Vendredi 17 février 2017, par Dominique-Hélène Lemaire

Mais, malgré moi, je pense à Brassens...

Un très beau travail d’ interprétation pour ce quintet théâtral dédié à l’ hyperréalisme : Luc Brumagne, Nicolas Buysse, Kim Leleux, Cécile Van Snick et Camille Voglaire sont partis pour interpréter un opus sur la difficulté du dire.

Si la critique anglo-saxonne est unanimement dithyrambique, parlons du projet tel qu’il nous est apparu, avec nos failles et nos propres filtres. Des acteurs amateurs suivent un cours de théâtre : peut-être bien que oui, peut-être bien que non ! Vu du côté spectateurs, cela a tout l’air d’un groupe de parole thérapeutique pour des individus venant d’un monde malade dont on observe les séances, en temps réel. Un temps qui semble souvent grossi à la loupe tellement les bâillements vous guettent. La coach est sévère, condescendante, omnisciente, et même hypocrite, ...jusqu’à ce qu’elle craque ? Elle aussi ? Ce qui rend compte de la fragilité humaine, mais celle-ci est-elle encore à démontrer ? Ou est-ce faire œuvre indispensable, charitable et urgente en outre-Atlantique ? Coup de griffe au passage pour tous les coach vivant de recettes charlatanes et de la crédulité publique. Pour certaines féministes ?

La technique intéressante est que tous les participants - dont une seule d’ailleurs semble clairement avoir des ambitions de future comédienne, et la plus vulnérable de la bande - ont pour consigne de prendre la vie de l’autre en main et raconter dans le cercle, ce qu’ils ont retenu de la bio parlée de l’autre. Technique épuisante pour le spectateur qui se trouve physiquement hors-jeu, confiné dans son rôle de spectateur, pris en otage dans un chapelet de redites. Lassé par une langue populaire traduite maladroitement parfois, versant souvent dans la platitude avérée. Toute parole ne fait pas œuvre de théâtre même si la recherche de la vérité se love dans les craquelures de l’image. On vous conseille la patience si l’empathie venait à manquer !

L’intrigue de la pièce est quasi invisible. Qu’est-ce qui émeut, qu’est-ce qui touche, qu’est-ce qui est racontable ? Dans le rôle-playing, chacun y va de son effet miroir. Chacun se livre docilement aux exercices de grammaire des groupes de théâtre, dont l’un revient régulièrement comme un motif - lancinant pour le spectateur - expérience humaine bouleversante pour l’acteur pour ceux Qui en ont déjà fait l’expérience. Ils sont tous couchés sur le tapis de jeu absorbant les affects et doivent à tour de rôle sans pouvoir voir les participants dire un chiffre de la série de 1 à 10 sans voler la parole à l’autre. Expérience très difficile si on n’est pas entièrement à l’écoute de l’autre et capable de respecter le moment où il va dire le chiffre qu’il se sent prêt à dire ! Exercice fort insipide pour celui qui regarde. Difficile de taire une certaine déception…

Les histoires racontées ? Rien que des banalités car le secret de chacun mettra une éternité à se dire. Les scènes se succèdent, minutées et coupées au moment où quelque chose d’important allait se dire. Très frustrant. Les pauses-récréation-déglutition (chips, pomme verte, nouilles asiatiques…) entre les séances en disent un peu plus sur les rêves et la vie charnelle de chaque participant. La solitude, les ruptures, les cassures, la communication ratée ont brisé chacun, vont-ils savoir se reconstruire grâce à la mise en commun ?

Dominique-Hélène Lemaire