Carnage

Ixelles | Théâtre | Théâtre Varia

Dates
Du 11 au 22 février 2020
Horaires
Tableau des horaires
Théâtre Varia
Rue du Sceptre, 78 1050 Ixelles
Contact
http://www.varia.be
reservation@varia.be
+32 2 640 35 50

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Carnage

Les raisons sont nombreuses qui amènent des jeunes à vivre en rupture avec les normes sociales dominantes. à la fois héritiers et contestataires d’un monde établi, certains d’entre eux se retrouvent dans un isolement parfois extrême. La société les qualifie de paumés, de réfractaires, marginaux, drogués, révoltés…

Sur scène, six jeunes aux personnalités multiples errent dans le vide d’une zone périurbaine, quelque part, dehors Ils ressemblent à des chiens errant dans la nuit et le froid, abandonnés et frustrés, autant pétris de désillusions que débordants de rêves, de vie, de désirs et de rage. Leur état de tension proche de l’explosion, leur fébrilité, leur agitation, est comme le signe d’un ralliement. à quelques-uns ou isolément, ils sont là, réunis à la fois par un même besoin de montrer leurs crocs au monde et de crier leur désir d’exister. Ils semblent avoir trouvé un lieu d’exutoire, un endroit où survivre loin de tout jugement, mais aussi un refuge d’où percent des rayons de lumière ; une halte pour partager des moments de beauté, d’amour, d’amitié.

Hélène Beutin & Clément Goethals saisissent ces destins fracassés et ces élans d’existence de jeunes qui se brûlent de trop vouloir brûler. Dans un système de plus en plus individualisé où chacun doit trouver sa place et où la plupart des jeunes ne sont plus en harmonie avec les valeurs normatives de socialisation, pourquoi ceux-là sont rejetés, ignorés, font peur ? Est-ce uniquement pour des raisons de codes et de comportements ?

Carnage, c’est l’histoire d’un monde «  souterrain  », d’un oubli, d’un ravage ; c’est le portrait sensible de ces enfants du vacarme, tiraillés dans l’hostilité du monde entre le meilleur et le pire, entre cet irrépressible et absurde besoin de se détruire – et de détruire – pour se sentir vivant, et cet appétit dévorant de vivre.

Distribution

AVEC Angèle Baux Godard, Lucile Charnier, Léonard Cornevin, François Gillerot, Alex Jacob, Adrien Letartre
LUMIÈRE Clément Longueville
SON Harry Charlier
COSTUME Marine Vanhaesendonck
SCÉNOGRAPHIE Marie Menzaghi
CO-ÉCRITURE Aurélien Labruyère, Hélène Beutin, Clément Goethals et la distribution du spectacle
DRAMATURGIE, MISE EN SCÈNE Hélène Beutin, Clément Goethals

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3 Messages

  • Carnage

    Le 13 février à 10:33 par Emmanuelle Virginie Ménard

    Pièce qui ressemble plus à une performance mais intéressante avec quelques beaux tableaux sur notre société et ses dérives ;
    allez voir !

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  • Carnage

    Le 13 février à 15:42 par mzoe

    A peu près du même avis que le précédent. Petite remarque les comédiens ne sont pas très audibles probablement dû au bruit de fond trop fort.

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  • Carnage

    Le 13 février à 23:38 par HannaTannaH

    A la sortie du ’Carnage’, quelques un.e.s appréciaient la.es performance.s tout en soulignant l’absence de narration.
    Le propos de la pièce est raccord avec cette absence de narration, sortir du cadre ’théâtral’, il.elle.s sont en recherche de quelque chose, ce quelque chose qu’il.elle.s ne ’savent’ pas. Tous les codes sont explosés.explorés, la limite c’est le ’no limit’, se perdre pour mieux se retrouver... ça bouscule, ça provoque, ça envoie : l’écho de leur rage, de leur.re désarroi, de ce n’importe quoi qui est toujours mieux que ce ’rien ne me convient’.
    Beaucoup de soins à la scénographie, aux costumes, de sombres magnifiques tableaux en mouvement, en rage !

