Le roi nu

Théâtre | Théâtre de Namur

Dates
Du 30 avril au 8 mai 2019
Horaires
Tableau des horaires
Théâtre de Namur
Place du Théâtre 2
Contact
https://www.theatredenamur.be/
billetterie@theatredenamur.be
081 22 60 26

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Le roi nu

porcher tombent fous amoureux. Surprise par sa mère, la princesse est contrainte à un mariage forcé avec “Le Roi d’à côté”, aussi tyrannique que gros. Parachutée dans un royaume dont la rigueur n’a d’égal que la bêtise, la noce se met en place dans un protocole abracadabrant. Entre un chambellan rugissant et une gouvernante tyrannique, ce mariage injuste pourra-t-il être évité ? L’amour aura-t-il le dernier mot ? Derrière cette fable fantastique et sarcastique, Schwarz dénonce les impostures des dictateurs, leur culte de la personnalité, leur cruauté. Rythme, couleur et émotions.

Distribution

Texte de Evguéni Schwartz. Traduction André Markowicz (Éditions Les Solitaires Intempestifs) Mise en scène Guy Theunissen. Assistantes à la mise en scène Aurélie Trivillin, Tiphaine Van Der Haegen. Avec Joséphine De Surmont, Allan Bertin, François Houart, Diego Lopez Saez, Geneviève Knoops, Monique Gelders, Aurélie Goudaer, Stéphanie Coppé, David Matarasso, Andreas Christou, Virginie Pierre, Hugo Adam, Line Adam. Création musicale Line Adam. Création lumières Laurent Kaye. Scénographie Michel Suppes. Construction des décors Michel Suppes, assisté de Xavier Decoux, Ananda Murinni, Adrien Dotremont, Antoine Van Rolleghem. Chorégraphie Sylvie Planche. Costumes Françoise Van Thienen, Marie Nils / Maquillages Djennifer Merdjan / Régie son Luna Gillet, Antoine Van Rolleghem / Régie Ananda Murinni / Régie de plateau Adrien Dotremont Une création complice des Baladins du Miroir, de la Maison Éphémère et de l’Atelier Théâtre Jean Vilar / Avec le soutien de la Fédération Wallonie Bruxelles, de la Région Wallonne et de la Province du Brabant Wallon / Avec l’aide du Centre Culturel du Brabant Wallon et des ateliers couture du Théâtre de Liège

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Lundi 6 mai 2019, par Yuri Didion

Potentiel de l’esquisse.

Henri le porcher séduit la princesse Henriette malgré leur différence de rang. Ceci ne plaît guère à la reine-mère, qui envoie Henriette épouser le roi voisin, que tout son peuple craint. Mais le jeune couple ne l’entend pas de cette oreille : Henriette va tout faire pour repousser son futur mari, et Henri - aidé d’un ami - met au point un stratagème infaillible pour la récupérer. Ce montage d’Evguéni Schwartz de trois contes d’Andersen lui valut d’être interdit sous le régime soviétique avant même sa première présentation. Aujourd’hui, les Baladins du Miroir et la Maison Éphémère s’associent pour remettre au goût du jour cette pièce qui se veut politique.

L’espace que créent les Baladins du Miroir a de quoi faire rêver. Le chapiteau, les roulottes bohèmes, l’esthétique des quelques tables, des petites bougies, de la guirlande au-dessus du public nous emmène dans un "ailleurs" de l’ordre de la fête et de l’enfance, propice aux contes et aux histoires.

La musique live participe d’ailleurs de cette plongée dans un espace extra-quotidien sans être aussi cérémoniel qu’un théâtre en dur. C’est aussi plus vivant : cela apporte un souffle supplémentaire qui capte le public. De plus, elle crée, avec l’entrée des musiciens en tenue de scène et déguisés en cochons, une transition efficace entre le dehors et le dedans, entre le "hors scène" et le spectacle.

Sur le spectacle en lui-même, l’impression qui domine est celle d’un bouillonnement de bonnes idées, d’une mine créative riche, malheureusement un peu brouillonne, un peu désordonnée. En effet, il y a quelques très bonnes trouvailles : l’entrée du roi, le petit pois, la chaise-cage de la princesse, le rap a cappella etc etc ; mais elles sont peu mises en valeur.

Ainsi, les moments chorégraphiques sont un espace choral très intéressant, mais peu exploité en tant que tel : ils ne semblent pas être l’expression poétique d’un vécu intérieur qui serait au-delà des mots, ni la mise en espace d’une relation entre des personnages. S’ils ont été pensés comme tels, le code n’est pas accessible au public, et cela devient vite long. Et ils ne sont pas non plus de la danse en tant que technique de spectacle, en tant que discipline, car la technique justement manque de précision pour nous emmener dans quelque chose d’extraordinaire et décalé.

