Mercredi 17 février 2016, par Dominique-Hélène Lemaire

Au pays de la Brunotie

L’hiver n’en finit plus de sévir, vous mouille jusqu’aux os, et vous dégoûte de sortir ? Venez rire à en pleurer et rencontrer des personnages haut-en-saveurs que l’aimable Bruno Coppens soutire de son divan malin et vous a concoctés, pour l’espace d’un soir. Marrez-vous, ne vous contentez plus de rire jaune d’oeuf. Esclaffez-vous orange amère, bidonnez-vous turquoise - il y aura quelques têtes de turc au passage - gondolez-vous couleurs Venise, gaussez-vous caca d’oie, désopilez-vous gris souris. Vous en verrez de toutes les couleurs, chez ce rallumeur d’arc-en-ciel…

Bruno Coppens décortique à toute vitesse le siècle à peine entamé, avec passion et justesse. Il ridiculise les euphémismes du langage « politically correct », pourfend les addictions technologiques, déshabille les accros aux abdos, renvoie les extrémismes dos à dos, ressuscite l’humain en un tour de mot.

Il y a le décalage linguistique avec les enfants qui confondent Picasso et les voitures, les troubles du langage qui balancent tout de travers en vertu des grands sentiments, la solitude qui donne une âme humaine aux objets, le délire amoureux qui a peur de la Saint-Valentin, la patate story pour ceux qui n’ont pas peur de mâcher les mots, le ridicule qui, loin de nous tuer, nous rend plus forts (n’est-ce pas la Belgique ?). Vous irez aussi place Saint-Pierre écouter le pape-a-dit (en vertu des grands principes), vous frémirez de fierté devant ce vieux savant qui enterra des statuettes antiques, vous pleurerez notre insouciance perdue, la fuite du temps et son inéluctable angoisse. Donc, tout n’est pas drôle !

Mais entre le Destin tout court et le Destin animé, Bruno Coppens choisit l’anima, la vie, la voix des mots, la fièvre du jeu, la récréation. T’es pas tout seul, Jef ! Nous aussi on rêve d’escrime ! Bruno est visiblement « heureux-qui-communique » lorsqu’il délire, le mot au bout de la langue, jouant avec son public ébaudi, comme s’il était à un dîner en ville ! Le bûcher des inepties du monde, allumé par ses jongleries verbales, brûle alors à grand feu de joie. On se réchauffe, on revit, on reverdit même à vue d’œil. Le printemps de la langue fait grimper la sève du rire au bon pays de la Brunotie. La jouissance verbale, le festin phonétique s’installe pour deux heures de friand plaisir. Essayez donc de trouver un bon mot moins bon que l’autre ! Venez goûter des crêtes de rires sur poêle à (f)rire et vous en mettre jusque derrière les oreilles ! Mais on vous prévient, il sera très difficile, pour vous, comme pour lui, de s’arracher aux jeux de mots pléthoriques et à la très heureuse complicité d’un soir.

Dominique-Hélène Lemaire