Mercredi 24 mars 2010, par Edmond Morrel

La Table de montage de Henri Roanne : casse-tête à la cinematek

Casse-tête à la cinematek

Ecoutez Henri Roanne-Rosenblatt nous dire, depuis sa table de montage installée dans la nouvelle Cinematek, sa chronique dont vous pouvez ici lire la transcription.

Ecoutez Henri Roanne-Rosenblatt

nous dire, depuis sa table de montage installée dans la nouvelle Cinematek, sa chronique dont vous pouvez ici lire la transcription.

CASSE-TÊTE A LA CINEMATEK

Si vous aimez le cinéma, un conseil : Evitez de parcourir la brochure-programme bimestrielle de la Cinematek, pour mars et avril !

Vous seriez pris de vertige, la tête vous en tournerait.

Et vous risqueriez surtout d’éprouver un terrible sentiment de frustration. Car, à moins de passer quasi toutes vos fins d’après-midi, toutes vos soirées, et le weekend même vos après-midi, dans la caverne aux images creusée dans le sous-sol de Bozar, vous allez inévitablement rater un nombre incroyable de chefs d’oeuvre du cinéma, de classiques,de curiosités, de films rares ou de films insolites.

Mais peut-être, n’êtes-vous pas une ou un des 81000 visiteurs qui, en 11 mois depuis sa réouverture, ont découvert la nouvelle Cinematek ?

Alors, vous pourriez ignorer que pour 3 EUR par séance (et encore moins avec diverses formules d’abonnement !) -qui dit mieux ?- vous avez accès aux meilleures qualités de projection de tout Bruxelles, voire de toute la Belgique.

Mais pour voir quoi ? Je reviens à cette impossible brochure-programme qui se trouve être, en même temps, une excellente revue de cinéma et une riche source de documentation.

Je feuillette.

Un cycle Pasolini qui, nous propose la majeure partie de son oeuvre. Quelques titres :: « Mamma Roma » et Anna Magnani, Ucellaci e Uccelini » et Toto, « Oedipe roi » et Silvana Mangano que l’on retrouve dans « Théorème », « Porcherie » et Pierre Clementi, « Médée » avec la Callas, « Les contes de Canterbury » et Laura Betti, etc. etc.

Je continue à feuilleter.

Fiesta mexicana : Le 21 mars, vous avez le choix, notamment , entre« Que Viva Mexico » le film inachevé du grand Eisenstein, « El Bruto » réalisé par Bunuel pendant les années de guerre passées au Mexique, « Le Trésor de la Sierra Madre » l’absurde de John Huston poussé à son comble avec Humphrey Bogart ! Ou encore « Maria Candelaria » qui, immédiatement après la Deuxième guerre mondiale, révéla la superbe Dolores Del Rio, Pedro Armandariz et un grand directeur de la photo, Gabriel Figueroa !

Le Mexique encore. A côté de ces classiques, un cycle Mexico nous initie tout au long des mois de mars et d’avril, au bouillonnement du nouveau cinéma mexicain et à ses nombreux talents encore inconnus ici. Mais aussi des cinéastes déjà reconnus comme Alejandro Gonzalez Inarritu, et ses « Amours chiennes », Arturo Ripstein « C’est la vie », Guillermo del toro, « Le Labyrinthe de Pan », Carlos Reygadas, »Japon »..

Je feuillette encore.

Un cycle « Drames grecs ». Et avec quels tragédiens ! Orson Welles dans « Oedipe Roi », Melina Mercouri dans « Phaedra » de Jules Dassin, Jean Marais dans « Orphée » et Maria Casarès dans « Le testament d’Orphée » de Cocteau. D’autres variations encore sur les thèmes de la tragédie par Rossellini, Visconti, Godard et même Woody Allen.

Je feuillette toujours.

Un cycle « Vamp fatale ». Les grandes séductrices maléfiques de l’histoire du cinéma : Greta Garbo dans « La tentatrice » et dans »La chair et le diable », Louise Brooks dans « Loulou », Lya de Putti dans « Variétés », Lydia Borelli dans « La donna nuda », Pola Negri dans « A woman of the world », Dolores del Rio dans « Les amours de Carmen »...

Respirez un moment comme moi !