Dans le même sens, il ne semble pas y avoir d’esthétique partagée par les personnages : chacun est dans la sienne, on se retrouve finalement avec des choses très différents qui évoquent le cirque, l’univers manga, le monde punk/rock, ... où tout se mélange sans jamais se rencontrer. Les différents styles des costumes ne parlent pas non plus des personnages, de leur âge, de leur classe sociale, de leur philosophie de vie puisque jamais dans le texte ou dans les relations, ils ne sont utilisés comme leviers de jeu et de distinction (pourtant cela trouverait tout son sens dans l’histoire du "Roi Nu").

Cela rend difficile d’évaluer l’action de la mise en scène sur le spectacle. Et très vite d’ailleurs, il perd en lisibilité. Par exemple, tous les personnages ont la même valeur, la même importance dans l’histoire pour ainsi dire. Cela relève d’une vision de "troupe" très intéressante, tant d’un point de vue d’éthique du théâtre que de pensée du spectacle. Toutefois, cela nécessite un travail particulier sur la choralité : gestion du focus par l’articulation chœur-coryphée-héros afin d’assurer la mise en valeur des actions et des acteurs au moment opportun sans quoi les personnages deviennent tous également superflus, une gestion du rythme et de la parole, tant pour trouver un souffle commun qui emporte le public que pour donner au groupe le poids d’une parole partagée dans laquelle le public est intégré. Et ici, malheureusement, cela a manqué.

La parole, d’ailleurs, est un point qui mériterait aussi une attention particulière. Tout d’abord, lorsqu’ils sont "sonorisés", comme dans les chansons où la balance son n’a pas souvent permis qu’on comprenne ce qu’e les comédiens chantent. Mais également au naturel, où ils gagneraient à trouver un niveau sonore commun, choral.
Mais il faut dire, pour leur défense, que le public ce soir-là était majoritairement constitué de scolaires, avec les désagréments que les profs redoutent et que le public connaît : chuchotements peu discrets, commentaires inopportuns, etc etc. Pourtant, plusieurs éléments amènent à penser que le public adolescents fait partie du public cible du spectacle : le crochet un peu facile de la vulgarité des personnages, souvent associée (à tort) aux ados, et qui trouve son point d’orgue avec la Ministre des Tendres Sentiments, le rap. La simplification du propos à l’extrême tend toutefois à rajeunir quand même l’âge moyen du public-cible. Impression floue, encore une fois.

Je parle d’une simplification extrême car, et ce fut ma plus grande déception, le texte a perdu la multiplicité de lecture des contes. Il est construit sur un montage de trois contes d’Andersen qui questionne la notion de pouvoir royal : "La Princesse et le Porcher", qui fait une belle introduction et présente les personnages, "La Princesse et le petit pois", qui malheureusement ne sert pas la dramaturgie et ajoute quelques longueurs et "Les Habits neufs de l’Empereur", ce dernier servant de final, de climax et de moralité à la totalité. Si la première lecture du conte des habits neufs, celle généralement expliquée aux enfants, celle présente dans le spectacle des Baladins du Miroir, est bien une critique de l’orgueil et de la flatterie des courtisans, une seconde lecture existe.

Elle est permise par le fait que les courtisans s’avouent entre eux qu’ils ne voient rien, mais craignent le pouvoir du roi. Seconde lecture qui est également permise par les traductions où ce n’est pas "Le Roi est nu", mais plutôt, bien que cela diffère selon les éditions : "Il n’a rien sur lui", "Il est sans artifice". Crier "Le Roi est nu", cela ne devrait donc pas être "Chassons le méchant tyran". Cela devrait être un cri du cœur (du chœur ?), un "Bas les masques", un cri de l’innocence qui énonce l’évidence. Et cette évidence, quelle est-elle ? C’est que le roi est comme chacun d’entre nous : il a du ventre, quelques boutons disgracieux, du poil sur le torse, des jambes maigrelettes, etc. Tout le reste n’est qu’apparat. Et s’il est comme le commun des mortels, alors ses privilèges et son pouvoir sont sans fondements. Crier "Le roi est nu !" aujourd’hui, c’est clamer l’évidence : tous les hommes sont égaux !

Cela, malheureusement, n’apparaît pas.

Ainsi, je conseillerai la pièce "Le Roi Nu" à celui qui s’émerveille devant le fourmillement de traits d’une esquisse, à celui qui lit dans cette énergie la force d’une oeuvre en puissance. Mais si seule la Joconde vous émeut, passez votre chemin.

DIDION Yuri

Théâtre de Namur


Place du Théâtre, 2
5000 Namur