Jeudi 20 septembre 2012, par Karolina Svobodova

Que l’homme me soit conté

Un spectacle en plein air, un spectacle muet, un spectacle devant être joué dans un immense espace, désolé et vide. L’ancien site industriel de Tour et Taxis accueille la nouvelle création de FC Bergman, ce détonnant collectif flamand que les spectateurs francophones ont la chance de découvrir pour la première fois.

19 heures trente, les lumières de la ville s’allument, venant peu à peu remplacer la lumière du jour qui tombe sur les tours du quartier Nord. Face aux spectateurs assis sur des gradins, KW en poche et couverture sur les jambes, un immense panneau représentant Schwarzi dans toute sa splendeur et musculature surplombe une foule de fauteuils, chaises, tables, armoires, véhicules de carrousel. Sur ceux-ci viennent progressivement prendre place les 50 figurants, vêtus d’habits de soirée. La marche est rigide, l’effet visuel puissant. Ces individus semblant venir d’un autre temps s’occupent ou ne font rien. L’un joue au billard, l’autre fume une cigarette, un enfant saute sur un trampoline tandis qu’une femme fait du vélo d’intérieur. La bande son dialogue avec les bruits de la ville, aux chants d’oiseaux se mêlent le bruit des trains qui passent et les cris de la sirène de police. Silence et contemplation marquent cette première partie. Castellucci et ses impressionnantes foules de figurants remplissant le plateau et créant un effet d’étrangeté du fait de leur simple présence et de la quotidienneté de leurs rares mouvements n’est pas loin. Chez le metteur en scène italien, cette multitude colorée d’individus désignait l’enfer, ici elle nous donne à voir la vacuité, l’ennui ; trace d’une certaine décadence passée et oubliée.
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Suivis des meubles, les figurants abandonnent le terrain, laissant un homme seul derrière eux. Livré à lui-même, celui-ci explore ses possibilités d’action dans ce décor désolé.
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On ne peut pas raconter « Terminator Trilogy ». Terminator Trilogy n’est pas une histoire, et la référence à Terminator tient seulement aux biceps de Schwarzenegger et au décor quelque peu apocalyptique. Pas de robot intelligent mais un homme en quête. De quoi ? C’est ce qu’il semble chercher, entre désespoir, lassitude et répétition.
Entrer dans ce spectacle, c’est s’engager dans une promenade visuelle, c’est accepter de se livrer à l’ambiance et ne pas résister aux images et émotions qui viennent nous habiter. Dans un monde où la majorité des signes font immédiatement sens, la possibilité de se réjouir d’un regard poétique et désintéressé est à saisir.
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Karolina Svobodova.