Jeudi 26 septembre 2013, par Dominique-Hélène Lemaire

1001 jours à la rencontre de l’Orient, voici Europalia India 2013 !

Europalia India oblige, les miniatures indiennes du Ramayana au musée du Cinquantenaire

La troisième exposition de l’automne au Musée du Cinquantenaire de Bruxelles vient de s’ouvrir. Elle rassemble 101 miniatures indiennes appartenant au Musée national de New Delhi. Le choix fut fastidieux parmi les 500 oeuvres de la collection. Europalia India oblige, le musée participe au voyage dans l’imaginaire indien.

Le Ramayana, à l’instar du Mahabharata, est une grande épopée hindouiste classique de l’Inde. Compilé jadis par le légendaire poète Valmiki, il constitue l’un des monuments de la littérature mondiale.

Le Ramayana fut écrit à l’origine en sanscrit. Il décrit, en sept livres (kanda) de 24.000 couplets (shloka), l’histoire du prince Rama et de son épouse Sita. Le héros de l’épopée est Rama, prince héritier d’Ayodhya, qui, à la suite d’une intrigue à la cour, doit s’exiler pendant 14 années dans la forêt en compagnie de sa femme Sita et de son demi-frère Lakshmana. La belle et vertueuse Sita est enlevée par ruse par Ravana, le roi des démons, à dix têtes, qui habite sur l’île de Lanka (Sri Lanka). En compagnie de Lakshmana, Rama débute alors une quête longue et ardue à la recherche de son épouse. Après bien des aventures et des épreuves difficiles, Rama finit par triompher de Ravana et libère sa femme Sita, avec l’aide de l’armée des singes, dirigée par le général des singes, Hanuman. Le Ramayana est une histoire de courage, de fidélité, d’amitié, d’amour et de justice. Il possède une profonde signification religieuse. Les Indiens considèrent Rama comme une divinité et le vénèrent encore aujourd’hui comme une des dix incarnations du dieu hindou Vishnu, qui prit plusieurs avatars pour descendre sur terre.

Le Ramayana a été une source d’inspiration pour de nombreux artistes au cours des siècles, tant en Inde que dans les pays voisins, la Thaïlande, le Cambodge, le Laos, le Vietnam et l’Indonésie. Les miniatures sont exposées dans une seule salle pen accrochage vertical par trois. la raison est à la fois la restriction des moyens du musée et des raisons de sécurité. il est conseillé d’acheter le magnifique catalogue peu encombrant qui reprend l’histoire passionnante de chaque oeuvre photographiée. Sur 50 écoles artistiques existantes, 21 sont représentées dans l’exposition par des miniatures inspirées du Ramayana et qui ont été réalisée par des artistes indiens entre le XVIe et le XIXe siècle.

Chez les artistes peintres rajasthani et pahari, l’épopée fait partie des thèmes de prédilection. Elle ne laissa pas non plus indifférents les empereurs moghols musulmans. Ainsi, en 1588, le célèbre empereur Akbar fit traduire le Ramayana en langue persane, et de nombreux artistes des ateliers de la cour s’en inspirèrent pour leurs oeuvres. L’empereur lui-même donna l’ordre de représenter le Ramayana dans des séries de miniatures. L’exposition fait découvrir un art de la miniature dans lequel l’artiste peintre indien révèle sa maîtrise dans la façon de représenter l’homme et la nature d’une manière unique.

« Ramayana – Miniatures indiennes du Musée national de New Delhi »

Du 21/11/2013 au 18/05/2014 au Musée du Cinquantenaire, Parc du Cinquantenaire 10 à 1000 Bruxelles. Renseignements : www.mrah.be

