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Le fait d'habiter Bagnolet

Bruxelles | Théâtre | Atelier 210

Quanddu 27 February 2008 au 22 March 2008

Nombre de vote: 0
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Le fait d'habiter Bagnolet

Portes : 20h
Spectacle : 20h30

Prix : tarif plein : 16 €
-30, +60 ans : 13 €
-26 ans : 8 €

Réservation par téléphone : 02/732.25.98
ou par mail : info@atelier210.be

métro : Mérode
tram : 81 et 82 (Place Saint-Pierre)
bus : 22,27,80 (Gaulois), 36 (Av. d'Auderghem), NO6 (Gaulois)

De Vincent Delerm, Mis en scène par voir cet artisteMarie-Paule Kumps Avec Laurent Renard et Fanny Duroisin Première création en Belgique – Une production de l'Atelier 210
Alice et Simon sont assis face à face dans un petit restaurant. Ce sont les instants frémissants d'une relation qui commence, ceux où tout est possible. Dans moins d'une heure, ils s'embrasseront sur le trottoir… Mais en attendant, Vincent Delerm nous invite à entrer dans l'intimité de leurs pensées qui se bousculent ; C'est drôle, indiscret, poétique, savoureux, touchant et tendre, léger et essentiel…



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Il y a 2 avis sur "Le fait d'habiter Bagnolet"


L@uR€nc€votre score 18 17/03/2008 - 23h10 (id :266)

Héhé, j'aime contredire et j'affirme PARFAITEMENT l'inverse!
J'ai trouvé que les acteurs étaient juste très sincère et que si ils ne l'avaient pas été, le texte aurait été vide!
Cependant, c'est vrai que c'est pas mal trouvé du tout, cette idée de dire ce qu'on pense pendant un rencard!
Le décors était pas mal, j'ai cru pendant tout le spectacle que les deux tables finiraient par se rapprocher pour n'en former qu'une... qu'elles étaient séparées pour montrer que les deux personnages ne sont pas prêt d'y arriver... mais étant donné que c'est seulemnt en sortant du restaurant qu'ils se rapprochent, je suppose que c'est pour ça que les deux tables sont restées... deux.
J'ai passé une très bonne soirée et je pense vraiment que la sincérité des comédiens a tout fait!

Répondre
Clo 29/02/2008 - 10h20 (id :227)

En se concentrant sur le fond et le magnifique texte de Vincent Delerm, tout en poésie, en nuances et en anecdotes dérisoires du quotidien, on parvient à prendre du plaisir, grâce aux mots.

Néanmoins, la mise en scène ne sert pas la pièce (déplacements inutiles, actes exagérés...) et les comédiens surjouent leur personnage, ce qui empêche parfois de s'imprégner vraiment de l'ambiance... Les sentiments sont poussés à l'extrême alors qu'ils auraient gagné à être joués plus en finesse, le spectacle en aurait été plus convaincant...

Mais ceci n'est que mon humble avis et sans doute trouvera-t-on des personnes pour affirmer juste l'inverse ! ;-)

A vous de juger !

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Marie-Paule Kumps

Cette saison, Marie-Paule Kumps était la Reine dans L’Oiseau Vert, elle a co-écrit et joue Tout au Bord avec Bernard Cogniaux et met en scène Le Fait d’habiter Bagnolet.

Voilà, j’ai au moins 3 bonnes raisons pour parler à nos lecteurs de ces 3 talents puisque tu es tout à la fois auteure, interprète et metteuse en scène. Pour coller à l’actualité, je commencerai par l’écriture avec Tout au Bord, à l’affiche en ce moment au Public. Parmi la petite vingtaine de pièces que j’ai comptées à ton actif, celle-ci est ta 5ème collaboration en écriture avec ton compagnon de vie Bernard Cogniaux. Peut-on parler d’une institution quand on évoque le couple Cogniaux-Kumps au théâtre ? Marie-Paule et Bernard

