Mardi 9 février 2010

Et Dieu créa les amplis

Dans l’univers surréaliste et débridé qui lui est propre ; la Clinic Orgasm Society revisite la Genèse et offre un spectacle atypique, explorant les potentialités de la forme théâtrale.

Dans son atelier renvoyant presque plus à un univers post-apocalyptique qu’aux temps primordiaux, le père créateur engendre un homme et une femme, destinés à manger des tartes et procréer.

Plus que d’interroger les écritures – même si le choix de la Genèse n’est certainement pas innocent -, Clinic Orgasm Society décortique surtout la question des genres, dans la continuité de J’ai gravé le nom de ma grenouille dans ton foie, de la répartition des rôles et des clichés ancestraux (l’homme chasse, la femme doit enfanter, etc.). Mais s’ouvre également toute une réflexion sur l’utilité des êtres, la procréation, la transmission - qui frise la manipulation - ou encore l’optimisation à outrance ; et ce, à travers les agissements et les questionnements de ces quatre occupants du jardin d’Eden : le père, aveuglé par sa recherche de perfection et ses trois enfants, tentant d’osciller entre les désirs de leur créateur et la naissance de leurs sentiments propres.

Le tout servi avec énormément d’humour et une grande maitrise de l’objet théâtral : la réplique fait souvent mouche, la touche absurde est toujours placée pile au bon moment pour contrebalancer l’atmosphère pesante, comme la phrase lourde de sens viendra mâtiner un passage plus léger.
En découle donc un spectateur rythmé dans lequel on se laisse entièrement emporter.

Mais au-delà de ces interrogations, c’est le concret du plateau de théâtre qui est mis en question.
Les quatre excellents comédiens – Blaise Ludik, Ludovic Barth, Lula Béry et Mathylde Demarez – se meuvent tels des automates, tronquant les codes du jeu théâtral et interrogeant le rôle du corps. Tout comme les trois « créatures » du démiurge porteront chacun le nom de leur acteur, comme pour effacer entièrement la notion de personnage ou encore ne parleront qu’en de rares moments en voix directe, mettant en exergue l’imbrication du comédien dans une parole dont il est dépossédé... Mais dans ce spectacle postdramatique, l’omniprésence des nouvelles technologies – atmosphère sonore tonitruante, nombreux effets de lumières ou encore câbles prolongeant les corps – est contrebalancée par l’installation mécanique pseudo-artisanale que le père demande à Adam et Ève de finir à sa place, prenant le relais de son entreprise démiurgique...

Un spectacle qui navigue entre théâtre et performance et qui confirme sans nul doute l’intelligence et l’habilité scénique de la Clinic Orgasm Society !