Jeudi 9 février 2017, par Dominique-Hélène Lemaire

Apathiques s’abstenir !

Deux divas accueillies au théâtre de la Clarencière
En ces temps blêmes et drolatiques qu’est-ce qui peut bien faire du bien ? Qui ou Qu’est ce qui viendrait bien nous rassurer ? Peut-être, l’humilité, la compassion, la mise à nu fortuite… Le retour à la création, à ses mystères, à son organisation, à ses violences et son énergie. Ainsi, donc, deux donzelles entêtées qui ont passé l’âge des jeunes premières, ont décidé de se battre contre la morosité qui abat, qui ensevelit et dénie le jaillissement de la vie. Une belle leçon pour tous les as de pique, les apathiques, les lymphatiques, les sceptiques, et toute autre clique atypique, qui ne jouent jamais aux zygomatiques.

Elles ont, en plus, et ce n’est pas la moindre des choses, question de hasard ou de proximité, mis leurs talents au service d’une noble cause. Elles ont promis les bénéfices de leur spectacle pour participer activement à la lutte contre le cancer.
Leur viatique, c’est le rire et la chanson, depuis l’opéra jusqu’au bal populaire. Leur auxiliaire favori : un corps heureux de vivre serré l’une dans un tailleur rutilant de pierreries pour l’une, pour l’autre, serré dans un tailleur sévère de directrice d’école, neutre comme la livrée des oiseaux femelles, et pourtant la très féminine, c’est l’autre ! Allez comprendre !

Elles font flèche de tout bois, pourvu que l’effet soit comique. Leur arme fatale, c’est d’une part, une voix de soprano capable de grandes envolées, de l’autre, une voix de mezzo étonnamment chaude en comparaison avec la livrée discrète de l’oiselle. Pour tout accessoire, un nid de pies voleuses juché sur une table haute de cocktail dinatoire, ici de cocktail musical. Et en oriflamme, l’idée de parcourir entre les chansons, les secrets de Dame Nature, de faire un inventaire des mille et un kamasutras de la faune et de la flore. Eh oui, on apprend des choses, même les grand-mères ! Le retour à la nature, n’est-il pas souvent une source de retour à l’essentiel ? A l’indispensable humilité, aux sources même du mystère ? Aux sources de la consolation ultime ? Cela fait sens !

Grand mères qui jubilent devant les vieux airs… Grand-pères sérieux qui se sont toujours défendus de chanter, sont prêts à s’éclaircir la voix et à rejoindre l’irrésistible méli-mélo musical des deux complices. La bienveillance est retrouvée devant la générosité et l’audace des artistes. Des Chéris et des Chéries de maintenant sont saisis de vertige devant l’humus chantant de siècles passés interprété avec tant de conviction.
Robots ! Allez donc vous coucher ! Et mourez sous les quolibets de Mendelsohn, Trenet, Bach ouvert et Bach Jean-Sébastien, Satie, Vian, Haendel (il faut oser le « Dixit dominus ! »), et George Gerswin « The man I love », our favourite ! Et que jamais, paroles ou mélodies, ne s’effacent ! Dixit Sophie de Tillesse et Diana Gonissen, ou inversement.

Dominique-Hélène LEMAIRE