Samedi 15 décembre 2018, par Dominique-Hélène Lemaire

Genre Amour Courtois

Hélène, puisque c’est d’elle que l’on parle, jamais ne sera la vieille accroupie de Ronsard… Jouée par Anne Charrier, aux côtés de Didier Brice, elle rayonne dans un spectacle enchanteur et enchanté et …terriblement courtois. Je parle de l’amour, bien sûr ! L’enfant, source de bonheur, joué par Victor Boulenger, est-il décrié, sous son nom vulgaire d’enfant-roi ? Certes, non, c’est tout le contraire ! Coup de foudre donc pour cette famille-enfant au triangle parfait, dessinant le visage joyeux du bonheur.

Page après page, Le père a la parole et la loi de l’amour sous sa plume. Il transmet le roman de l’intranquilité de la vie et de sa miroitante fantaisie pour ceux qui y croient.

L’enfant rebelle adoré reconstitue le puzzle de l’amour et se nourrit de son histoire comme s’il buvait du lait. Il parle fort, comme si déjà ses géniteurs avaient rejoint les esprits myrteux de l’ami Ronsard. Il est donc adulte. …Et vous ? Dans ses mains – et dans les nôtres – un bouquet de mimosas et la poésie dont a été tissée toute son enfance. Un talisman, une aubaine, pour qui sait la voir, une musique sacrée qui donne les clefs du paradis sur terre, pour qui sait l’être ! Jamais le Néant !

La femme aux mille et un prénoms, qui jamais ne sera une vieille accroupie, véhicule toutes les intentions de bonheur et leur réalisation et pourchasse routines vermoulues et fonctionnaires vert-de-gris. Elle met le feu aux avoirs, illustre la folie de la passion qui ira jusqu’à la mort. Et dans sa sagesse infuse, elle prend la langue au pied de la lettre, telle une vestale de l’humour. Contrevenante des marées noires, elle choisit de fixer les étoiles, même dans un divan endormie, et flotte sa vie jusqu’au bout, entraînée par l’amour. Et lui, la suit, bien sûr, comme dans l’Eté Indien.
« On ira
Où tu voudras, quand tu voudras
Et on s’aimera encore Où tu iras… »

L’auteur de ce conte a retrouvé les accents succulents de Boris et de l’écume des jours. Il célèbre la communion de la folie amoureuse et signe …Olivier Bourdeaut. . Victoire l’a saisi en plein vol et signe l’adaptation théâtrale et la mise en scène dans des décors de Caroline Mexme.

Le spectateur se laissera séduire dès le premier son de cloche qui célèbre des noces profondes, celles qui se veulent absolues, quelles que soient les contingences, les noces des serments éternels qui ne verront jamais les amants désunis. Colin/Georges envisage Chloé/ Constance et les autres, comme un arbre magique, celui de notre éternel ami, Georges qui aimait tant Suzon ? « Tu sais, fiston, Suzon a beaucoup d’imagination, elle joue avec tout, même avec sa filiation. Mais dans notre arbre généalogique, ta Maman, ce sont les racines, les feuilles, les branches et la tête en même temps, et nous, nous sommes les jardiniers, nous allons faire en sorte que l’arbre tienne debout et qu’il ne finisse pas déraciné. »

La critique emballée n’en dira pas plus, si ce n’est pour se réjouir de la langue musicale, follement bien habitée par le délicieux triangle des comédiens, leur diction ravissante, leurs émotions à fleur de plume, leurs mouvements souples comme dans les rêves. On se souviendra d’une mise en scène alerte, raffinée, subjugante même, puisqu’on entre de plein pied dans la danse foisonnante et volatile du texte, malgré où grâce à l’économie de moyens. Le décor, c’est avec les mots et les gestes qu’il est planté avec grâce infinie. Bref, cette mise en scène est stupéfiante de puissance évocatrice. Il faut souligner que la musique et les choix de la bande sonore signée Pierre-Antoine Durand pavent l’histoire triste et belle de sublimes clair-obscurs. La bande lumière (Stéphane Baquet) , de son côté s’occupe de faire taire le malheur… et d’ auréoler les instants joyeux. Le choix des costumes ( de Virginie Houdinière) s’emboîte dans l’histoire avec candeur. Les éclats de rire en mode majeur ou mineur surviennent comme autant de bulles de saveur partagée.

L’ensemble, très équilibré, et sans faute de goût, vous insuffle un bonheur aussi bien apprivoisé que l’oiseau, Mademoiselle Superfétatoire, une grue demoiselle de Numidie, que Maetelinck aurait sûrement vêtue de bleu. Cette pièce à vol d’oiseau, jouée entre Paris et Bruxelles, villes de douce connivence, est donc un bijou inclassable et irrésistible sauf à le classer dans la Voie lactée …parmi les étoiles.​ On remercie le Centre Culturel d’Auderghem pour cette charmante mise en chef-d’oeuvre théâtral.

Dominique-Hélène Lemaire