Lundi 27 mai 2019, par Didier Béclard

Exubérance sauvage

« Fúria » de Lia Rodrigues, mélange joie et douleur, soumission et domination, dans une performance engagée sur le plan social et politique qui évoque le Brésil qui a basculé dans la droite extrême.

Des amas de chiffons et de plastiques jonchent le sol, un pan de tissu se dresse, un homme se lève. D’autres corps émergent et en traînent d’autres. La lumière s’affirme, des percussions – des chants traditionnels Kanak de Nouvelle Calédonie - , entêtants, envoûtants, vont accompagner tout le spectacle. Les danseurs, cinq femmes, quatre hommes, se traînent emportant dans leur sillage des morceaux d’étoffe ou de plastique.Ils vont déambuler comme cela, lentement, tout au long du spectacle, dans une succession de tableaux souvent endiablés, ponctué par moment de danse plus frénétique.

Comme une manifestation, une parade ou une procession, ce magma humain incarne une société de la débrouille, de la récup, à l’image du Brésil. C’est aussi l’allégorie d’un pays paupérisé où les inégalités se creusent et la violence rythme la vie quotidienne, tout comme la religion avec une allusion claire au candomblé, le culte des esprits du Brésil. Comme souvent chez la chorégraphe Lia Rodrigues, le groupe est une entité à part entière, multitude sauvage ou somme d’individus. Elle présente ici une expérience à la frontière du rite, de la danse, de la performance et de l’installation plastique. Le tout dans une ambiance fascinante de bout en bout avec comme petit bémol le monologue final et incompréhensible d’un homme masqué de rouge.

Didier Béclard

« Furia » de Lia Rodrigues au Théâtre National jusqu’au 27 mai, 02/210,87,37, www.kfda.be.