Visites guidées, informations et réservations : tél. 02.741.73.11 –sec@mrah.be

EUROPALIA INDIA : ce dimanche 3 novembre 2013, l’Inde célèbrait Diwali !La fête de la lumière, de la prospérité et de l’espoir.
Diwali est l’une des fêtes principales de l’hindouisme et elle est célébrée par tous les Indiens. Souvent appelée fête de la lumière, Diwali est dédiée à Maha Lakshmi, déesse de la lumière, de la fortune, de la chance, de la sagesse et de la prospérité. Dans et autour des maisons, les dyias, petites coupoles en terre cuite remplies de ghī (beurre clarifié) illuminent la profonde nuit de la nouvelle lune et éclairent jusqu’à l’âme de tous ceux qui participent à la fête. C’est un moment de renouveau, proche en signification de la nouvelle année, avec les bonnes résolutions qui l’accompagnent.
La fête de Diwali célèbre la victoire du bien sur le mal : de la lumière sur l’obscurité, du chaud sur le froid, de la vérité sur le mensonge et de la pureté sur la souillure. Diwali est l’occasion d’un grand nettoyage au sens propre comme au figuré : les maisons sont nettoyées de fond en comble et les hindous ne consomment ni viande ni alcool pendant une semaine afin de se purifier de l’intérieur.

Divālī fait appel à de nombreux mythes et légendes de l’hindouisme, se rapportant principalement à Vishnu et à son épouse Lakshmi :

...comme Brahmā, dieu de la création, et Shiva, dieu de la destruction, Vishnu, dieu de la préservation, fait partie de la Trimūrti la trinité de l’hindouisme qui a peu à peu remplacé dans la ferveur populaire la trinité védique que constituent Agni (le feu), Vāyu (le vent) et Sūrya (le soleil). Chacune de ces trois divinités est accompagnée de sa parèdre (sa shakti), c’est à dire la déesse puisssante qui lui est associée. Ainsi, l’épouse de Brahmā est Sarasvatī, déesse du savoir, celle de Shiva est Pārvatī (qui peut revêtir les formes terribles que sont Durga et Kālī), et enfin, celle de Vishnu est Lakshmi, qui personnifie la richesse intérieure, naturellement associée à la préservation.

Vishnu est d’autre part très populaire au travers de ses dix avatars, ses incarnations sous différentes formes, dont les plus connues sont Rāma, le roi mythique héros du Rāmāyana, la grande épopée hindoue, Krishna, le séduisant et divin berger, qui symbolise l’amour divin inhérent chez l’humain, voire quelques autres comme Narasimha, l’homme-lion.

Outre Lakshmi, et les deux avatars de Vishnu que sont Krishna et Rāma, Divālī met également Ganesh à l’honneur. Ganesh, le dieu à tête d’éléphant, fils de Shiva et de Parvati, est une divinité majeure, bénéfique car il est « celui qui écarte les obstacles de l’égo ».

Avant tout, Divālī célèbre le retour dans sa capitale, Ayodhya, de Rāma avec son épouse Sītā, qu’il a reconquise de haute lutte sur le démon Rāvana, comme le conte le Rāmāyana. Le nom Divālī (ou Dīpāvali), dont le sens est « rangée de lumières », rappelle en effet le chemin de lampes fait à Rāma par les habitants d’Ayodhya pour éclairer son retour.

Les rangoli sont les décorations qui, lors de la fête, ornent les maisons, les cours, les sanctuaires et même les salles à manger.

Destinées à témoigner d’une chaleureuse hospitalité - car lors du troisième jour, Lakshmi, selon la croyance populaire, vient elle-même visiter les maisons - les rangoli sont dessinées sur le sol avec de la farine de riz en signe d’accueil et pour repousser les mauvais esprits. Des poudres de couleur sont aussi utilisées, afin de former des dessins de formes géométriques. Cette décoration se complète avec des feuilles de manguier et des guirlandes de soucis.


