L’Education de Rita

Woluwe-Saint-Pierre | Théâtre | Comédie Claude Volter

Dates
Du 10 au 28 octobre 2018
Horaires
Tableau des horaires
Comédie Claude Volter
Avenue des Frères Legrain, 98 1150 Woluwe-Saint-Pierre
Contact
http://www.comedievolter.be
secretariat@comedievolter.be
+32 2 762 09 63

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L’Education de Rita

Rita, jeune coiffeuse a décidé de changer. Pas seulement de tête ni de mise en pli mais surtout de vie ! Changer de l’intérieur. Elle veut apprendre, elle veut étudier, se cultiver. À l’Université pour tous, elle suit les cours de Franck, professeur de littérature rongé par les échecs et l’alcool et pas du tout disposé à prendre en charge l’éducation de Rita.
Avec une volonté inépuisable et un culot désarmant, elle débroussaille peu à peu son ignorance, se taille une culture sur mesure, jusqu’à affiner sa pensée et, finalement, se trouver. Mais sera-t-elle la seule à changer ? Son ascension intellectuelle n’est pas au goût du maître…. Telle Pygmalion, la créature transforme le créateur.
La culture comme moyen d’émancipation. L’éducation comme moyen de transformation.

Distribution

Stéphanie MORIAU et Michel de WARZÉE / Mise en scène : Michel WRIGHT
Texte de Willy RUSSEL / Traduction de Catherine Marcangeli

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Mardi 16 octobre 2018, par Dominique-hélène Lemaire

Genre pédago-amoureux

oeuvre utile...

« Choisir sa vie ? » …You can do it ! Cela se passe à la Comédie Claude Volter avec la magnifique mise en scène de la célèbre pièce de 1980 de Willy Russell, « Educating Rita » dans une nouvelle version adaptée par l’auteur en 2003 pour en rendre le propos plus universel. La très soigneuse mise en scène signée Michel Wright respecte le délicieux cadre British et l’accent populaire de Liverpool de la jouvencelle se change en un plongeon dans la modernité francophone grâce à laquelle nos ados se sentiront aimés et transportés. Stéphanie Moriau fait absolument merveille dans cette tendre comédie politico-philosophique !

Prénommée Suzan, issue d’un milieu populaire telle une bonne âme de Sichuan, la jeune héroïne se sent vide et sans avenir, sauf de rester coiffeuse, assister à des match de foot ou de karaoke, pondre des gosses, et n’avoir de choix que la poudre à lessiver. Sur ce, elle prend ses ciseaux mythiques pour dépecer sa vie totalement insignifiante. Couper, changer – devise des coiffeurs - et commence par changer de prénom pour s’appeler l’étudiante RITA, et rêver d’un avenir où enfin, elle aurait le choix.

Car c’est ce mot magique « Change » comme les pétitions en ligne bien connues… qui la fait rêver ! Son intuition lui fait comprendre que seul le changement intérieur fait avancer et vivre plus pleinement. Son arme pour faire d’elle même une « self-made woman » sera l’éducation, la culture, l’appropriation d’un discours construit et argumenté. Elle ne veut pas mourir et être enfermée comme sa mère dans une chanson sans espoir, sans horizon. Elle a capté que seule l’éducation est porteuse d’avenir. Elle suit la morale de Trainspotting  : Choose Life ! Elle ne veut pas être un ectoplasme qui se suffit de fumées, de pain et de jeux.

Donc elle s’inscrit à un cours… universitaire avec un très émouvant Michel de Warzée qui joue Frank, le professeur bordélique qui se console régulièrement de la vie et de ses espoirs avortés de devenir poète, avec des bouteilles disséminées dans son imposante bibliothèque où trône un nu érotique. Au départ fort peu enclin à être dérangé, il est finalement ravi de cette bouffée d’air inespérée. Il lui donnera tout, comme le sculpteur Pygmalion amoureux de sa statue Galatée… avec les risques du métier ! Un personnage complexe à interpréter, se partageant avec grande délicatesse entre le personnage du professeur adulé et son attachement émotionnel et sexuel grandissant pour son étincelante protégée. Ah ! les « Métamorphoses » d’Ovide !

Et quel potentiel, Stéphanie Moriau ! Elle « fait » à peine les 29 ans de la jeune délurée. Elle navigue comme une cascadeuse entre les désespoirs et les rires, jongle avec les défis culturels, brûle les étapes pour se faire naître à la personne dont elle rêve. Et quel exemple pour les jeunes inconscients calés dans leur apathie et leur confort consumériste !

Frank, le prof, est abasourdi et se met à réveiller ses propres affects, et à caresser son rêve d’écriture retrouvé. La jeune effrontée débarque comme une bombe spirituelle chez lui et fait voler ses routines en éclats, ouvre les fenêtres, donne de l’air, pourfend ses amertumes accumulées, change dix fois de coiffure, de tenues, de styles, se cherche avec une opiniâtreté qui finit par énergiser chaque spectateur à la suivre dans son itinéraire de changements. On ne peut pas changer le monde, mais soi-même, bien sûr que oui ! La connaissance de soi passe par l’art et la littérature. Shake it ! Elle reçoit et apprend tout de son tuteur, se met à faire des liens, découvre avec stupeur et ravissement une image du monde où tout est lié, va au théâtre, tombe amoureuse de Shakespeare, et revient, quand la culture l’a métamorphosée, à son prénom originel ! Dans le personnage intense et explosif de Rita, Stéphanie Moriau assume pleinement le Credo du changement et du libre choix, galvanise un public invité à faire fondre à son tour, ses peurs, ses limites, ses barrières. Pari gagné !

Cette superbe pièce de Willy Russel est aussi indispensable que le sel dans les pommes de terre, précipitez-vous, et dégustez ce remontant tonique si votre moral est au pessimisme et à la grisaille. L’humour de la midinette intelligente et au moral d’acier est décapant, côté rénovation elle en connait un brin ! Voyez-le comme une cure salutaire de jouvence. Que vivent donc les métamorphoses et non les sinistroses ! Comme disait mon grand-père normand : « Debout les crabes, la marée monte ! »
Dominique-Hélène Lemaire

Comédie Claude Volter