Eh bien j’ai déjà envie de dire NON ! (rires) C’est-à-dire que j’avais déjà écrit un seule en scène (Mado), avec l’aide de Sylvie de Braekeleer et le premier spectacle qu’on a écrit et créé Bernard et moi, c’était Orage sur un Dictionnaire, un spectacle ludique autour du thème du théâtre. Puis le second spectacle qu’on a écrit ensemble, c’était Pour qui sont ces enfants qui hurlent sur nos têtes ? [1], c’est vrai que c’était un thème tout à fait familial et c’est vrai qu’on était absolument dedans puisqu’on avait 2 jeunes enfants. Ça racontait l’histoire d’un jeune couple depuis la conception du premier enfant jusqu’aux 5-6 ans du second. Et ce couple se disait qu’avec les enfants, ils vivent à rythme fou : on travaille, il faut faire à manger, la lessive, les courses… et ce monde va tellement vite que parfois ce couple avait des réflexions absurdes parce qu’il n’avait plus le temps de réfléchir ni à ce qu’on fait, ni au pourquoi de ce qu’on fait, comme si leur quotidien s’était mis à s’accélérer autour d’eux. Et c’est vrai que c’est une question que nous nous posions. On nous a dit souvent “Ah c’est autobiographique” et on laissait dire en souriant, mais bien sûr que ce ne l’est pas complètement parce que justement nous nous sommes posé beaucoup de questions par rapport à l’éducation, par rapport aux choix de vie. Je pense que nous, dans notre vie, nous avions une certaine distance justement par rapport à ça. C’est vrai qu’on courait : on jouait le soir, on rentrait tard, le matin, on se levait, on faisait des tartines, on conduisait un là et l’autre là, on répétait vite car il fallait être revenu à 4 heures pour les enfants ! Mais nous n’étions pas dans le cas de ce couple qui, à un moment donné, ne réfléchit plus ; par exemple, dans la dernière scène, ils avaient décidé de divorcer parce que tous les enfants de la classe des leurs avaient des parents séparés, donc ils trouvaient que – alors qu’ils s’aimaient - c’était peut-être mieux pour préparer l’avenir des enfants dans le monde actuel ! Donc voilà : ce n’est pas complètement autobiographique ! Pas plus que pour ce cinquième spectacle co-écrit – Tout au bord - qui traite à nouveau du thème de la famille. C’est encore une fois un prétexte et ça nous a beaucoup plu de retrouver le même couple bien plus tard, au moment où les deux enfants ont quitté le nid familial, ce qui crée une espèce de vide, parce qu’on a un changement complet d’horaire et de rythme, qu’il ne faut plus se dépêcher de faire la lessive, il ne faut plus nécessairement faire à manger pour les gamins etc. Et sans même s’en rendre compte au début, ces mêmes parents remettent en question toute leur façon de vivre et le mode de vie que nous impose de plus souvent la société. En plus Bernard et moi on se posait la question, une question qui nous intéresse pour le moment « Qu’est-ce qu’on fait dans cette société de consommation ? Comment peut-on avoir une responsabilité civique participative dans la société actuelle »

Tout au Bord.1Oui, vous avez ajouté une dimension sociale à ce spectacle-ci qui colle assez bien avec les préoccupations de paupérisation, de notre société (SDF, sans papiers)

Oui, c’est plutôt ça, tous nos questionnements. Et l’on s’est dit qu’en prenant ce couple-là au moment où les enfants partent, c’était l’occasion de leur faire faire des remises en question comme d’avoir envie de changer de cap. Mais il y aurait pu avoir un autre déclencheur que le départ des enfants, pour que ce couple ne soit plus heureux de vivre comme avant.Moi ça m’est déjà arrivé de retour après un voyage de prendre du recul en me disant “Mais qu’est-ce que je fous à vivre ainsi ?!.” Donc pour répondre plus précisément à ta question, ce n’est pas que lié à la famille et j’ai d’ailleurs écrit plein d’autres choses sur des thèmes assez différents.

En effet. Tu écris aussi pour toi ou pour vous et j’aimerais savoir si en Belgique c’est une nécessité pour avoir plus l’occasion de jouer d’écrire pour soi ?

Je ne sais pas si c’est une nécessité, parce que c’est toujours une démarche très personnelle, mais c’est vrai que quand j’étais plus jeune, je n’avais pas toujours tout le temps mes saisons pleines dans de grands théâtres institutionnalisés qui me proposaient des contrats salariés. Et donc je ne me suis jamais posé trop de problème avec ça. Je ne me suis jamais retrouvée à attendre près de mon téléphone, et déjà jeune, j’avais plein d’envies personnelles. J’avais un contrat là et puis un projet avec des ami(e)s, avec des gens de la Ligue d’Impro et on trouvait une salle, ou une co-production, on faisait son projet et puis j’avais un autre contrat que ce soit à Vilar, au National, au Poche ou au Rideau. Je ne me suis jamais dit “je n’ai pas de travail, il faut que j’en trouve” et ça c’est mon caractère. J’ai eu beaucoup d’idées, pas toutes très bonnes d’ailleurs (rires)… des envies “Oh j’aimerais bien travailler avec untel, oh j’ai envie d’écrire sur thème-là, oh ça serait chouette d’adapter cette pièce” Alors ça se mettait un peu tout seul entre tes contrats. Et c’est vrai que si tu te montes des projets personnels et qu’à l’intérieur de ça tu te crées un rôle, évidemment que tu te crées de l’emploi… mais pas toujours du revenu ! Tout au Bord.2 Il y a des auteurs qui n’écrivent que pour les autres

