Il nous faut l’Amérique ! (Koffi Kwahulé)

Ixelles | Théâtre | Théâtre Varia

Dates
Du 9 au 27 octobre 2018
Horaires
Tableau des horaires
Théâtre Varia
Rue du Sceptre, 78 1050 Ixelles
Contact
http://www.varia.be
reservation@varia.be
02-640.35.50

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Il nous faut l’Amérique ! (Koffi Kwahulé)

Avant Il nous faut l’Amérique ! Koffi Kwahulé n’avait jamais écrit de comédie, mais le désir d’en écrire une était là. Ecrire une comédie qui partirait d’une non-situation. Où trois pieds nickelés, une femme et deux hommes, tueraient le temps en bavardant. Les choses peut-être en seraient restées là si ce désir de comédie n’avait pas rencontré une obsession : le corps d’une femme comme corne d’abondance …

Badibadi qui est enceinte, son mari Topitopi et leur ami Opolo forment un drôle de ménage à trois. Ils se partagent au quotidien le pain, du bon pain tendre. Faute de caler les ventres, ce pain devient prétexte à palabres sans queue ni tête. Au milieu des deux hommes, Badibadi tient la barre, mais il lui faut aller se soulager. Et voilà qu’en revenant des toilettes, elle pisse du pétrole ! Bingo ! C’est l’affaire du siècle, le miracle, l’Eldorado ! La gloire et la richesse sont à leurs pieds ! L’Amérique est à eux. Ils vont pouvoir consommer jusqu’à s’en péter l’âme et la panse.

La pièce bascule dans une dimension éléphantesque qui va se transformer elle-même de bien étrange façon. Car si elle est une pépite d’humour et de truculence, on y retrouve aussi toute la dimension poétique de l’auteur et de son écriture-jazz, une écriture de l’écartèlement qui ne cherche pas à combler les impasses de la condition humaine, mais à les ouvrir. Il aime marronner, prendre des détours, ouvrir des fausses pistes, et laisser, entre les rythmes et les mots, le manque et la béance.

A Denis Mpunga, le metteur en scène, et aux acteurs de la distribution qui, avec l’auteur lui-même, forment une belle bande d’artistes de la diaspora afro-descendante, d’habiter l’espace de la scène, d’y jouer, danser, d’y ajouter des musiques, des langues, des images et des voix, pour faire refleurir notre capacité à rêver et à nous laisser dépayser.

Distribution

AVEC
Hippolyte Bohouo
François Ebouelé
Yves-Marina Gnahoua
Uiko Watanabé

LUMIÈRE
Eric Vanden Dunghen

COSTUME
Odile Dubucq

SCÉNOGRAPHIE
Sarah Debattice

ASSISTANAT
Glenn Kerfriden

MISE EN SCÈNE
Denis MPUNGA

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Jeudi 25 octobre 2018, par Palmina Di Meo

IL NOUS FAUT L’AMÉRIQUE !

Ce texte de Koffi Kwahulé, auteur franco-ivoirien réunit les ingrédients d’une gigantesque
farce. Un couple et leur ami font ménage à trois. Désœuvrés, sans le sou, ils passent leur
temps à se chamailler à propos de tout et de rien, quand ils ne rêvent pas d’occire leur
colocataire. La palabre est leur affaire la plus sérieuse. Seule femme flanquée de deux
machos, Badibadi émergera comme la mère salvatrice de ce trio que rien ne promet de
survivre à son propre naufrage. Seulement voilà, Badibadi dont le ventre arrondi chatouille l’orgueil de Topitopi, son mari, se met à pisser du pétrole !

Aussitôt, Opolo prend l’affaire en main et orchestre la tournée internationale qui doit assurer leur fortune. Exposée comme une curiosité sur un champ de foire, Badibadi va enfler jusqu’à exploser pour se métamorphoser en orchidée... Ce qui permet aux joyeux compères de l’exploiter au-delà de la mort et qui sait, de conquérir l’Amérique. Pièce allégorique, « Il nous faut l’Amérique », est écrite comme une chanson avec des refrains, des anaphores, des couplets et des ponts. Rien d’étonnant si on sait que Koffi Kawhulé avait l’habitude d’écrire en écoutant le même morceau de jazz en boucle. La promesse de l’Eldorado se solde par la stérilité sentimentale mais le rêve doit continuer car nul ne sait où il peut nous mener. Si la mise en scène de Denis Mpunga est teintée de rose, le rêve reste noir comme cet or qui coule du ventre de Badibadi et c’est peut-être cette facture de ritournelle qui nous empêche de vraiment décoller avec eux dans la folie et la démesure.

Yves-Marina Gnahoua, François Ebouele et Hippolyte Bohouo, les trois larrons de
l’arlequinade, sont à la hauteur du pari clownesque. Et Denis Mpunga s’offre une friandise en invitant la danseuse Uiko Watanabe, dans le rôle d’une journaliste japonaise. Feu follet, aérienne, elle donne un souffle inattendu au texte, sublimant le projet spéculateur de nos deux nababs.

