Les passagers

Saint-Josse-Ten-Noode | Théâtre | Théâtre Le Public

Dates
Du 9 septembre au 22 octobre 2022
Horaires
Tableau des horaires
Théâtre Le Public
Rue Braemt, 64 70 1210 Saint-Josse-Ten-Noode
Contact
http://www.theatrelepublic.be
contact@theatrelepublic.be
+32 2 724 24 44

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Les passagers

Jérusalem, de nos jours. Un policier israélien auditionne une Palestinienne. Un interrogatoire de routine : emprunte-t-elle souvent la ligne 11 ? Trois ou quatre fois par semaine ?
Mais nous sommes quelques jours après un attentat meurtrier dans un bus sur la ligne 11. Beaucoup de morts et de blessés. Depuis la construction du mur, ça n’est plus arrivé souvent…
Elle travaille au marché sur un étal de poissons. Selon le patron du bistrot, elle prend un thé à la menthe sans sucre, plusieurs fois par jour. Dans le café, il y a une immense télévision. L’attentat y est passé en boucle. Elle dit qu’elle n’a rien vu. L’inspecteur lui demande comment est-ce possible, alors qu’elle a eu le nez collé sur l’écran trois fois par jour ! Elle dit qu’elle n’a pas fait attention, c’est tout !
« Vous n’avez pas fait attention au numéro de ce bus calciné, alors que c’est celui que vous prenez presque tous les jours ? »
On ne peut pas faire attention à tout !
Est-ce vraiment un interrogatoire de routine ?

L’auteur met en présence les ennemis héréditaires, et parvient, avec discernement, à nous ouvrir une lucarne sur un tout petit bout de la réalité de ce terrain miné. Dans un bureau de flics, deux êtres humains, d’origines différentes, vivants sur une même terre, se regardent. Vont-ils parvenir à se parler sans haine, à se considérer comme deux êtres, vivants sur une même terre ?

Un face à face tendu dans lequel les notions de bien et de mal, d’innocence et de culpabilité, de justice et de terrorisme sont radicalement remises en question par un homme et une femme en danger.


De Frédéric Krivine / Mise en scène : Laurent Capelluto / Avec : Axelle Maricq et Benoît Verhaert / Assistante à la mise en scène : Tess Tracy / Scénographie : Alissia Blanchard / Costumes : Béa Pendesini / Lumière : Alain Collet


UNE COPRODUCTION DU THÉÂTRE LE PUBLIC ET DE KI M’AIME ME SUIVE. AVEC LE SOUTIEN DE LA COMMUNAUTÉ FRANÇAISE

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Lundi 3 octobre 2022, par Jean Campion

A hauteur d’êtres humains

Après avoir publié trois polars, Frédéric Krivine devient scénariste de télévision. Sa série "P J" (144 épisodes) met en scène des personnages tiraillés entre leurs préoccupations professionnelles et les soucis du quotidien. "Un Village français", dont il est coauteur, est une série diffusée dans plus de 50 pays. En nous plongeant dans la tourmente de l’occupation allemande et de la libération, cette chronique "villageoise" nous permet de partager le destin d’hommes et de femmes d’une sous-préfecture dans le Jura. Le flic juif et la marchande palestinienne qui s’affrontent dans "Les Passagers" apparaissent aussi comme des êtes humains, aux prises avec une réalité tragique.

L’inspecteur David Stern compulse un dossier. Au fond du bureau, une femme exaspérée manifeste son impatience. Convoquée pour une raison inconnue, elle attend depuis plus d’une heure, alors qu’elle devrait déjà vendre ses poissons au marché. En plaisantant, le policier la rassure : simple enquête de routine. Interrogée sur les lignes de bus de Jérusalem, qu’elle emprunte fréquemment, Amina Lamdani, commerçante palestinienne d’origine jordanienne, en cite plusieurs. Mais pas la 11 ! Pourtant la plus pratique pour rejoindre son étal au marché. Or c’est sur cette ligne qu’un terroriste, il y a quelques jours, s’est fait sauter avec sa charge d’explosifs, un peu après qu’elle est descendue du bus. Plusieurs témoins les ont vu se parler. Révoltée par la duplicité de ce Juif, qui joue avec elle comme un chat avec une souris, elle nie farouchement toute implication dans l’attentat. Devant son entêtement, Stern lui demande de retirer souliers, bijoux et la met en garde à vue.

Pour faire plier Amina, l’’inspecteur adopte un ton plus mordant. Il décrit les victimes, en lui imposant leurs photos. Dans cette hécatombe figurent des Israéliens, des Palestiniens, des enfants, des vieillards.. Certains rescapés des camps. Avec hargne, il lui reproche d’ignorer Auschwitz. La suspecte blêmit et se tait. Cependant elle acceptera le dialogue. Il lui est, en effet, impossible d’être séparée des neveux qui lui sont confiés.

Benoît Verhaert incarne avec beaucoup de maîtrise un policier courtois, déterminé et manipulateur. Ses questions sont des pièges. Enervé par les dénégations et les silences de la suspecte, il se déchaîne contre la lâcheté des terroristes. En assassinant aveuglément des innocents, ils condamnent Juifs et Palestiniens à se haïr. Axelle Maricq souligne la dignité d’Amina Lamdani. Cette commerçante proteste contre les multiples barrages, qui lui pourrissent la vie, mais n’est pas foncièrement antisémite. Acculée à faire certaines révélations, elle évoque avec émotion les brefs échanges avec son sauveur. Ils ne répondent pas clairement aux questions qui hantent Frédéric Krivine : "Que s’est-il passé dans la tête de cet homme-bombe ? Quelle force mystérieuse l’a conduit à épargner une femme qu’il connaissait à peine ? "

La mise en scène sobre de Laurent Capelluto soutient subtilement l’évolution de ces personnages nuancés. Le face-à-face tendu, ponctué de remarques sarcastiques et de répliques acerbes, laisse émerger progressivement leur humanité. Lorsque, dans un cri d’indignation, la suspecte dévoile au flic juif que sa soeur est morte, victime du conflit israélo-palestinien, il est touché par son deuil et regrette ses injures. En observant l’apparence de David Stern, Amina s’était persuadée qu’il vivait seul. Elle ne l’imaginait pas racontant à ses enfants, l’histoire du "Petit éléphant qui avait perdu ses défenses". Ces changements de regards nous préparent à un épilogue surprenant.
Jean Campion

Photos : © Prunelle Rule

Théâtre Le Public


Rue Braemt, 64 70
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