Vendredi 26 janvier 2018, par Dominique-Hélène Lemaire

Après PARIS...

Très attendu à Bruxelles !

Au service de mots bourrés d’esprit brillant qui émaillent la joute oratoire entre l’esprit latin et l’esprit anglo-saxon, il y a ces deux ogres de la scène qui dévorent les planches : Pascal Racan et Michel de Warzée - les meilleurs alliés. Arts et Lettres était invité à la 139e du spectacle tant attendu enfin débarqué à Bruxelles, à la Comédie Claude Volter, dont Michel de Warzée est l’infatigable directeur passionné. Cette formidable pièce, crée à Avignon au Off17 avec Laurent d’Olce et Denis Berner dans les rôles secondaires d’Anthony Eden, et Pierre Viénot, a recueilli au théâtre du Petit Montparnasse à Paris jusqu’au 6 janvier dernier, un succès éblouissant, avec une presse française unanime et plus qu’élogieuse. Fierté maximale pour cette fabuleuse production de deux belges à Paris qui ont su si bien incarner - et jusqu’à l’identification - des géants de l’HISTOIRE. La mise en scène est signée par l’un de nos meilleurs de la scène belge : Jean-Claude Idée, ravi d’avoir trouvé en Pascal Racan et Michel de Warzée deux grandioses porteurs d’humanité et de génie.

" MEILLEURS ALLIÉS ", la pièce en trois actes d’Hervé Bentégeat, met en scène la rencontre orageuse de Charles de Gaulle, auréolé par son vibrant appel du 18 juin à Londres en 1940, mais convoqué par Winston Churchill le 4 juin 1944, à deux jours du D Day pour qu’il se soumette au diktat anglo-saxon. De Gaulle enrage car la France Libre a été écartée de la plus grosse opération militaire de tous les temps. Il y a derrière, un certain Eisenhower, qui ne supporte pas le français, tout comme le président américain Franklin Roosevelt qui éprouvait une haine pathologique envers le très lucide général Charles de Gaulle, convaincu que les américains avaient l’intention de réduire la France à un protectorat et à des liens de vassalité. Ce sera seulement après la libération de Paris par les troupes françaises, que Roosevelt réalisera combien le général pourra contrer « la menace communiste » en France ! De Gaulle rêve d’une Europe forte, avec ou sans l’Angleterre, pour contrer l’Amérique et le bloc communiste.

La rencontre avec le bouillant Churchill se passe donc très mal.Le contraste des personnages sur scène est du plus haut comique, avec un général imperturbable, au verbe gracieux et élégant, affectant le détachement et l’ironie, face à un bougre impulsif habité par des démons incendiaires. Jeanne d’Arc, es-tu là ? Agacement, frustration, et exaspération donnent lieu à des échanges hauts en couleurs, le tout étant pourtant animé paradoxalement - et ce qui fait en tout l’intérêt théâtral - d’une fascination mutuelle pour leur génie respectif. C’est d’ailleurs grâce à l’entremise de deux très fins diplomates : Anthony Eden côté anglais, et Pierre Viénot côté français, seconds rôles particulièrement efficaces, que le chef de la France Libre ne sera pas envoyé à la Tour de Londres ! Le génie latin et anglo-saxon s’opposent dans une verve savoureuse, tandis que la diplomatie secrète et épuisante des deux diplomates finit par produire son effet. Le jeu admirable des acteurs belges Bernard d’Outremont et Simon Willame dans ces rôles respectifs est d’une incroyable finesse.

La scène est divisée en deux bureaux respectifs qui se rejoignent imperceptiblement par un divan vintage bicolore bordé de tablettes d’époque, symbole solidaire d’entente cordiale. Le fond du plateau est occupé par trois fenêtres, comme celle d’un train, celui de l’Histoire, ouvrant sur la tempête attendue et cette Manche que les Alliés vont braver avec tant de courage Le jour le plus long… On verra de courts extraits bouleversants du film pour remplacer les documents sonores inexistants. On voir ces jeunes soldats, gonflés de courage, prêts à sacrifier la fleur de leur jeunesse. On entend les avions, les trains, la guerre. On recueille le respect absolu pour tous les acteurs de cette lutte finale contre la dictature nazie et l’abaissement de la dignité humaine. On espère de tout cœur que jamais les cours d’histoire ne feront défaut aux générations futures. Et l’on pleure. Et l’on frémit, pour cette guerre de cent ans qui n’en finit pas de finir ! Brexit es-tu là ?
Dominique-Hélène Lemaire