Lundi 21 septembre 2015, par Dominique-Hélène Lemaire

Israël Horovitz, cet homme de théâtre très connu des Français

Avec plus de cinquante pièces à son répertoire, Israël Horovitz est le dramaturge américain contemporain le plus joué en France. On peut rapprocher ce grand amateur de pièces courtes d’écrivains tels que Beckett et Ionesco avec lesquels il entretenait des relations d’amitié. Il fut accueilli la première fois en France dans un appartement sous les toits de Paris mis à sa disposition par Nicole et Jean Anouilh. Joué régulièrement partout en France depuis de nombreuses années, il est peu connu en Belgique et Fabienne Govaerts, directrice du théâtre de la Clarencière à Bruxelles le connaissant personnellement, a reçu de lui carte blanche pour produire dans son théâtre à Bruxelles et au Festival d’Avignon 2015 quatre pièces courtes encore jamais produites sur scène.

Cat Lady est une pièce courte intimiste et hors les murs. Elle évoque à la façon d’un conte fantastique la mort d’une vieille dame sauvage d’esprit, à la recherche de son chat. Le flot des mots de la vieille édentée centenaire - une copie conforme de la fée carabosse de notre imaginaire - intrigue, hypnotise nos yeux et accroche notre cœur. Horovitz nous apparaît préoccupé par l’énigme de la mort, de la solitude, des accidents, des relations maritales éphémères. Les chats et les femmes auraient-ils 9 vies ? Il y a aussi les bébés morts ou disparus, les compagnons domestiques échappés. Elle erre, pauvre et cassée, pliée en deux sur son déambulateur branlant, à travers ses vies multiples, entre humour cynique (zut, les chats ne seront pas contents…) et humanité. Marie Gaëlle Janssens Casteels, la comédienne qui l’incarne d’une façon hyper réaliste, empêche le spectateur de détourner le regard ne fût-ce qu’une seconde : le maquillage est fascinant. La voix d’une grande puissance dramatique, mi-bénéfique, mi-maléfique, mi-femme, mi-chat suggère une plage hors du monde.

La mise-en scène minimaliste de Bernard Lefrancq est le fruit d’un long travail avec l’auteur même, nous confie Fabienne Govaerts. L’approche délibérée en forme de rictus déconstructeur crée immédiatement un climat surréaliste qui cherche à vous faire perdre pied. Le choc théâtral entre les scènes secoue le spectateur, autant que les accents choisis dans la pièce intitulée l’Audition. Sauvage et brutal. Les rires et les chants sont sombres et la complainte à la guitare, chantée en anglais et traduite simultanément par la délicieuse Laurence Briand remue cœurs et ventres. A boiling rage uncontained.

On ne livrera bien sûr rien sur la pièce maîtresse, Le cadeau promotionnel, un joyau de tensions dramatiques, un travail d’orfèvre des deux comédiennes Laurence Briand et Marie Gaëlle Janssens Casteels, sous la direction inspirée de Bernard Lefrancq. Celui-ci nous a d’ailleurs avoué être tombé amoureux du théâtre grâce à la pièce Horovitz Line, (Premier) jouée quand il était enfant dans une salle de gym, un lieu propice s’il en est ! Dans Le cadeau Promotionnel, une kyrielle de clefs possibles se présente : depuis le pur réalisme urbain jusqu’à la mise à nu des affects. Plein feu sur la réalité du racisme et le rêve de maternité et ses colères. Vous serez menés entre thé et café, de l’urbanité de la jeune parvenue noire au passé ravagé, à la sécheresse d’une bourgeoise blanche américaine, ballottés entre mensonges par omission et dossiers d’assurance maladie, dérapage de la vie et construction de l’avenir. De toute façon, le public est bluffé pendant une bonne partie de la représentation et le choc affectif qui vous prendra totalement au dépourvu n’en sera que plus intense ! La capacité d’amour, brillant dans les yeux incandescents, sûrement, vous emportera… à la vie éternelle, comme dit Georges Brassens !

Dominique-Hélène Lemaire