Curieux et ouverts à la nouveauté. Curieux et ouverts à la diversité. Parce qu’elles font le théâtre de demain. Et qu’elles font le théâtre qui touche tout et tous.

Constat final, théâtro-identitaire

Finalement, les saisons qui finissent et celles qui, bientôt, commencent, filigranes vers demain, nous permettent de tisser du lien. De rester nous. De vivre dans ce monde qui parfois devient fou. Ces saisons qui se dessinent nous rappellent que nous sommes multiples, vivants et demandeurs. Nombreux et amoureux. Que nous irons, encore, demain et l’an prochain, au théâtre pour y vibrer, y rire et y pleurer. Pour y espérer et y penser, par delà tout, qu’un autre monde est possible. Pour nous y révolter et nous y inventer des possibles différents, divergents. Pour y croire fort. Confusément et en toute lucidité. Puisque - et ce n’est pas d’hier que ça date - nous sommes de l’étoffe dont les songes sont faits.

Par Isabelle Plumhans
Pour le crowdfunding de l’Atelier 210 : www.kisskissbankbank.com | www.atelier210.be

Pour les présentations de saison du Poche : 02/647 27 26 | www.poche.be

Pour les prochaines saisons, guettez :
Théâtre de la Vie | www.theatredelavie.be
Théâtre Varia | www.varia.be
Théâtre les Tanneurs | www.lestanneurs.be