I N D E ? Le terme « Inde »  : provient de la version persane « Sindhu », relative au nom donné au fleuve Indus qui prend sa source dans l’Himalaya, et coule jusqu’à la mer d’Oman. Des origines mythiques. Les textes officiels le nomment « Bharat » : le mot d’origine sanskrite faisant référence à un roi hindou antique, héros du Mahâbhârata. C’est peut-être à lui que pensait Rabindranath Tagore lorsqu’il composait en 1911 un chant qui devait servir en 1950 d’hymne national indien : « Le salut du peuple est dans tes mains ! Tu es le souverain des âmes du peuple, Tu es celui qui dirige le destin de l’Inde ! Victoire, victoire, victoire à toi. » Le terme Hindoustan est sans doute vieilli, un mot d’origine persane signifiant « terre des hindous » créé lors des invasions mogholes. L’Inde est la plus grande démocratie parlementaire du monde abritant plus de 1,2 milliards d’habitants. Elle se définit administrativement comme une union, une fédération d’états dans lequel règne un gouvernement représenté par un parlement.


Axé sur la rencontre particulièrement riche et colorée, le dialogue et l’échange, EUROPALIA.INDIA se focalise sur 7 pôles de réflexion, révélateurs de la culture et des expressions artistiques indiennes : le corps, l’Indomanie, l’Inde de demain, arts & traditions, l’eau, Bollywood & au-delà et la diaspora.

En guise de coup d’envoi, deux expositions-phares très complémentaires, s’ouvrent bientôt au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles :

Dès le 4 octobre 2013 : L’exposition « Corps de l’Inde » décline les différentes perceptions, traditions et croyances liées au corps en Inde. Plus que nos racines linguistiques indo-européennes, nos cultures ont en commun un élément essentiel et indéniable : le corps. C’est le point de rencontre choisi par Naman Ahuja , commissaire de l’exposition, pour explorer les divers aspects du berceau de notre culture car c’est la meilleure façon selon lui de comprendre l’Inde et ses cultures passionnantes et diversifiées. « Qui pose l’œil sur la statuaire indienne, se penche sur les miniatures mogholes, s’intéresse à sa tradition de la culture physique, du massage, à la pratique de la médecine, de la danse, regarde les femmes parées de leurs saris chatoyants, les mains ornées de henné, observe le panthéon des dieux hindous et leurs corps extraordinaires, étudie les notions de pureté et d’impureté si cruciales dans la société indienne... ne peut qu’être frappé par l’omniprésence du corps dans l’art et la culture indienne ». Yoga, Ayurveda ou Kamasoutra - la manière dont la civilisation indienne aborde le corps a fasciné les voyageurs européens depuis Vasco de Gama. « From ash to rapture », la célébration du corps est le lien qui unit toutes les religions et unit l’élite des puissants au commun des mortels. Cette exposition propose un voyage inoubliable entre plusieurs pôles opposés : de la mort à la renaissance, des forces maîtrisant le destin au pouvoir de l’action humaine, du désir et de la séduction à la conquête du corps par le biais de l’ascétisme. Des chefs d’œuvre originaux de l’art indien - pour certains jamais encore exposés ni sortis de leur terre natale - vont ravir l’imaginaire des visiteurs. Ils sont issus de temples anciens, de musées provinciaux oubliés, de collections royales et du Musée National de l’Inde. Plus de 200 chefs d’œuvre, les fondamentaux qui ont forgé l’Inde depuis le 3e millénaire avant notre ère jusqu’à nos jours. Un catalogue somptueux.

Dès le 15 octobre 2013 : l’exposition « Indomania », de Rembrandt aux Beatles joue le thème des rencontres. Elle illustre au fil d’une narration passionnante à travers le temps, la fascination (parfois la répulsion) et l’influence de la culture indienne sur nos artistes européens depuis le XVIe siècle. Le sous-titre « De Rembrandt aux Beatles » laisse présager de la variété des médias explorés, allant de dessins et tableaux à des installations contemporaines, en passant par l’architecture, le cinéma, la musique et la photographie sans négliger l’artisanat, un art peut-être moins noble mais qui contient toute l’âme indienne. Pour conclure, deux artistes belges contemporains, Max Pinckers et Hans Op de Beeckont ont eu l’occasion de développer chacun des œuvres en résidence à Mumbai et à Hampi, deux pôles extrêmes une fois de plus : la mégapole et le village oublié. Ils se feront l’écho de ce que peut être l’Indomanie aujourd’hui. Pour seulement 1€ par élève, les groupes scolaires ont accès aux 2 expositions… Messieurs et mesdames les enseignants, ne ratez pas le rendez-vous avec cette culture millénaire ! Gratuit ! le petit booklet d’initiation pour les enfants… à l’exposition « Indomania » sous forme de BD.

