Jeudi 29 juin 2017, par Dominique-Hélène Lemaire

Grand déménagement !

Obsédés textuels, garez-vous ! Quand les metteurs en scène se mettent en scène... tout peut arriver ! Voici un jeu de massacre organisé : dès le départ, c’est foireux ! C’est dans le texte. Tâchons donc de mettre de l’ordre dans les personnages. Yvette ARTHUR, qui joue Miss Clacket, c’est la débordante femme de charge interprétée avec cœur par Perrine Delers, amatrice invétérée de sardines absurdes qu’elle sème partout.

Suzy RIMBAUD qui joue Vicky c’est un brin de fille en ébullition, reine des coulisses et de La Revue qui fait perdre la tête à toute la compagnie : Maria Del Rio en alternance avec Mélissa Rousseaux. Elle est flanquée de Gérard YOUNG qui joue Roger Tramplemain : le comédien qui rappelle tant Bourvil et se nomme Bruno Georis, quel bellâtre !
Denyse DUCREUX qui joue Flavia Brent, c’est Cécile Florin, la seule qui a un peu les pieds sur terre, capable de relativiser tout événement paranormal, co-propriétaire de cette maison dite française, hantée par les bizarreries les plus folles. Ferdinand FOUQUET joue Philippe Brent, son mari, « un obsédé sexuel » selon les dires de certains, sans projection aucune : un torride Benjamin Torrini ! Pour la France , ils n’existent plus, mais ils vivent dans la hantise du Fisc, car ils se sont expatriés en Espagne et sont là juste par hasard !

On espère que vous ne perdez pas patience et que vous suivez toujours ! Ce n’est pas fini. Il y a POITOU le poivrot qui joue le Cambrioleur : c’est Pascal Racan qui, à l’époque (Novembre 2012, avec le même décor), mis en scène par Daniel Hanssens, jouait le metteur en scène Louis Le CORREGE, joué actuellement par Marc Weiss. Un détestable omniscient qui se prend pour Dieu lui-même on and off stage, ordonne le monde, les entrées les sorties et accessoirement les états de corps et d’âme de ses comédiens aux docilités très variables. Malgré sa feinte sollicitude et son monstrueux égocentrisme, il arrive à faire échouer la répétition de sa pièce qui, de répétition technique, en générale, en première et dernière s’avère totalement avortée ! Et vous voudriez que tous se rangent sous la bannière « And the show must go on ! » ? Ah ! il y a aussi, Mimie de la PATELIERE, assistante à la régie : c’est Joséphine de Renesse chargée de calmer le public et de souffler le texte quand tout foire ! Avec Jean-Paul LEBRUN, régisseur général et accessoirement garçon de courses et cambrioleur : Emmanuel Guillaume.

Quel générique pour une pièce en trois coups ! Au 1er ACTE, le public découvre la répétition générale de cette troupe d’acteurs hétéroclites, dans son décor, face à un texte insipide et une histoire fort improbable. Le 2e ACTE permet d’assister à la représentation de cette pièce, vue des coulisses, à l’arrière du décor. Difficile de suivre à la fois la soit-disant première d’un côté et les ahurissantes scènes de cinéma muet de plus en plus sanglant qui se déroulent à l’insu des spectateurs imaginaires mais devant nos yeux ! Et voilà la raison du titre de l’opus : "Silence en coulisses !" car cela déménage !

Le 3e ACTE se joue côté scène de théâtre, avec la dernière énergie. Dans un paroxysme d’aigreurs et d’amertume, d’actes manqués, de bévues, de texte lacunaire ou en lambeaux, il décrit en live, sous forme de pièce dans la pièce, la catastrophe annoncée par les deux premiers actes. Avec un nouveau tire : "Sans dessous dessus", soustitré "la nouvelle comédie de Robin Housemonster. Le désarroi est total, c’est l’effondrement final d’un monde insensé, surexcité par les jalousies, les rancœurs ravalées et la folie des égoïsmes furieux. Il (lisez : le texte ou le monde) n’a plus rien à voir avec la création originelle. Dont acte ! Qui n’en sortirait pas consterné ? Est-ce ainsi que l’on s’accroche à l’illusion de la vie ? Glaçant, malgré les très beaux dessous de Lady Suzy et l’acidité de l’autodérision...
Dominique-Hélène Lemaire