Jeudi 29 juin 2017, par Dominique-Hélène Lemaire

MuCH Festival 2017

La clôture

Le premier MuCH Waterloo Festival s’est terminé…par un bouquet de talents virtuoses. En effet Ce sont les Quatre Saisons de Vivaldi et celles de Piazzola qui mettaient fin à ce cycle de musique, de danse, de poésie et même d’aquarelle réparti sur 5 jours de liesse estivale. Avec le Nco Orchestre, Tatiana Samouil, Kerson Leong, sous la direction d’ Ayrton Desimpelaere.

Nous sommes dans le Studio Haas Teichen avec L’Orchestre de Chambre de Namur. Ayrton Desimpelare, dont la carrière brillante ne fait que commencer, déroulera lors de cette dernière contribution vibrante au festival, tout son art et sa sensibilité de maestro. La violoniste soliste c’est Tatiana Samouil, lauréate du Concours Reine Elisabeth 2001, professeur de violon à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth et depuis 2002 premier violon à l’Orchestre Symphonique de la Monnaie. Sous la baguette innovante et impétueuse d’Ayrton Desimpelaere, elle transforme littéralement notre perception habituelle de l’œuvre du maître italien.

Invite
Dès le Largo du Printemps, elle nous entoure d’un manteau noir de tristesse et nous confie le relief de ses larmes avant de les essuyer par des mélodies bondissantes d’allégresse dans la très grande pureté de sonorités de L’allegro. De vraies giboulées musicales. Les vagues de bonheur se répandent dans la très belle acoustique de la salle …et dans le cœur du public. Une impression de liberté ? De mobilité extrême des sentiments ? Le visage de la violoniste dont on perçoit les moindres tressaillements se crispe, la souffrance renaît perchée sur la basse continue, puis le sourire réapparaît dans les yeux, pour s’achever dans la sérénité. Une sérénité de véritable hédoniste ?
L’Allegro non molto de l’Eté commence par un tapis de questions inquiètes qui s’embrasent dans l’élan vital solaire de la partition. Mais toujours très apparente, cette nostalgie de la violoniste, comme une fièvre récurrente de de l’absence, rejoint aussitôt la fureur de vivre et se fond avec l’ardeur juvénile débordante de tout l’orchestre. Dans un lieu où la proximité avec les musiciens est si grande, la projection de chaque instrumentiste est comme calligraphiée. L’Adagio semble jouer au sablier du temps. Voilà une fragilité intense et douloureuse qui se répand sur fond d’orages et d’éclairs. Le Presto est conquérant, la magie musicale a fait taire toutes les angoisses et recouvrer la joie de vivre. Une approche d’un romantisme fou !

L’Allegro qui débute l’automne semble dédié à Bacchus et à l’abondance des fruits de la terre, L’archet est victorieux : ivresse de sonorités ! Mais L’Automne rime aussi avec langueurs aux couleurs de feuilles mortes balayées prestement par le regard de connivence de la violoniste avec le chef d’Orchestre. Très émouvant, ce clavecin qui aidé des vents précieux étend un voile brume qui peu à peu obscurcit le bonheur. L’archet se fait déchirant. Chacun peut penser à quelque chose de profondément triste avant de sauter dans une luxuriante danse finale, brillante d’énergie.

« Quest’è ’l verno, ma tal, che gioja apporte ».L’hiver marche sur un carnage d’élytres froissées, d’ascensions désespérées, tout un peuple ailé craint les frimas à venir, mais la lumière est si belle, et on voit le ciel. Les rafales passent dans les pizzicatis des violons. Le Largo fait brûler les flammes bienfaitrices, un cœur pacifié, empli de chaleur humaine et de caresses. Quelques mesures de sortie tout en légèreté soudent la grâce à l’énergie qui ne font plus qu’une. Les jeunes artistes et le public ravis de la communion musicale, se retirent pour la pause, le sourire aux lèvres.

Meet and Connect
Les quatre saisons de Piazzola amèneront sur le plateau un vrai génie de l’archet qui avec ses allures de bad boy enchanteur, caracole entre assauts vers le ciel, solo sentimental, tangos, bataille héroïque qui terrasse le dragon, envolées qui semblent improvisées et citations de Vivaldi ! Le jeune violoniste canadien distingué Kerson Leong est tellement fascinant que l’on en oublierait le chef d’orchestre. Il possède une virtuosité qui coupe le souffle, une intériorité qui déménage avec des abîmes de fragilité et des sommets de puissance. Salves, trilles bouleversantes, sautes d’humeur, glissements subreptices dans la romance, décharges électriques, pas de deux… . Cela virevolte, cela foisonne sans rimes ni raison. Le musicien est entier au cœur de la transe des saisons, tous siècles confondus. La contrebasse n’en peut plus de battre ! Le magnifique timbre de l’instrument du virtuose, un Guarneri del Gesu (1730) multiplie les registres et les désespérances, il rend une multiplicité de couleurs chatoyantes, on se perd dans l’affolement circulaire des saisons et on se sent infusé d’émotion. Cet artiste incomparable invité au MuCH Waterloo Festival s’est produit dans des salles internationales de renom comme le Wigmore Hall in London, l’Auditorium du Louvre in Paris, the Oslo Opera House, and the National Centre for the Performing Arts in Beijing. Il est partout. On l’écoute partout à la CBC Television, la CBC/Radio Canada,la BBC Radio 3, Radio France, Radio Television Suisse, l’ American Public Media’s SymphonyCast, la NRK, la RAI, la Deutschlandradio Kultur, et la Czech Radio. C’est un tonnerre d’ovations qui résulte de cette splendide performance, en espérant que la prochaine saison du MuCH Waterloo Festival 2018 soit d’une aussi belle tenue !
Dominique-Hélène Lemaire