Bien sûr. Mais moi je me suis toujours sentie – je crois Bernard aussi – d’abord comédienne et donc l’écriture est venue dans cette ligne de démarche-là. Donc lorsque j’écrivais, je voyais déjà le spectacle et ce que j’avais envie de jouer, comment j’avais envie de le jouer… Mais assez rapidement quand même, j’ai écrit pour d’autres, ainsi Laurence Bibot m’avait demandé ainsi qu’à 3 autres auteurs d’écrire pour son spectacle : Laurence Micro. J’ai fait la même chose pour les spectacles Oups ! et Black & White de Lorette Goose. J’ai écrit aussi Il suffit d’un battement d’aile pour Gudule, Martine Willequet et Monia Douieb qui m’en avaient fait la commande (mis en scène par Patrice Mincke). Et j’écris avec beaucoup de plaisir pour les autres. La première fois que j’ai ressenti un grand plaisir à faire ça, c’est avec Christine Delmotte et 4 de ses étudiantes du Conservatoire de Liège qui venaient de sortir de l’école et avaient envie de se créer un spectacle. Elles avaient demandé à 4 femmes auteures d’écrire une petite pièce et elles avaient fait un spectacle à partir de cela qui s’appelait Les Tricheuses. Je crois que c’est bien la première fois qu’on m’a passé une commande. Et j’ai adoré le spectacle. Et je me suis dit « ah que c’est gai ! » parce que je voyais les choses d’une certaine façon et elles en avaient fait autre chose, mais c’est comme si elles l’avaient transcendée, elles avaient été plus loin que ce que j’avais imaginé. C’était gai parce que ça ne m’appartenait plus et j’ai vu le spectacle comme une spectatrice. J’ai aussi écrit avec Bernard pour nous et d’autres, comme À Table ou plus récemment Saison One.

Et le talent mis à part, à quoi peux-tu attribuer le succès de tes pièces ?

(Long silence) Je ne sais pas, parce que ça pourrait paraître prétentieux. J’essaye toujours d’écrire avec beaucoup de sincérité. Personnellement j’aime bien – et je crois que Bernard aussi, en tout cas quand on co-écrit – on aime bien partir des petites choses de la vie, parce qu’on trouve que la vie n’est pas faite de grandes théories, de grands discours. La vie c’est aussi le quotidien : c’est “Y a pas de café ce matin” ... ça te met déjà de mauvaise humeur ! Ce qui nous intéresse c’est de parler de l’humain et du cœur. Nous on n’est pas des gens de la tête. J’aime bien les théories, j’aime beaucoup réfléchir au sens, j’aime beaucoup réfléchir dans mon écriture comment j’équilibre une phrase, mais je trouve que le centre de la chose c’est l’humain, c’est le cœur et la chair.

Quand vous écrivez à deux, ça se passe comment ? Chacun de son côté ?

En général on essaye de trouver une histoire ou un début d’histoire qui nous accroche tous les deux

Comme quand vous faisiez de l’impro tous les deux, puisque c’est comme cela que vous vous êtes connus ?

Oui, c’est vrai. Parce que l’impro c’est ça…

Vous écrivez en parlant ?

