Vendredi 11 mars 2011, par Jean Campion

Icônes à la sauce Bibot

"Bravo Martine"(1995), "Miss B" (1999) et "Capitaine Chantal" (2006) ont permis à Laurence Bibot d’imposer son style d’humour et sa forte personnalité. Racontant les aventures qu’une fille de la campagne s’invente, pour tromper son ennui, ou les affres d’une candidate au titre de Miss Belgique, ou encore la dernière rencontre entre Laurence et sa maman, redescendue sur terre, ces histoires, co-écrites avec Nathalie Uffner, nous emportent dans un univers imaginaire, qui libère une flopée de personnages excentriques. Dans "Soeurs Emmanuelle", les deux complices appliquent la même formule à six femmes célèbres. Des icônes qui servent de tremplins à un spectacle allègre, délirant mais inégal.

Avec l’autorité agressive d’une militante indignée, la directrice du Festival International de Films de Femmes Sans Fard et Sans Rouge A Lèvres proteste contre l’injustice, dont a été victime l’invitée de ce soir : Céline Michon. Contrairement à bien d’autres, cette jeune fille naïve n’a bénéficié d’aucun subside de la Communauté française et n’a pu compter que sur elle-même, pour filmer, monter et produire un documentaire consacré à ses idoles. Bien sûr, ce "film" va se muer en une succession de scènes loufoques, qui nous amuseront, sans porter atteinte à ces femmes exceptionnelles.

A l’école d’Amanda Lear, on apprend à chanter, à danser, à défiler, à cabotiner. Comme Amanda Lear ! Venue tourner un film, chaussée de Ninove, Catherine Deneuve affiche la froideur de la star. Insensible au scénario misérabiliste de Boppi Lappers comme aux "Demoiselles de Rochefort", fredonnées par une admiratrice. "J’aime, j’aime la vie", Sandra Kim ne se lasse pas de le rechanter. Mais elle déchante, quand le roi la charge de résoudre la crise. Catherine, la fille de Françoise Dolto, nous guide dans la Fondation, dont la façade représente le corps de "Maman"
et démystifie, malgré elle, l’émancipation prématurée de l’enfant.

Cependant, les séquences s’essoufflent quand des personnages secondaires volent la vedette aux icônes. De sa voix haut perchée, Soeur Emmanuelle donne bien quelques conseils, mais c’est Jean-Baptiste, l’âme du couvent, qui dynamise les activités des religieuses. Simone Veil est un simple faire-valoir du journaliste, qui est censé l’interviewer sur une radio libre, Geek FM. La caricature de cet animateur branché, survolté et inculte est mordante et nettement plus drôle que celle de Lady Cocaïne. Une chroniqueuse toxicomane, qui se noie dans ses délires verbaux et qui réduit définitivement au silence la pauvre Simone.

Des héroïnes laissées dans l’ombre et des passages plus faibles expliquent que "Soeurs Emmanuelle" nous laisse sur notre faim. Mais une fois encore, Laurence Bibot électrise la scène, en la peuplant d’une foule de personnages. Montée sur ressorts, elle change de posture, de voix, avec une facilité déconcertante et mène ce show, sur un rythme trépidant.