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Dimanche 16 février 2020, par Jean Campion

Une Rage impuissante

Clément Goethals s’intéresse beaucoup aux aspirations , aux rêves et aux désillusions des jeunes. A dix-huit ans, l’héroïne de sa pièce "Et la tendresse ?" (2016), se livre à une introspection, qui souligne sa frustration : comment donner du sens à sa vie, dans un monde qui lui paraît hostile ? "Carnage" reflète la rage des marginaux, tiraillés entre leur besoin de détruire et leur désir d’exister. Pour l’écrire, Hélène Beutin et Clément Goethals ont fait de nombreuses recherches. "17 ans", un documentaire de Didier Nion, qui brosse le portrait d’un jeune homme dépassé par les attentes de son entourage, les a particulièrement frappés. Quand la colère le submerge, Jean-Benoît s’en libère par un exutoire. "Avec ma voiture, j’vais en forêt puis j’fais des tours. Ca s’appelle carnage. J’fais carnage avec la voiture, j’fais carnage avec ma vie."

Des battements lancinants émanent de deux grandes plaques d’évacuation. Noyés dans la brume, les pylônes d’un barrage. Au sol des mégots et des cannettes éventrées. Dans ce lieu glauque, des fumeurs se croisent, en s’ignorant... Une voix sort de la pénombre pour raconter une étrange histoire de chien et de fuite en avant... "Faut que je bouge, faut que je tienne". Vêtue de noir, une femme s’agite, est saisie de transes, ouvre les bras pour inviter à la fête. Attirés par la rave et dopés par la techno, une vingtaine d’individus s’éclatent. Exceptionnellement rassemblés !

Durant cette séquence explosive, un jeune danseur attire notre attention. Virevoltant avec souplesse, il électrise le plateau et se défoule, en tricotant les paroles d’une chanson provocante. La fièvre retombée, chaque personnage laisse filtrer ses failles dans des monologues courts et énigmatiques. Passion pour les chevreuils, fascination pour le néant, révolte contre l’absurdité du monde, empathie avec le cochon conscient qu’il va à la mort traduisent frustrations et désillusions. Dès qu’il parle de moteurs, Jean Beuh revit, mais il se sent exclu et trouve refuge dans l’alcool. Un renoncement inadmissible pour sa copine Rébecca. Avec hargne, elle revendique son droit à profiter de la vie.

Scénographie, sons et lumières distinguent clairement les trois parties. Au pied du barrage, le bruit stressant de la turbine fait peser une menace. A peine éclairées par une lumière blafarde, des silhouettes circulent. La plupart des visages nous échappent. La fête casse l’isolement. Plus de capuches ni de vêtements protecteurs. Les corps se libèrent. Sous les spots stroboscopiques, ils se mettent à vibrer. Une explosion de vie, soutenue par une musique envoûtante. Lorsque le lieu se vide, une lumière plus tranchante met en valeur la singularité de chaque protagoniste. Aidés par des micros, ils dévoilent leur désespérance.

Malheureusement, cet encadrement technique élaboré ne sert pas une progression dramatique. Pas d’intrigue ni de rapports entre les personnages. Ces écorchés sont foncièrement égocentriques. Convaincus d’être oubliés par le reste du monde, ils zappent l’autre. Six bons comédiens (Angèle Baux-Godard, Lucile Charnier, Léonard Cornavin, François Gillerot, Alex Jacob, Adrien Letartre) leur insufflent fougue et fébrilité. On les sent instables, tendus, même quand ils se libèrent par la parole. "Carnage" s’adresse "au ventre du spectateur plutôt qu’à son intellect". Cependant ces paumés, dont l’existence est dans l’impasse, ne suscitent pas l’empathie. Malgré leur soif de vivre. Coincés entre un passé pénible, que nous connaissons très mal et un avenir bouché, ils semblent prisonniers de leur rage impuissante. Une impression qui s’étire tout au long de la troisième partie d’un spectacle soigné, mais auquel il est difficile d’adhérer.

