Jeudi 10 juin 2010

"Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir" : sous cette phrase de Matisse qui en est le titre, un livre inclassable d’art-thérapie et de littérature.

Le romancier Yves Aillerie écrit l’histoire de ses rencontres avec des patients alcooliques de l’hôpital de Cateau-Cambressis, la ville natale de Matisse

"Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir". Cette phrase est de Henri Matisse. Elle est aussi le titre d’un livre hors norme qui essaie de répondre à cette question : comment redonner la parole à ces malades qui vivent dans le terrible exil de l’alcoolisme ? C’est la gageure réussie à laquelle s’est confronté l’écrivain Yves Aillerie en associant magistralement dans son art d’écrire, celui des médecins et celui du peintre Matisse. Personne ne peut dire si de cette aventure où la réalité et la fiction s’entrelacent intimement, la médecine retirera des enseignements. Mais à la lecture de cet ouvrage atypique, notre regard sur la souffrance de l’alcoolique se sera enrichi de l’émotion et de l’empathie dont Yves Aillerie a témoigné à chacune des étapes de ce livre aussi inclassable que bouleversant.

"Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir."

Titre emblématique pour ce livre qui n’appartient à aucun genre, hormis celui de la littérature, celle qui explore l’humain y compris dans ses failles les plus torturées, dans ses abysses où seuls les mots peuvent encore donner du sens.

Ouvrez le livre de Yves Aillerie, lisez ces pages placées sous la phrase lumineuse qui en est le titre et la conviction,"Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir", et vous entrerez dans un monde dont seule la littérature peut rendre compte.

A Cateau-Cambrésis, ville natale de Matisse, se trouve un musée consacré aux oeuvres de l’artiste et un hôpital dont un département s’est spécialisé dans le traitement des addictions, notamment l’alcoolisme.
L’écrivain Yves Aillerie (à qui on doit entre autres un savoureux recueil de nouvelles intitulé "Pardon, Madame" et publié aux Editions du Banc d’Arguin) est allé à la rencontre de ces deux univers : celui de Matisse qu’il voulait "intelligible à tous" et celui de la médecine, en particulier l’addictologie.

D’une certaine manière, il reliait avec le sien, celui d’écrire, deux arts qui touchent au plus près de l’émotion : l’art de guérir et l’art de peindre.
Il a écouté les médecins, puis le personnel soignant dans son ensemble, ensuite il est allé à l’écoute de huit patients du service d’addictologie. A chacun, à chacune il a demandé de partager avec lui, et devant une oeuvre de Matisse un fragment de vie. Il l’a ensuite réécrit, et soumis à leurs premiers auteurs qui ont apporté des corrections et avalisés le récit d’un éclat de leur vie, devenu à présent un chapitre du livre de Yves Aillerie publié aux Editions du banc d’Arguin.

Dans cet entretien, l’écrivain nous raconte sa démarche, il nous dit aussi combien cette oeuvre appartient à chacun de celles et ceux qui y ont contribué, les protagonistes des histoires bien sûr, mais aussi le personnel du Musée Matisse et le personnel de l’Hôpital de Cateau-Cambrésis.

Personne ne peut dire si de cette aventure où la réalité et la fiction s’entrelacent intimement, la médecine retirera des enseignements (notamment en ce qui concerne la maladie de Korsakoff). Mais à la lecture de cet ouvrage atypique, notre regard sur la souffrance de l’alcoolique se sera enrichi de l’émotion et de l’empathie dont Yves Aillerie a témoigné à chacune des étapes de cet ouvrage qui démontre combien la vérité de l’artiste est souveraine, celle qui clame : "Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir"

Edmond Morrel

NB : Le 3 octobre 2010 Marie-Christine Barrault donnera lecture du livre dans l’auditorium du Musée Matisse de Cateau-Cambrésis.