Europalia.india travaille en outre avec de nombreux autres partenaires culturels, tant en Belgique que dans les pays limitrophes. Une vingtaine d’expositions aborderont des thèmes variés allant du sari, à l’architecture, en passant par Bollywood, le design, le Sanscrit, le Ramayana, d’exceptionnelles photos du XIXe siècle,…

À Liège, par exemple, un parcours d’artistes contemporains abordera la thématique de l’eau par le biais de photographies, vidéos et installations. L’eau est déterminante pour la civilisation indienne. Elle est élixir de vie : la mousson, indispensable aux cultures, est aussi la saison romantique par excellence. Les rivières sacrées sont des sanctuaires religieux mais aussi des lieux de vie : on y prie, y joue, y travaille, s’y promène ou s’y lave. Mais l’eau est aussi intrinsèquement liée à la mort, par son manque, les maladies qu’elle véhicule parfois, mais aussi par son rôle religieux : l’eau sacrée du Gange purifie les corps et libère l’âme des défunts. Enjeu social, économique et géopolitique l’eau a suscité de nombreuses réflexions et inspiré de tout temps les poètes, musiciens, dessinateurs et est au cœur de nombreux projets artistiques contemporains.
À Anvers, Le M HKA et le MAS accueillent eux aussi des artistes contemporains pour des résidences, des installations et un symposium sur l’art contemporain en Inde. Le MAS exhume également ses collections indiennes pour l’occasion.

Les indissociables

Indissociables l’une de l’autre, mais aussi de la culture indienne, la musique et la danse seront largement mises à l’honneur au cours du festival. Au niveau de la musique, quelques-uns des plus grands maîtres feront résonner les musiques traditionnelles et sacrées du Sud et du Nord de l’Inde, L. Subramaniam au violon carnatique, Amjad Ali Khan au sarod et Ashwini Bhide en chant hindoustani entre autres. De nombreuses rencontres seront quant à elles célébrées lors de concerts croisés entre maîtres indiens et musiciens belges ou internationaux. Un grand programme éclectique et varié.
Les arts de la scène indiens du programme europalia.india reflèteront la diversité de l’Inde par des danses rituelles et sacrées, des danses folkloriques et du théâtre de marionnettes. Le cinéma indien trouvera bien évidemment sa place dans ce festival au centre de l’Europe. Le programme comporte des rétrospectives, des événements thématiques, des rencontres avec des réalisateurs. Bollywood bien sûr, mais aussi les autres Tollywood, Kollywood, Mollywood et le cinéma alternatif… et Flageywood, surprise !
La littérature indienne : prose, poésie, épopées ou encore bande dessinée ne sont pas oubliées. Le festival accueillera notamment les auteurs Abha Dawesar et Tarun Tejpal. Mais la rencontre ne se cloisonne pas aux musées ou salles de spectacle. Plusieurs campus universitaires se sont emparés du sujet sous forme de cycles de conférence et d’expositions thématiques. Les bibliothèques aussi sont rentrées dans l’Indomania ambiante diffusant l’engouement indien d’europalia.india aux quatre coins de la Belgique en organisant conférences, ateliers, lectures ou autres événements thématiques.
Passion ou curiosité, découvertes ou retrouvailles, europalia.india permet à chacun de rencontrer son désir d’Inde au sein d’un programme ambitieux et varié et de nouer un dialogue mémorable avec le foisonnement humain et spirituel de sa culture.
Pour plus de détails sur la 24ème édition du festival Europalia : Galerie Ravenstein, 4 - B 1000 Bruxelles | T +32 (0)2 504 91 20 | F +32 (0)2 504 91 21 | info@europalia.eu
http://www.europalia.eu/fr & http://www.europalia.be
Et aussi : http://www.bozar.be/activity.php?id=13458

Bon voyage !Dominique-Hélène Lemaire