Jean Campion

Samedi 15 février 2020, par Palmina Di Meo

CARNAGE

Une jeunesse désillusionnée, frustrée, oubliée et au bord de l’implosion et de la révolte, c’est le nouvel opus de Clément Goethals et Hélène Beutin. Un portrait sauvage et poignant de la jeunesse actuelle.
Clément Goethals et Angèle Baux Godard parlent de leur expérience sur ce projet.

© Serge Gutwirth

Clément Goethals, vous avez déjà exploré ce thème d’une jeunesse marginalisée et des frictions qui en découlent...

Clément Goethals : Oui, avec Helene Beutin qui précédemment travaillait comme scénographe et dramaturge, Carnage est une sorte de triptyque autour de la jeunesse. Le premier "La tendresse" était dans un rapport plus introspectif. On suivait "la fille qui marche" pour découvrir tous les personnages qui habitaient sa tête et son coeur. Avec "Carnage", nous y avons mis de nous-mêmes avec une jeunesse un peu plus âgée alors dans la tendresse, "la fille qui marche" avait autour de 18 ans, ici, on tourne plus autour de 25 ans et on parle plus du sentiment de rage donc de quelque chose au bord du cri. Le troisième parlera encore d’autre chose.

Dans la présentation, vous dites qu’ils ressemblent à des chiens errants. C’est une image forte...

Clément Goethals : Au début du triptyque, j’ai eu entre les mains un texte intitulé "Nous sommes des chiens sans collier" où il est question d’un sentiment intérieur de pétition par rapport au monde. Cette notion revient à chaque spectacle mais avec "Carnage" c’est plus spécifique. On est aussi tombé sur un roman qui s’appelle "L’été des charognes" de Simon Johannin, un roman magnifique où il dépasse la notion du chien pour parler "du chien que tu as dans l’oeil", "du chien qui a la rage", "du chien solitaire" et avec Daphné Liégeois qui nous a aidé pour l’aspect documentaire et dramaturgique, on a été encore plus loin. Pour les acteurs c’est devenu un appui assez intéressant puisque nous nous sommes concentrés sur la recherche d’états, aller chercher dans l’oeil des chiens, dans leurs mâchoires, dans le comportement de la meute, dans l’affrontement de deux meutes, dans le loup solitaire... Tout cela été très inspirant pour nous .

© Serge Gutwirth

Angèle, toi qui joues dans la pièce, s’agit d’un travail physique ?

Angèle Baux Godard : Oui il y a une recherche d’énergie et de ce que cela change dans le rapport au plateau, dans le rapport au corps. Un recherche sur l’exacerbation, sur la rage et la manière dont on habite son corps quand il est dans ce sentiment là. On bouge autrement, on ne regarde pas pareil. On n’a pas la même perception de l’air autour de soi. Nous avons participé à plusieurs workshops pour essayer de toucher cet état. Donc oui, c’est très physique.

Il y a de la violence aussi dans un tel rapport ...

