Vendredi 22 septembre 2017, par Dominique-Hélène Lemaire

Désespérant !

« L’enfer des vivants n’est pas chose à venir ; s’il y en a un, c’est celui qui est déjà là, l’enfer que nous habitons tous les jours, que nous formons d’être ensemble. Il y a deux manières de ne pas en souffrir. La première réussit aisément à la plupart : accepter l’enfer, en devenir une part au point de ne plus le voir. La seconde est risquée et elle demande une attention, un apprentissage continuels : chercher et savoir reconnaître qui et quoi, au milieu de l’enfer, n’est pas l’enfer, et le faire durer, et lui faire de la place. »
- Italo Calvino, Les villes invisibles –

Sombre farce. Le spectacle que nous avons vu décrit les cendres d’un XXe siècle honni, pour ses « progrès » fallacieux, ses litanies de -ismes de tout bord - bons et méchants, de l’impressionnisme au fascisme et au bolchevisme - son hypocrisie plus féroce encore que celle du XIXe siècle, à en croire l’auteur de ce texte qui nous est apparu comme un vrai martyre, et dont nous sommes ressortis avec un goût désagréable de cendres devant "l’amoncellement de cadavres agglutinés !"

Selon l’auteur tchèque Patrik Ourednik, le XXe siècle s’était mis en tête la quête du paradis sur terre, sabrant ici et là le sentiment religieux, proposant la consommation comme horizon unique, promettant richesse et confort pour tous, comme on le faisait de la lecture pour tous au temps jadis !

La texture du texte - si texte il y a - est un amas tourbillonnant de redites dans tous les registres, un fatras de propos de café de commerce, secoué en tous sens dans la machine à laver du Temps et de l’Histoire où la chronologie est sans cesse dépecée ! L’accumulation d’aller-retours dans le temps s’avère artificiel et fort irritant car sans objet, sans fil rouge à part cette phrase récurrente « Et les sociologues disaient… » qui heureusement -échappatoire savoureux- se transformait régulièrement en « Et les loulous chantaient…un truc qui’m colle encore au cœur et au corps... » dans notre imaginaire désespéré.
... Bribes savoureuses de « Rockollection » de Laurent Voulzy, homme heureux et lucide. Heureusement donc pour l’imaginaire, envolé loin des poncifs et des platitudes déversées sur scène. Par politesse on ne s’enfuit pas, mais ce texte a eu le don d’irriter plus d’un spectateur. Mais personne, c’est peut-être la conclusion ou la gageure, n’a vraiment envie de faire la révolution, C’est peut-être cela le problème, ou l’enjeu car personne ne semble avoir autre chose à proposer !

Venons-en à l’interprétation banale, terreuse et même pathétique, sans innovation et largement ennuyeuse de la comédienne Anne-Marie Loop dont la voix d’institutrice déclinante aurait pu avoir plus de charme ! Pourquoi transformer la comédienne en clown triste ou en majorette fatiguée ? Pourquoi utiliser un micro sans aucune raison évidente ? Cela devient un tic dans les seuls en scène ! Pourquoi défiler des vidéos expressément inesthétiques et de mauvaise qualité sauf pour souligner le propos fétide de l’auteur ? Pénible pour le spectateur !... On oubliait la chanson en Angliche ! Une ligne franchement satirique aurait peut-être mieux convenu à ce texte délavé. Tout cela finit par donner une douce nausée… Effet voulu ? La présence incongrue d’un grand chien noir et velu pendant tout le spectacle ne nous remue pas le moins du monde, bien qu’il subisse comme nous, - lui, avec une belle dose de compassion - les élucubrations ineptes en cours en mal d’humour !

Dominique-Hélène Lemaire