Non, pas du tout. Pour la technique, c’est vrai que l’un dit quelque chose et l’autre part de ça pour apporter sa pierre et ainsi de suite pour former un dialogue. Et notre écriture c’est un dialogue, mais pas comme ça. Par exemple pour Tout au Bord on a beaucoup chipoté. Et c’est le premier spectacle où l’on chipote comme ça. On avait l’idée de vers où l’on voulait aller et l’on avait commencé à écrire et en général ce qu’on fait : l’un écrit plus ou moins une scène et puis l’autre la lit et puis continue et quand on est plus loin et qu’on voit mieux où ça va. Parfois on se dit qu’il faudrait qu’il lui arrive ça et l’on écrit une scène plus loin. Donc c’est un peu comme en impro, on construit chaque fois sur ce que l’autre a apporté. Mais ici, on n’était pas satisfait de l’histoire et l’on avait beau faire tout ce qu’on pouvait, ça ne fonctionnait jamais… Et chaque fois on discute : pourquoi on n’aime pas, pourquoi on aime bien, c’est trop anecdotique, c’est trop quotidien, c’est trop petit. Et, au fur et à mesure, on se rend mieux compte de ce qu’on a envie de raconter… Et un jour Bernard m’a dit : “J’ai tout mis au bac et j’ai une autre idée !” mais quelque part c’était lié à tout ce qu’on avait déjà écrit, mais ça démarrait autrement “Tu verras. Je ne sais pas si c’est bien… j’ai écrit toute une scène”. Et j’ai lu et j’ai dit “Ah.. génial… ça y est, je vois… bravo, bravo, magnifique”. Et j’ai écrit la 2ème, et lui la 3éme “Je sais ce qu’elle va faire” ... Et puis le camping ... et hop hop hop c’était parti. Et alors on ne calcule même pas, ce n’est pas très organisé. Ce n’est pas nécessairement juste la scène qui suit. Tu vois ? Mais on se parle toujours et à un moment donné quand ça marche bien, ce qui fut le cas de Tout au Bord, on ne sait plus très bien qui a écrit quoi parce qu’alors on se met à corriger. C“ette scène est beaucoup trop longue, j’ai coupé, j’ai arrangé” Tout se retravaille et c’est très gai.

Dans tout ce que vous écrivez l’humour est toujours présent

C’est vrai. Pourtant parfois on se dit qu’on ne doit pas écrire un truc drôle et c’est quand même drôle (rires) C’est énervant…

C’est un excellent moteur pour faire passer des idées

Oui, j’aime assez bien quand, même dans la vie, on arrive à prendre une petite distance sur les choses, quand on peut arriver à rire de choses difficiles en les regardant par un autre angle. Par exemple on ne voulait pas que Tout au Bord soit une comédie. Pas du tout ; c’est un couple qui bascule, qui perd le Nord, mais nous les auteurs, on ira plus vite qu’eux pour comprendre pourquoi, mais eux, ils mettent toute la durée de la pièce pour comprendre ce qui leur arrive. Donc on était parti pour écrire un drame. Mais je ne sais pas… je crois que c’est notre façon d’écrire …

C’est aussi votre façon d’être !

Sans doute, oui tu as raison. Et aussi notre regard sur les choses qui fait qu’on aime bien quand il y a une distance. Mais c’était périlleux car nos personnages s’enfoncent inéluctablement. Et donc il y a un virage dans le spectacle où l’on peut rire pendant une scène ou deux et puis, il n’y a plus de raison de rire. Et puis à la fin, il y a de nouveau des choses drôles et je pense que cela se termine quand même sur une note optimiste et positive. A contrario, quand on avait écrit À Table, on savait qu’on allait le jouer à la Toison d’Or, donc on s’est dit “Ça doit être une comédie”… et malgré ça, il y a des scènes un peu grinçantes…

Il y a 3 pièces qui ont été jouées au Rideau et pour lesquelles tu as chaque fois écrit une version racontée aux enfants

Ouiii c’était très gai aussi ça. Je trouvais intellectuellement l’ensemble de la démarche excitante. Moi j’aime toujours beaucoup les défis. J’ai donc lu et relu L’Odyssée et Don Quichotte qui étaient de grandes pièces – je veux dire en volume littéraire, de gros bazars… L’exercice était très intéressant : il consistait à se demander “Comment faire pour raconter tout cela à des jeunes, tout en gardant la poésie, l’énergie ?”. J’ai donc écrit 3 adaptations - la 3e étant Le Château - qui duraient environ 55 minutes. Je partais respectivement des textes d’Homère, Cervantès ou Kafka tout en essayant chaque fois de coller au style des adaptations faites par Paul Emond, pour que ce soit le petit frère du grand frère joué le soir. Donc pas du tout comme moi je l’aurais adapté. Donc on n’a pas du tout simplifié, on a laissé la poésie telle quelle, parce qu’il existe un grand nombre d’adaptations édulcorées pour les enfants, pire les unes que les autres… Et j’ai donc fait toute une réflexion sur ces spectacles-là parce que j’avais vraiment envie que ce soit très simple et qu’on retrouve l’action, la philosophie de l’histoire et le style de l’écriture. Je jouais tous les personnages en alternance avec Delphine Charlier parce qu’il y avait une telle demande, avant même que ce ne soit créé, que cela aurait été trop lourd pour moi seule, vu qu’on jouait encore le soir la pièce principale. On a tout fait ensemble.

