Lundi 14 novembre 2011, par Samuël Bury

Afrique, à deux mains

D’habitude, les jeux de mots ne s’expliquent pas. Mais là, il le faut. Car ils prennent leur source dans le texte de l’auteur, Eric Durnez. C’est un mix entre « l’Afrique, c’est demain » et les deux mains coupées de l’écrivain qui en écrivait trop…
Bref, tout ça pour dire qu’avec Un paradis sur terre, on se retrouve en Afrique, dans un camp de réfugiés européens. Emmenés dans cette fiction par la voie du conte et forcément touchés de voir les rôles s’inverser. La vision eurocentriste et « maître du monde » en prend un coup en même temps que les clichés fusent comme des petites baffes à vocation gentiment humaniste.

La pièce a été créée à Ouagadougou pour le jeune public. Et ça se sent. Dans le bon sens du terme. L’introduction nous place déjà dans une structure narrative liée à la mémoire et aux incantations de magie. Puis, les scènes s’enchaînent rapidement, courtes et d’une intensité quasi légère. Sans doute parce qu’il n’y est presque jamais question de repères de lieu ou de temps et que, par conséquent, l’esprit peut prendre davantage de liberté.

« Crevasse » (ou creuvasse) lâche à tout bout de champ l’homme excédé qui fulmine sur son flingue capricieux ou sur les rudes conditions du « Camp Sud ». Eh oui, en Europe il était « quelqu’un », un flic à la carrière pourtant plane, un mari à l’apparence virile et un père comme un autre. Et là, il se retrouve dans un lieu qu’il exècre, n’ayant plus d’autre choix. Avec sa femme au grand cœur et sans sa fille, morte en Europe. Cet homme, Oswald, est brillamment incarné par Simon Gautiez qui joue la figure de la décadence rongée par la peur et l’alcool de cadavre.
Autre figure marquante, Ildevert Méda, qui jongle avec les rôles de Grand Oncle (le conteur), Zouna (le délégué du camp) et Principio.

Un moment presque trop court et un texte qui dit juste l’essentiel et laisse imaginer le pire comme le meilleur.