Un cycle « Western spaghetti ». Avec, bien sûr, les monuments de Sergio Leone « Pour quelques dollars de plus » et« Le bon, la brute et le truand », mais aussi les nombreux westerns à l’ italienne tournés en Italie, en Espagne et en Yougoslavie, par Sergio Corbucci, Sergio Solima et même Robert Hossein !

Un cycle « Farewell homo sapiens » avec des films consacrés à la destruction ou à la mutation de l’humanité, comme « La jetée » de Chris Marker, « The war game » de Peter Watkins, « On the beach » de Stanley Kramer, « Soleil vert » de Richard Fleischer, « Les yeux sans visage » de Franju, « Fahrenheit 451 » de Truffaut, « Brazil » de Terry Gillian, « La fin du monde » d’Abel Gance, « La mouche » de David Cronenberg, « Blade Runner » de Ridley Scott, « Alphaville » de Godard, « Metropolis » de Fritz Lang...

Une intégrale des films de Robert Guédeguian : 16 films depuis « Le dernier été » en 1981 jusqu’à « L’armée du crime » qu’il viendra présenter personnellement le 1er avril.

Vous voulez réviser vos classiques ? Je cite dans ce cycle, au hasard, « Le chanteur de jazz », premier film parlant de l’histoire du cinéma, « Roma » de Fellini, « Le crime de Monsieur Lange » de Jean Renoir, , »La splendeur des Amberson » d’Orson Welles, « Written on the wind » de Douglas Sirk, « Accident » de Joseph Losey, « La nuit du chasseur » de Charles Laughton, « Terre en transe » de Glauber Rocha, « Monsieur Verdoux » de Chaplin, « Le journal d’un curé de campagne » de Bresson...

Et comme la Cinematek est convaincue, par ailleurs, que l’histoire du cinéma continue à s’écrire, elle propose une série de « Films d’aujourd’hui », réalisés dans les années 1990 et 2000, en interpelant les spectateurs : lesquels de ces films viendront consolider le Panthéon du cinéma ? Parmi ceux-là, on nous propose, entr’autres des oeuvres de Kaurismaki, d’Egoyan, de Scorcese, de Fatih Akin, de Tim Burton, de Leos Carax. A propos d’Egoyan, ne ratez pas « Chloé », suspens érotique actuellement à l’affiche des salles commerciales !

A la Cinematek toujours : Un Belgorama, sur le thème « Littérature et cinéma » offre -écoutez bien assidus d’ »Espace Livre »-, une douzaine de films d’André Delvaux, de Hugo Claus, de Harry Kümel, de Marion Hansel, de Roland Verhavert, de Robbe De Hert, de Frédéric Fonteyn, inspirés par des romanciers belges : Suzanne Lilar, Louis-Paul Boon, Thomas Owen, Stijn Streuvel, Jean Ray, Dominique Rolin, Marie Gevers, Ernest Claes, Madeleine Bourdouxhe, Herman Teirlinck, Willem Elschot...

Je m’arrête essoufflé car je n’en suis qu’à la page 61 d’un programme qui en compte 128. Je ne vous ai rien dit d’un cycle de films documentaires, de films expérimentaux, de séries B, de pièces de collection, de films pour jeunes futurs cinéphiles, rien non plus du cycle de cours « Fragments pour une mémoire cinématographique »...

Et je n’ai pas parlé du programme de la Cinematek à Flagey, avec un cycle Henri-Georges Clouzot, un cycle Michel Cacoyannis, une rencontre avec Thoot Thielemans au cours de laquelle, outre la projection de « Midnight Cowboy », Thoots introduira des films à la musique desquels il a participé, comme « Le guet apens » de Sam Peckinpah, « Jean de Florette » et « Manon des sources » de Claude Berri...

Je ne suis pas parvenu à vous décourager à jamais du cinéma par l’évocation de tous ces films dont, inévitablement, vous ne parviendrez à voir ou à revoir qu’une toujours trop petite partie ?

Je vous propose alors de visiter vous-même le site www.cinematek.be
(cinémathèque avec K à la fin, je vous le rappelle)

ou de vous abonner pour 8 EUR aux 6 numéros de sa Brochure-programme bimestrielle .

Mais je vous mets en garde. Le programme des mois suivants n’est pas plus mince.

Cinéphiles, vous n’êtes pas au bout de vos frustrations !

Henri Roanne-Rosenblatt.

Documents joints