Mercredi 1er février 2017, par Catherine Sokolowski

Bien loin de Noël

Dans le salon délabré de son appartement, Jean-Claude, pauvre bougre campé par John Dobrynine, retrace les événements marquants de son existence. C’est l’histoire d’un “pauv’type au chomdu, largué par sa femme et qui buvait toute la journée”. L’homme reclus raconte des anecdotes drôles ou tristes dans un langage très cru. Le spectacle ressemble à du théâtre réalité sans en être, les traits sont exagérés, l’humour cache la détresse d’un désespoir intense. Décor soigné et remarquable prestation de Dobrynine sont les points forts de cette pièce de René Bizac qui oscille entre drame et comédie.

Jean-Claude habite dans un petit immeuble. Il n’a plus grand chose à faire depuis qu’il a perdu son travail et que “sa femme s’est tiré avec un steward”. Il passe ses journées à épier ses voisins et donne son point de vue sur le livreur de pizza, sa voisine Monique ou les témoins de Jéhovah. Alors, “Born to be alive” comme le suggère Patrick Hernandez repris par Jean-Claude en début de spectacle ? Pas sûr.

La particularité du monologue réside dans le contraste entre la gravité du sujet, solitude en milieu urbain, et la manière dont le sujet est traité, ton léger, humoristique. Le langage cru contribue à provoquer une sorte de malaise vu que le spectacteur ne sait pas s’il doit rire ou pleurer.

Après un passage par l’économie et le droit, René Bizac, auteur et metteur en scène, se consacre entièrement à sa vocation : le théâtre. D’abord proposé en version courte dans les “Comptes Urbains” au théâtre de poche en 2001, l’auteur choisit de retravailler le texte pour proposer ici une version de 60 minutes. John Dobrynine (70 ans) interprète le pauvre hère d’une manière très convaincante. Cependant, l’objectif de la pièce n’est pas clair. On constate que Jean-Claude est démuni et déprimé mais on ne connaît pas assez son histoire pour avoir de réelle empathie d’autant qu’il est assez féroce avec son voisinage. Gravité et légèreté se rencontrent mais ne s’équilibrent pas. Cette double lecture nuit à la profondeur d’un spectacle qui ne fait qu’effleurer la réalité d’une solitude sans l’analyser. Pourtant une certaine tendresse se dégage du monologue de Dobrynine et elle aurait pu être creusée. Comme, « y a pas à dire hein ! Un sapin en plastique, ça attire », on ne peut qu’inviter le spectateur à se faire sa propre idée.