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Démocratie

Bruxelles | Théâtre | Centre Culturel d'Uccle

Quandle 9 November 2012
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Démocratie

Ce mois de mai 1974, c'est la stupeur : le Chancelier Willy Brandt, le Chef d'Etat de la République fédérale d'Allemagne (RFA), l'homme de la réconciliation des deux Allemagnes, le Prix Nobel de la Paix, démissionne. On vient de découvrir que son assistant personnel, son homme de confiance depuis son accession au pouvoir en 1969, Günter Guillaume, est un espion de la redoutée police de la RDA, la Stasi. Le scandale est énorme. L'incompréhension aussi : comment une telle puissance a-t-elle pu ainsi se laisser aller ? Dans la pièce, Günter Guillaume nous rend compte a posteriori des évènements historiques auxquels il a assisté. Observateur privilégié, il décompose sous nos yeux les rouages de la machine politique qui mène Brandt au succès et aux prémices d'une réunification, puis les manipulations qui pousseront le Chancelier vers la sortie.



Quand les luttes et les chutes construisent, déconstruisent, reconstruisent

L’accès de Willy Brandt* à la chancellerie de la république fédérale d’Allemagne (RFA) en 1969 donne le départ d’une réhabilitation de son pays au sein de la communauté internationale, et en même temps, d’une politique de normalisation des relations avec l’Est.

Mais à l’Est, le service secret (la Stasi) prend peur de l’affection du chancelier, et voit ce rapprochement d’un mauvais œil : pour justifier l’enfermement de ses citoyens derrière le Mur de la Honte et le Rideau de Fer, la RDA avait besoin d’une RFA hostile. Le sabordage de l’action pacifiste de Brandt est alors orchestré par l’envoi d’un espion, Günter Guillaume, qui parviendra à s’infiltrer jusqu’à devenir l’assistant personnel de Brandt pendant quatre ans. L’auteur de la pièce a choisi l’angle dramaturgique de confier à cet espion une double mission théâtrale : être le narrateur qui nous rend compte a posteriori des événements historiques auxquels il a assisté, et être le traitre manipulateur qui décortique sous nos yeux les rouages d’une machine politique redoutable. Le déchirement de Guillaume entre son dévouement à sa patrie et son admiration pour l’action idéaliste et visionnaire de Brandt donne à l’auteur une matière dense pour l’exploration de la conscience et de l’humanité des êtres. La mise en scène judicieuse de Jean-Claude Idée mêle habilement passé et modernité. Quant à la distribution franco-belge (Jean-Pierre Bouvier, Alain Eloy, Frédéric Lepers,…) de dix comédiens, tous excellents, elle est aussi solide que l’impressionnant Mur à laquelle la scénographie donne naturellement une place essentielle. Jusqu’à sa chute finale qui ouvre une porte philosophique et métaphorique sur notre présent. La question de la nécessité des partis politiques est posée. Et de leur dangerosité aussi, lorsqu’ils manipulent les êtres et les structures au détriment des libertés individuelles et collectives. Ce thriller d’espionnage plein de suspense et d’universalité (qui se jouera à Paris en septembre et octobre 2012) est à voir ! Céline Verlant

*Brandt, pour qui l’élévation du Mur de Berlin était une stupidité, fut le premier chancelier allemand à tendre la main à l’Allemagne de l’Est, le premier à s’agenouiller devant le monument en hommage aux victimes du Ghetto de Varsovie. Cet initiateur de la réunification a reçu le Prix Nobel de la Paix en 1971.



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