ANIMAL FARM

Bruxelles | Théâtre | Théâtre Royal du Parc

Dates
Du 9 novembre au 10 décembre 2022
Horaires
Tableau des horaires
Théâtre Royal du Parc
Rue de la Loi, 3 1000 Bruxelles
Contact
http://www.theatreduparc.be
info@theatreduparc.be
+32 2 505 30 30

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Lundi 28 novembre 2022, par Jean Campion

Une Fable séduisante et terrible

En 2019, Thierry Debroux proposait une adaptation angoissante de "1984", le chef- d’oeuvre de Georges Orwell, paru en 1949. Pris à partie par la mise en scène ingénieuse de Patrice Mincke, le public était plongé dans l’univers cauchemardesque de ce roman prémonitoire. Orwell fait preuve de la même lucidité dans "La Ferme des animaux". Ce récit satirique démystifie la révolution russe et dénonce les méfaits du stalinisme. Des mises en garde malheureusement de plus en plus d’actualité. C’est pourquoi il est heureux que Thierry Debroux nous en propose une version musicale accessible à tous.

Après un court préambule qui justifie la statue du cochon, le rideau se lève sur un décor imposant. Modulable, il permet d’enchaîner les séquences sur un rythme vif. Une dizaine de comédiens, associés à de jeunes talents, jouent plusieurs rôles, chantent et dansent. Leur vitalité nous entraîne dans un spectacle coloré et pétillant. On savoure les créations musicales de Laurent Beumier. On apprécie la singularité des masques, le pouvoir de suggestion des costumes et la qualité des chorégraphies, orchestrées par Emmanuelle Lamberts. Cependant si cette comédie régale les yeux et les oreilles, elle permet aussi, par sa limpidité, de comprendre les avertissements de Georges Orwell, qui a publié cette fable en 1945, un peu avant le début de la guerre froide. Une période de tensions parallèle à la nôtre...

Inspiré par un rêve, Sage l’Ancien, le cochon le plus âgé, prône l’égalité entre les animaux. Il les incite à s’unir et à se rebeller contre le fermier Mr Jones, qui les traite en esclaves. Convaincus, ils entonnent un chant des partisans. Exaspéré par le vacarme, Jones tire des coups de carabine à l’aveuglette, les animaux regagnent leurs cages. Quelques jours après son discours, Sage l’Ancien meurt. Mais son rêve se réalise. Affamés, les animaux attaquent les ouvriers de Jones, chassent tous les hommes et prennent possession du domaine, qu’ils baptisent "La Ferme des animaux". Boule-de-Neige, César et Beau-Parleur, trois cochons choisis pour leur intelligence supérieure, élaborent les sept commandements qui la régissent, le premier étant : "Tout deux pattes est un ennemi."

Les animaux mangent à leur faim et sont heureux. Pas tous ! Incapable de résister aux sucres et aux flatteries, la jument Molly pactise avec les humains. Plus grave : l’hostilité entre les chefs, constamment en désaccord. Puisque Boule-de-Neige veut faire construire un moulin à vent, César est contre. Bien décidé à accaparer le pouvoir, celui-ci calomnie puis chasse son rival. La voie est libre pour imposer une dictature fondée sur l’hypocrisie, le mensonge et la trahison. On ajoute par exemple à "Nul animal ne tuera un autre animal." (6e commandement) "sans raison valable". Devenu tout-puissant, César instaure un culte de la personnalité et favorise la race supérieure des cochons, qui dorénavant marchent sur deux pattes. Lorsqu’il vante l’intérêt du commerce avec les hommes, les animaux sont déconcertés. Beau-Parleur réussit habilement à leur faire accepter ce revirement. Tout en leur promettant une amélioration de leurs conditions de vie, le dictateur leur impose un travail harassant. Hercule, un vieux cheval stakhanoviste, en est victime. Il serait mort d’épuisement... à l’hôpital. Fake-news ! Un fourgon a emmené ce travailleur, désormais inutile, à l’équarrissage.

Cochons et hommes sont entourés de toute une faune symbolique, représentant "les animaux". La rigueur de la mise en scène empêche ce foisonnement de disperser notre attention. Nous nous attachons aux principaux protagonistes : Sage l’Ancien (Thierry Janssen) déclencheur de la révolution, Boule-de-Neige (Fabian Finkels) opposant héroïque à César (David Pion), tyran soutenu par le rusé Beau-Parleur (Guy Pion). On sort de ce spectacle ébloui et perplexe. Quand ferons-nous taire César ?

Jean Campion

Théâtre Royal du Parc