Mardi 20 janvier 2009, par Edmond Morrel

Le roman de la trahison.

Une confession bouleversante

On lit ce livre comme on regarde un tableau, un tableau de Hopper : lentement, longuement, en se laissant absorber par les sensations qui viennent d’au-delà de l’histoire.
Première sensation : celle de lire un livre sur l’écriture et le romanesque…

Seconde sensation : le lecteur est confident, ou psychanalyste… Sachant que tout lecteur ré-écrit le livre qu’il lit, Philippe Besson le place dans une position d’écoute, de confident, de partage…Jusqu’au bout, le roman est aussi un récit qui se cherche…le narrateur dit d’ailleurs : « Je ne me couche pas:j’écris. » Apparaîtrait alors une autre définition du rôle de l’écriture… ? Écriture comme thérapie ?

Le narrateur veut nous en convaincre avec « des mensonges plus vrais que la vérité elle-même » (p 24 )...On sait la formule selon laquelle "un écrivain ment, mais il ne triche jamais »…

Philippe Besson a l’art de raconter en pointilliste du sensible...Ainsi trouve-t-il cette manière de définir les grands soubresauts de l’Histoire : « A dix ans les événements déterminants ne prennent pas la forme d’aventures collectives mais le visage de drames individuels » (p 39 )
Ici aussi, on pourrait se demander si le vrai point de vue romanesque n’est pas, tout simplement, celui d’un enfant qui découvre le monde, le vit, essaie de l’absorber à son niveau d’expérience.
Lorsqu’il évoque le lancement du premier Spoutnik, Philippe Besson trouve des formules sidérales. En une double phrase tout est dit, à la fois l’épopée universelle et le temps individuel…"tout était possible et nous étions en danger"

Et puis, comme toujours chez Philippe Besson, en filigrane se dévoile le trouble mouvement d’approche et d’ esquive de l’homosexualité. De ceux qui (se) l’avouent, Besson dit "ils s’abandonnent plus qu’ils n’abdiquent » (p 64)

Philippe Besson nous donne ici un très beau roman...qui confirme le rôle de la littérature : explorer les failles…c’est à dire, explorer l’humain, lui donner le jour. D’ailleurs, le narrateur ne conclut-il pas son livre par ces mots : « Voici neuf mois que j’écris »…

© Edmond Morrel

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