Clément Goethals : Pour expliquer un carnage, il faut se référer à un documentaire de Didier Nion qui a pour titre "Dix-sept ans" dans lequel on suit Jean-Benoit qui travaille dans les moteurs, sous les voitures et qui a du mal à se retrouver dans le monde, à construire sa voie, à se projeter etc... Et il y a ce que nous, nous appelons une "boule nucléaire" qui grandit dans le ventre, une rage accumulée de ne pas savoir comment faire. Régulièrement, Jean-Benoit prend sa voiture et part en forêt où il fait des ronds, il tourne jusqu’à se mettre en danger. Il appelle cela "faire carnage". Je fais carnage avec ma voiture, je fais carnage avec ma vie.
Et c’est ce moment avant l’explosion qui se répercute, soit dans une grande violence, soit dans une forme de créativité. C’est ce qui nous intéresse : l’affrontement entre ce carnage et ce qui brûle. Du coup, de la violence il y en a, car le sentiment de rage implique la frustration d’un désir et cette frustration peut avoir des répercutions sur soi en se saccageant, en se faisant du mal physiquement mais aussi en abîmant la façon d’être dans la vie, en se coupant des autres etc. Ou bien on peut s’en prendre à son alter ego, à la personne la plus proche de soi ou à la figure de l’autorité que ce soit la police ou les parents, les professeurs... Et cela par la faute d’une chape de plomb qui pourrait venir de la société, du monde dans lequel les jeunes ne se retrouvent pas de manière parfois impalpable. Il est parfois difficile de nommer ce qui nous agresse, nous fait mal et nous enrage. C’est pour cette raison que les répercutions prennent des chemins différents.

© Serge Gutwirth

Angele Baux Godard : Après dans le spectacle, j’ai la sensation qu’il y a de la violence présente sans qu’il y ait de scènes de violence concrète. Nous vivons dans un monde violent et on va coller la violence sur ces jeunes qui la portent malgré eux. Ce sont ces jeunes qui sont violents ou est-ce la violence du monde qui transparait à travers eux ?

Avez-vous vécu une expérience personnelle de ce type ?

Clément Goethals : Par rapport au vécu, Hélène Beutin et moi on vient du Nord-Pas-de-Calais. Personnellement, je viens de Roubaix, une des villes les plus pauvres de France et aussi une des villes les plus jeunes de France. Dans mon expérience personnelle, il est vrai que j’ai toujours ressenti Roubaix comme un endroit où une rage est très présente, une ville de précarité alors même que pas mal de choses sont mises en place, qu’il existe des lieux alternatifs etc... Il y a un terreau de créativité, une multitude de rappeurs... Et pourtant l’image qu’en donne la France d’un point de vue médiatique est celle d’une ville violente et dangereuse. Dès qu’il y a des émeutes, des voitures qui brûlent, on filme Roubaix. Sinon c’est une ville qui peut être rapidement oubliée. Il a toujours été déstabilisant pour moi de voir à quel point la rage présente chez les jeunes et la violence qui peut en sortir est perçue du point de vue d’une jeunesse dangereuse. Dans "Carnage" on essaye de relativiser.

Angele Baux Godard : On parle d’une jeunesse qui a entre 20 et 30 ans donc notre âge et on parle d’une précarité parfois affective. Le prisme est très large, on cherche à se questionner sur la place de chacun et sur la maturité alors que l’âge de l’adolescence est aujourd’hui prolongé.
Il y a un travail documentaire qui a été fait et puis nous avons puisé dans nos vies, dans ce qui nous habite en tant que jeunes que nous avons été ou que nous sommes encore. On peut tous s’identifier dans les rages exprimées par ces jeunes car la question de la place dans la société est fondamentale pour tous. Et aujourd’hui, on ne reçoit pas beaucoup de clefs. Mais le sentiment de rage que l’on expérimente à un moment ou l’autre, on va le dompter, on va le cacher, l’enterrer. La question est : Que se passe-t-il si on n’a pas envie de l’enterrer ?

Clément Goethlas : Dans le spectacle, on suit six personnages qui se rencontrent dans un lieu, au bord d’un barrage. La seule chose qui les rassemble, c’est la fête. L’avantage de la fête c’est que les gens peuvent se rencontrer sans se connaître. Et plus qu’une fête, cela déborde dans un rendez-vous d’enragés. Ce qui les rassemble, c’est cette "boule nucléaire“ qui bat en eux.

© Serge Gutwirth
Propos recueillis par Palmina Di Meo

Théâtre Varia


Rue du Sceptre, 78
1050 Ixelles