Mercredi 5 septembre 2012, par Charles-Henry Boland

Îles flottantes

En cette fin de saison, la Balsamine s’illustre une nouvelle fois par une création audacieuse. La chorégraphe et scénographe Kyung-a Ruy propose « Board On, On Board », un spectacle singulier dont le contenu mêle habillement pensée des quatre éléments, travail de la matière pure et vision architecturale. Par un emploi inhabituel des surfaces - au sol comme en suspension, cette oeuvre se distingue et dégage indéniablement une poésie propre, que l’on aurait néanmoins espéré plus consistante dans sa réalisation. Pour les avides de curiosité, ce spectacle vaut cependant le détour.

Originale, cette création l’est certainement par son dispositif. Sur la scène, quatre panneaux blancs, sont suspendus en leur centre par des élastiques. Ils sont les principaux acteurs d’une structure en permanente vibration. Agitées, plaquées au sol, redressées puis de nouveau affaissées, les surfaces pures et monochromes s’orientent en une infinie variation. Des configurations s’ouvrent, ferment un champ puis renvoient vers un espace vide. Difficilement descriptible, ce balai atypique est animé par Nora Alberdi et Raffaella Pollastrini, deux danseuses dont il faut saluer la grande technicité. Elément intéressant, la relation entre les corps humains et les plaques blanches ne cesse de basculer. De l’emprise sur l’objet manipulé, on passe à l’empire de la matière, qui protège, sépare et rassemble.

Est-ce que cela fonctionne ? A l’évidence, on éprouve un certain plaisir à suivre un processus, dont la logique se déploie à mesure que les mouvements de plaques se font plus amples et intenses. Superposition, mise en abime, déplacement du cadre, autant d’événements spatiaux qui prennent sens dans une vision synthétique de l’oeuvre. Que Board On, On Board procède d’une vraie réflexion, c’est certain. Malgré tout, on ressent comme un sentiment de manque. Certes, la chorégraphie s’illustre par sa construction minutieuse, mais l’expression, orientée vers un dénuement plastique, aurait gagné à davantage affirmer ses lignes de force. Le résultat esthétique est inégal, oscillant entre géométries séduisantes et images sans réelle saveur. De même, l’interaction entre musique et danse n’est pas toujours claire et franche.

Vraiment, on regrette que cette oeuvre, qui affiche un parti pris sérieux, n’accomplisse pas toutes ses possibilités. Car il y a du charme dans ce Board On, On Board, matiné d’une forme d’élégance concrète. La sobriété de l’ensemble, si elle touche juste quelquefois, sera également son point faible.
Certains y verront une forme de finesse, d’autres une fragilité. Comme toujours, le spectateur sera son meilleur juge.

Charles-Henry Boland