Dimanche 1er octobre 2017, par Dominique-Hélène Lemaire

On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans....

On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans.
- Un beau soir, foin des bocks et de la limonade,
Des cafés tapageurs aux lustres éclatants !
- On va sous les tilleuls verts de la promenade…

Antoine Guillaume, lui, part avec sa classe en voyage scolaire et traverse la Manche pour connaître son premier éblouissement. Antoine Guillaume ? Antoine, comme saint-Ex et Guillaume, comme le Conquérant car il a conquis son public l’autre soir, dans la petite salle bondée du Public, pleine à craquer. Ecoutez-la craquer ! Il racontait, il se travestissait, il causait, dansait, il chantait, il poétisait, il confiait en chuchotant de bouche à oreille, sa passion - honteuse pour certains esprits grincheux - pour la Comédie Musicale. Ecoutez-le deviser, en long, en large, en général, en particulier, jamais de travers tant sa documentation est précise et rigoureuse. Une foule de détails vécus rend l’encyclopédie vivante. Mais c’est surtout une histoire d’amour : la Comédie Musicale porte sur ses épaules ses 17 ans sans cesse renouvelés et lui, il la porte à bout de bras, à bras le cœur, sillonnant les tourbillons de l’histoire.
A tout le moins, ce que semble entretenir soigneusement l’amateur de musicals, c’est un spleen particulier, sorte d’ élixir de jeunesse, alors que, le cœur battant à tout rompre, il franchissait le 14 mars 1996, les portes du London Palladium pour découvrir Oliver Twist. Dans un noble enthousiasme romantique, il semble avoir passé sa vie à la recherche du grand frisson éprouvé ce jour-là !

La meilleure façon pour Antoine Guillaume de réhabiliter un genre dit « mineur », surtout dans l’esprit francophone historiquement réfractaire, c’est de reprendre tranquillement la ligne du temps, sans élever la voix, (de fait, il chuchote pendant tout le spectacle, comme on le fait la nuit, pour dire des mot d’amour) et de dresser un tableau musical du phénomène, depuis son éclosion en Angleterre en 1716 avec l’Opéra du gueux (The Beggar’s Opera) de John Gay qui fut si fécond par la suite en adaptations littéraires et musicales. Il rappelle que le mariage populaire du théâtre et de la musique classique s’était exprimé dans des formes telles que le ballet, l’opéra, l’opéra-bouffe et l’opérette, mais qu’il s’était particulièrement développé aux États-Unis, intégrant des musiques « nouvelles et populaires » comme le jazz et les chansons. Donc nous voici à Broadway. Il suit les racines intercontinentales du genre nouveau – ah ! Les mauvaises herbes ! - plus résistantes et plus économiquement rentables que jamais ! La popularité de ces œuvres et leur fréquentation ne bat-elle pas tous les records ? La fameuse foule sentimentale, assoiffée d’idéal, entretenue dans l’illusion de la jouvence éternelle, ne rêve-telle pas perpétuellement comme Antoine Guillaume que la vie réelle soit plus musicale ? Et si la musique était un viatique ?

Heureux qui communique ! L’artiste souriant ravit, ce soir en tous cas, son audience tous âges confondus, amoureux et connaisseurs du genre, ou non. Avec LUI, c’est la rencontre du charme, un rendez-vous avec une voix qui vous serre le cœur, la découverte d’un timbre harmonieux, d’une prononciation anglophone parfaite, d’un sens de l’humour chaleureux, d’une mobilité stupéfiante sous les lumières de Laurent Kaye. Avec ELLE, sa compagne musicienne hautement qualifiée (la pianiste Julie Delbart) c’est la connivence avérée des deux artistes, la rencontre d’une grammaire musicale complexe et inventive et d’une palette d’émotions très variées, un toucher de clavier captivant, la découverte de basculements inédits d’une mélodie à l’autre, la surprise d’un changement de costume, de quoi inviter l’imaginaire à se laisser prendre par le mystère… Mais oui, on connait cet air, on l’a savouré comme une madeleine mais les titres se sont parfois effacés, seul reste donc le plaisir ! Ah l’émouvant Ol’man River de Showboat (1927 ) ! Et tous les autres souvenirs : The Sound of Music (1959), My Fair Lady (1956), Mary Poppins(1964), Cabaret (1966) Porgy and Bess (1925 ), West Side Story(1957), The King and I (1951), Cats (1981), The Phantom of the Opera (1986), Evita (1978 ) …tout y passe et rien ne lasse car la Comédie Musicale, c’est vraiment ce qu’il a trouvé encore de plus proche du Bonheur ! Il pourrait vous parler de Broadway pendant des heures et pour cause, … la cause qui est la sienne, lui colle au coeur !

Le saviez-vous ? “Next To Normal” sera en Belgique à la rentrée 2018… Peut-être l’y croiserez-vous ? Accompagné de Michel Kacenelenbogen, le metteur en scène ?

Dominique-Hélène Lemaire