Samedi 8 avril 2017, par Dominique-Hélène Lemaire

Des comètes en folie !

SHAKESPEARE s’empare de la mythologie grecque pour nous emmener d’emblée à Athènes où le Duc Thesée prépare ses noces, mais très vite, il nous plonge dans une forêt féerique et enchantée sortie tout droit de la mythologie celtique et nous donne à voir, au clair d’une lune toujours présente, une nature bien débridée. Le visible flirte avec l’invisible, le réel avec l’illusion, le rêve avec le cauchemar, la farce avec la gravité, l’été avec l’hiver, l’ordre avec le désordre, le désir avec l’amour. Dans ce monde surnaturel et chaotique, d’étranges mutations abondent : les jeunes Lysandre et Demetrius sont victimes des renversements de leurs sentiments pour Hermia et Helena ; Bottom, le tisserand, se transforme en âne à l’insu de lui-même ; Puck, le lutin, devient air ou brouillard ; les artisans–acteurs se métamorphosent en Pyrame et Thisbé et tout cela, sous le regard d’Obéron, qui règne en maître sur cette nature féerique et désordonnée.

L’histoire est très complexe... Pour la facilité, quatre couleurs de costumes bien campées:Chaperon rouge et lézard vert pour Ermia et Lisandre, Rose bonbon et bleu azur pour Helena et Demetrius ! Au départ un caprice de père omnipotent qui propose la peine de mort pour la fille désobéissante ! Deux jeunes filles, deux amoureux, tous quatre soumis aux jeux cruels de la rivalité et aux caprices du désir. Une potion aphrodisiaque qui complique tout. Le roi et la reine des fées qui se disputent un enfant. Une troupe d’artisans, comédiens amateurs, qui préparent une pièce pour le mariage d’un Duc.
Through the gloryhole...Voici les facéties de Cupidon moquées par le plus grand des dramaturges. Éloge de la folie, de l’amour aveugle, des amours contrariées, du grain de sable qui brise nos vies, de la comédie humaine, de la force du destin, de la folie des apprentis sorciers, des arbres et forêts mystérieuses, de la gloire antique et de la mythologie celtique. Grains de folie, cousus main dans un texte hilarant, qui dit sa foi dans l’oeuvre humaine par excellence : le théâtre. Il rassemble les sentiments, les tourments, les injustices, les coups du sort, les rêves épars et conjure les malédictions ! Il se pique même d’autodérision... Le seigneur des théâtreux du monde entier, est un Prométhée qui a volé la sagesse divine et l’a partagée avec ses frères humains ! Il est presque trop tard pour que vous alliez vous abreuver de mystère, de doutes et de farce dans cette belle comédie humaine, mais allez-y, sortez vos antennes de l’invisible, courrez-y ventre à terre ! C’est une nuit où tout est permis... L’amour fait danser les ânes ! Dixit Le Grand William, farceur et iconoclaste ! La lune elle-même se transforme en boule à facettes ! Dans une mise en scène stupéfiante et éblouissante d’Hélène Theunissen qui a tout compris ! Elle explique :
« Le songe d’une nuit d’été » est comme une boule à facettes qui offre des miroirs de perspectives et des niveaux de lectures à l’infini. Tout y est contraste. Tout y est possible. Tout y est mystère. Tout y est réel. Tout y est imaginaire." Et les comédiens, sans exception, ont des allures de comètes en folie !

Dominique-Hélène Lemaire