Mardi 23 octobre 2018, par Palmina Di Meo

IL NOUS FAUT L’AMÉRIQUE - UNE INTERVIEW DE DENIS MPUNGA

Avant "Il nous faut l’Amérique !" Koffi Kwahulé n’avait jamais écrit de comédie, mais le désir d’en écrire une était là. Ecrire une comédie qui partirait d’une non-situation. Où trois pieds nickelés, une femme et deux hommes, tueraient le temps en bavardant. Les choses peut-être en seraient restées là si ce désir de comédie n’avait pas rencontré une obsession : le corps d’une femme comme corne d’abondance …

Rencontre avec DENIS MPUNGA, le metteur en scène de la pièce.


Il nous faut l’Amérique, ce titre accrocheur, que cache-t-il ?

Denis Mpunga : C’est l’histoire de deux hommes et une femme dont un couple. L’un s’appelle Topi Topi, la femme Badi Badi et l’autre Opolo, déjà leurs noms les situent dans un univers de cirque. Ils n’ont plus rien mais ils ont encore la parole et donc la capacité de rêver et c’est ça leur truc. Ils passent leur temps à rêver, rêver, rêver... Et à parler ! À parler en espérant un jour réussir quelque chose, ils ne savent pas très bien quoi... Et tout en parlant, puisqu’ils n’ont plus que ça, la femme va aux toilettes et quand elle revient, elle dit : « Les gars, vous savez quoi ? Je pisse du pétrole ! ».
À partir de ce moment, ils imaginent devenir très riches. Tout le monde en parle, tout le monde veut en acheter. Ils deviennent une multinationale. Ils ont réalisé leur rêve mais je ne vous dis pas comment cela se termine...


On parle de l’écriture de Koffi Kwahulé comme d’une écriture jazz. Qu’entend-on par écriture jazz ?

Denis Mpunga : Koffi Kwahulé est un écrivain franco-ivoirien qui habite à Paris. Il a écrit
une quarantaine de pièces à peu près et il s’inspire toujours d’un morceau de jazz et pendant toute l’écriture il passe le même morceau en boucle. Il écrit très vite, toujours en immersion avec cette musique. Il ne va donc pas respecter la forme grammaticale française, il va laisser la musique imprégner son écriture. Et comme disent les écrivains francophones venus d’Afrique ; « On va tordre le cou à la langue française » pour la faire nôtre. C’est cette démarche qu’il adopte avec le jazz.


Quel a été votre point de vue dans la mise en scène ?

Denis Mpunga : Le texte de Koffi Kwahulé a été édité en 1997. Il vient d’ailleurs d’être
réédité. Quand je l’avais lu à l’époque, il m’avait moyennement intéressé. Probablement que dans mon parcours de metteur en scène, je n’étais pas encore prêt. Ce qui m’a frappé en le relisant, c’est justement qu’il met en lumière deux choses pour lesquelles les êtres humains sont égaux. Primo, la capacité de rêver. Tout le monde a la capacité de rêver, que le rêve soit petit ou grand, cela n’a pas d’importance. Ce qui compte c’est qu’il soit important pour nous.
Secundo, c’est le temps. On a tous 24h dans une journée. Ce qui fait la différence, c’est
l’usage que l’on va faire de ces 24h. Et nos amis passent leur temps à rêver et peut-être qu’un jour, le rêve va se réaliser et leur permettre de rebondir. En revenant de Liège, j’écoutais une interview de Jacques Brel qui disait que le talent n’existe pas, seule existe l’envie de faire quelque chose. Tout le reste n’est que de la sueur. Il disait que jusqu’à 17 ans, on a des rêves mais sans savoir que ce sont des rêves et on passe le reste de notre vie à essayer de rattraper le rêve. En rêvant, on sait tout de la vie. C’est cette capacité à rêver qui m’emmené à faire le spectacle.


Au niveau du rythme, comment avez-vous conçu la mise en espace ?

Denis Mpunga : C’est toujours dangereux de prendre la musique que l’auteur utilise pour l’écriture car elle a servi à un autre usage. Sur le plateau, c’est autre chose. Donc je casse tout cela mais je garde le rythme et j’essaie de faire en sorte que les comédiens parlent au rythme de la pensée. Nous avons plus de 600.000 pensées par jour. Quand je parle, je ne peux que ralentir le rythme. Si je voulais parler à la vitesse lumière de mes pensées, cela irait à toute allure. Et j’avais envie de tester cela avec eux comme s’ils n’avaient que cela, parler à la vitesse de leur tête. Et cela donne des choses étonnantes.

Propos recueillis par Palmina Di Meo

Il nous faut l’amérique

Théâtre Varia


Rue du Sceptre, 78
1050 Ixelles