Après, il y avait une partie animation, avec je suppose des questions-réponses…

Oui, c’est cela. Et aussi ce qui est très original c’est que nous avions fait le pari de le faire en costume et dans le décor. On faisait entrer des groupes pas trop nombreux et on les accueillait en expliquant qu’il y avait la pièce le soir et que nous, on allait la leur raconter. Et après il y avait des questions qui fusaient mais de tous ordres et l’on en profitait pour se balader dans le décor, les coulisses, et toutes sortes de choses comme les éclairages autour de la pièce en question et du théâtre en général.

C’est un peu dommage qu’on ne reprenne plus ce genre d’initiatives.

Oui. Et ça marchait tellement bien qu’on jouait pour les enfants le matin et l’après-midi !

Avant de parler de ta prochaine mise en scène, je voudrais faire un petit retour en arrière sur ta dernière interprétation, en tant que comédienne, dans L’Oiseau Vert de Gozzi où tu nous offres encore une fois de beaux moments en grommelot [2] une technique que tu maîtrises parfaitement. Pour moi tu es LA championne du grommelot… J’adore !

Oui j’aime bien faire cela et cela se prête bien dans la Commedia dell’Arte qui est très codée. C’est très gai et c’est le genre de personnage qui me convient bien. Mais moi je passe mon temps, en tant qu’actrice, à essayer d’en faire moins, parce que je suis – déjà dans la vie - quelqu’un de très expressif avec les mains et tout ça et donc, sur le plateau, on me dit d’en faire moins et je dois me retenir... alors si je fais une comédie, j’ai vite fais d’en faire des kilos et contrer cette tendance, c’est pour moi un vrai travail ! Alors qu’il y a des acteurs pour lesquels on se dit “Je sens que c’est juste à l’intérieur, mais on ne le voit pas… Il faut qu’on sente la colère, il faut qu’on sente le bonheur.” La Reine dans L'Oiseau VertIl y a des metteurs en scène qui demandent à leurs étudiants ou même à des comédiens qu’ils s’expriment plus, qu’ils bougent un peu plus … Et moi c’est toujours l’inverse ! Rarement on me dit que je ne joue pas sincèrement, mais « ramène tout cela » et donc je me dis “Attention, Marie-Paule, attention ! Moins, moins, moins !” Alors pour moi, dans L’Oiseau Vert, pour une fois Carlo Boso [3] me disait “Oui, très bien, tu peux y aller, c’est Cruella, c’est Walt Disney contemporain ce qu’on fait… Vas-y !” Et quand je faisais une sortie bien propre, il me disait : “Tu peux en rajouter” ... “HA ! ah, chouette”. Donc c’était une vraie récréation.

On va terminer en parlant de la mise en scène sur laquelle tu travailles pour l’instant.

Oui, Le Fait d’habiter Bagnolet c’est une petite pièce qu’on monte pour l’Atelier 210. Tu sais, j’avais travaillé une saison à Paris avec Les uns chez les autres d’Alan Ayckbourn, il y a 3-4 ans, et on est parti Philippe Résimont, Isabelle Paternotte et moi et il y avait 3 comédiens français. Finalement je suis restée 2 fois plus ou moins 4 mois à Paris. J’étais là, célibataire, errant dans Paris, allant beaucoup dans les bibliothèques puisque j’avais beaucoup de temps pour moi, et c’est ainsi que j’ai lu des tas de pièces… Bref j’avais découvert cette pièce de Vincent Delerm qui n’en a écrit qu’une (puisqu’il a surtout écrit des chansons) et je l’avais trouvée très chouette « c’est trop mignon, j’aimerais bien monter ça, j’adorais ». Et ce projet a un peu dormi, je l’ai proposé dans quelques théâtres qui n’ont pas donné de suite et puis par hasard, j’apprends qu’à l’Atelier 210, ils veulent monter cette pièce et qu’ils avaient déjà les 2 comédiens : Fanny Duroisin et Laurent Renard. Et puis, je crois que c’est Bernard qui leur a dit : “Oh c’est marrant, Marie-Paule adore cette pièce, elle rêverait de la monter”. Et un mois après, on me téléphone : “Écoute, on n’a pas de metteur en scène, est-ce que cela te dirait qu’on travaille ensemble ?” Et j’ai dit OUI ! bien sûr et puis les dates ont été reportées.

Comment ça se passe ?

