La Peste

Bruxelles | Théâtre | Théâtre Royal des Galeries

Dates
Du 16 octobre au 17 novembre 2019
Horaires
Tableau des horaires
Théâtre Royal des Galeries
Galerie du Roi, 32 1000 Bruxelles
Contact
http://www.trg.be
infos@trg.be
+32 2 512 04 07

Moyenne des spectateurs

starstarstarstar-halfstar-off

Nombre de votes: 2

La Peste

La peste, cette maladie terriblement transmissible, sépare les hommes, les rend méfiants, mais par la lutte collective qu’elle suscite, les rapproche aussi et Camus en décrit les manifestations avec une grande précision.
‘La Peste’ est une chronique spectaculaire qui nous permet de nous interroger sur notre époque, tant le texte d’Albert Camus nous invite à comparer les faits et la montée du populisme des années trente avec notre actualité. La Peste a souvent été interprétée comme une transposition de l’occupation allemande de la France et de l’organisation de la Résistance qui s’ensuivit. Camus a approuvé cette interprétation mais cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas aller chercher ailleurs, plus loin. Camus réfléchit au sens de l’existence humaine et à la manière de l’accepter.
Monter ‘La Peste’, c’est, à la suite de Camus, ne pas s’inscrire dans le ‘silence déraisonnable du monde’ mais participer au mouvement de réflexion et de mise en garde pour les générations futures.

Distribution

Avec Sébastien Hébrant, David Leclercq, Toussaint Colombani, Fabio Zenoni, Ronald Beurms, Freddy Sicx, Frédéric Clou, Bruno Georis et Luc Van Craesbeeck.
Mise en scène et adaptation : Fabrice Gardin
Scénographie : Lionel Lesire

Laissez nous un avis !

1 Message

Un message, un commentaire ?

Qui êtes-vous ?
    Se connecter
Votre message

Samedi 26 octobre 2019, par Jean Campion

Un bacille qui ne meurt jamais

Paru en 1947, "La Peste" est un récit qui a "comme contenu évident la lutte de la résistance européenne contre le nazisme" (Albert Camus). Mais cette peste brune représente aussi le mythe du Mal : "Le bacille de la peste ne meurt ni ne disparaît jamais." Une menace qui doit rendre vigilantes les nouvelles générations et leur faire sentir la nécessité de l’engagement. Pour le metteur en scène, Fabrice Gardin : " Monter "La Peste", c’est rendre hommage à Camus et à son oeuvre mais aussi et surtout faire passer des idées de premier plan sur la civilisation en cours."

En scène, neuf comédiens et un musicien. Ils vont donner vie à la chronique de Tarrou et Rieux...
Oran, une cité laide, ennuyeuse, où l’on travaille beaucoup. Toujours pour s’enrichir. Le matin du 16 avril, le docteur Rieux buta sur un rat mort, au milieu du palier. Une farce stupide, fulmina monsieur Michel, le concierge. Malheureusement, les cadavres de rats ensanglantés s’amoncelèrent un peu partout. Plus de huit mille collectés et brûlés en une seule journée ! Au comble de l’anxiété, les Oranais protestaient contre l’inertie des autorités. Cependant l’invasion cessa. Comme par enchantement. La ville respira mais le répit fut court. Monsieur Michel succomba rapidement à un mal mystérieux, dont les symptômes inquiétaient le docteur Rieux. Craintes confirmées par la multiplication de morts similaires. Pas de doute pour Castel, un confrère âgé, il s’agissait bien d’une épidémie de peste. Préfecture et municipalité traînaient les pieds pour prendre les mesures indispensables. Mais elles durent s’incliner et "fermer" la ville.

De courtes séquences révèlent l’évolution d’hommes prisonniers de cette situation. Petit employé de mairie, qui a raté sa vie sentimentale, Joseph Grand (Fabio Zenoni) se contente d’une vie modeste, qu’il pimente par le désir d’écrire un roman. Comme il piétine inlassablement sur la première phrase, son ambition le rend ridicule. Mais c’est un homme foncièrement bon, qui participe bénévolement à l’action des équipes sanitaires, en contrôlant des statistiques. A l’opposé de ce héros effacé, Cottard ( Ronald Beurms) se réjouit du malheur des autres. Lui, qui avait tenté de se suicider pour des raisons obscures, reprend goût à l’existence. Le fléau lui permet de s’enrichir par le marché noir et de détourner l’attention de la justice. Foudroyé par la mort de son jeune fils , Othon ( Bruno Georis) renonce à sa charge de juge, pour se mettre au service des autres. Dans un sermon sentencieux, le père Paneloux (Bruno Georis) avait présenté la peste comme une punition collective méritée. L’agonie atroce de l’enfant d’Othon trouble ses certitudes et l’incite à entrer dans les formations sanitaires. Dans un second prêche il remplace le "vous" par le "nous". Le journaliste Rambert (Toussaint Colombani) veut à tout prix s’échapper de cette souricière, pour rejoindre à Paris la femme qu’il aime. Il enchaîne démarches légales et clandestines. Mais quand son évasion est possible, il y renonce car "il y a de la honte à être heureux tout seul."

Fils d’un avocat général, Jean Tarrou (David Leclecq) considère que les peines de mort requises par son père étaient des assassinats abjects. La mort lui fait horreur. C’est pourquoi il se bat avec acharnement contre l’épidémie. Ouvert aux autres, il se montre compréhensif, même à l’égard de Cottard ou de Paneloux et ressent envers Rieux une franche amitié. Les deux hommes ont de nombreux points communs avec Camus. Chroniqueur de "La Peste", Bernard Rieux (Sébastien Hébrant) est l’âme de la résistance au fléau. Pour cet homme d’action, l’essentiel est de bien faire son métier. Son honnêteté ne l’empêche pas d’être tolérant. S’il refuse un certificat de complaisance à Rambert, il lui conseille de fuir pour sauver son bonheur.

En adaptant ce long récit à la scène, Fabrice Gardin s’est efforcé de mettre en valeur les messages de Camus et la complexité de ses personnages, dans un spectacle dynamique et fluide. Le décor intemporel et pratique permet aux nombreuses séquences de s’enchaîner rapidement. Dommage que les piliers centraux masquent parfois certains personnages. Camus est un philosophe qui a le sens de la formule brillante. En privilégiant un jeu naturel, les comédiens évitent le piège de l’éloquence et rendent leurs personnages attachants. Les interventions musicales de Luc Van Craesbeeck soutiennent l’émotion. Nous nous sentons proches de ces hommes solidaires qui, confrontés à la précarité de la condition humaine, s’engagent dans un combat à l’issue incertaine. Un exemple à méditer dans un monde gangrené par l’égoïsme et gavé par les fausses valeurs.

Jean Campion

Théâtre Royal des Galeries


Galerie du Roi, 32
1000 Bruxelles