Voilà, je viens de commencer, il y a 2 jours. On a refait des lectures en tous sens. C’est une pièce qui est très écrite, comme ses chansons d’ailleurs : de vrais petits bijoux. Ces textes sont mignons, ils sont marrants, tu ne hurles pas de rire, mais tu souris tout le temps et c’est ce que j’aime. C’est très référentiel et ce sont toutes des petites choses du quotidien, mais dans la douceur du sentiment, de la relation, de l’émotion… c’est très poétique. Voilà, on fait un travail à la table assez important et l’on va encore y rester un bout de temps. C’est tout simple, mais il y a une certaine originalité. Maintenant on va voir ce que cela va donner parce que c’est en même temps difficile. C’est un jeune couple au restaurant… et il y a un narrateur qui nous dit avant : “Ils sont à ce moment où on se dit que tout est possible… Tu as pris rendez-vous avec ce type et tu sais que vous allez sortir ensemble, enfin tu le penses, tu l’espères, tu as l’impression que … Ils vont manger et à la fin, ils vont s’embrasser, elle ira chez lui ; ils vont même s’installer ensemble, ils vont vivre 7 ans ensemble et puis ils se quitteront”. La pièce met en scène des moments qu’on a tous connus où l’on a chaud, où l’on se dit : “Je n’aurais pas dû faire ça, pourquoi je ne mange pas, il va se dire que je suis anorexique, pourquoi j’ai parlé de ça ?” et l’originalité provient du fait que ce narrateur a déjà éliminé tout suspense dès le début ; puis toute la pièce se passe au restaurant mais il n’y a pas de dialogue, ce ne sont que les pensées. Il y a un ou deux petits moments où l’on comprend que c’est vraiment la chose qui a été dite. Et les pensées - c’est beaucoup l’observation de soi - vont dans tous les sens. Le défi est que ce n’est pas du dialogue, donc c’est peu vivant et il va falloir trouver la vie dans le jeu… J’espère que ça va être bien !

Tes sources d’inspiration ?

Les gens !

La nature ?

Non, j’aime beaucoup la nature et j’en ai besoin pour me ressourcer. J’essaye au moins une fois par an d’avoir un bain de nature, j’aime me promener, mais ma source d’inspiration c’est encore et toujours les gens. Je trouve toujours que les gens sont beaux. Souvent je pleure en regardant les gens – j’entends un truc grave au GB et je pleure déjà… Je trouve que la nature humaine est tellement belle… Tout ce qu’on peut dire, tout ce qu’on peut faire… Il y a parfois des regards qui parlent. Je suis toujours émerveillée par la nature humaine et assez amoureuse des gens. Pour moi c’est essentiel et c’est là que je trouve mon inspiration.

Ta philosophie de vie, comment vivre plus heureuse ?

Ce qui est très important pour moi, et de plus en plus en vieillissant : j’essaye toujours de me sentir bien dans ma peau, d’avoir mon extérieur en harmonie avec mon intérieur. J’essaye, et ce n’est pas toujours facile. S’il y a des choses que j’ai envie de faire, j’essaye de trouver le moyen de les faire. S’il y a des choses que j’ai envie de dire, de trouver le moyen de les dire. Essayer d’être en harmonie, en transparence. Mais il y a toujours des choses que tu n’as pas envie de faire et que tu DOIS faire, et là j’essaye de regarder par le côté qui permet de voir les choses plus agréablement et de façon plus positive. Je n’y arrive pas toujours, mais en tout cas j’essaye. Et même dans une journée qui est pleine et où je dois faire quantité de choses comme aujourd’hui, et bien j’essaye de prendre le temps : “Tu arrives ? Eh bien, on va d’abord prendre le temps de se boire un petit café !”

Merci pour l’accueil et le café, et merci d’avoir pris le temps de nous parler de ton travail. En tout cas, on se réjouit d’aller voir comment tu auras pu relever ce défi à l’Atelier 210.

Propos recueillis par Nadine Pochez le 19 janvier 2008-01-19 © Photos Cassandre Sturbois

Tout au Bord au Théâtre Le Public du 15 janvier au 8 mars 2008.

Le fait d’habiter Bagnolet de Vincent Delerm – Atelier 210 : du 27 février au 22 mars 2008

[1] Lansman « Nocturnes » N° 39

[2] Grommelot, sorte de langage imaginaire. C’est un truc de théâtre, où tu fais comme si tu parlais, mais tu ne dis rien et malgré tout on te comprend (Dario Fo en est expert !)

[3] César d’honneur en 1990 !


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