Le langage du corps Autrefois, on pensait que les crises d’hystérie, qui touchaient surtout des femmes, étaient imputables à une affection gynécologique (le mot grec hystera désigne l’utérus). Plus tard, on l’a considérée comme une maladie psychique. Aujourd’hui, le terme n’est plus usité dans le vocabulaire médical. À la fin du XIXe siècle, le docteur Jean-Martin Charcot mettait en scène l’hystérie à l’hôpital parisien de la Salpêtrière. Lors de démonstrations publiques, il commandait une crise d’hystérie à des patientes. Bon nombre de ces femmes se sont révélées d’excellentes comédiennes, parfaitement capables d’évoquer ou de simuler l’hystérie. L’étude du déroulement d’une crise d’hystérie a servi de substrat à la chorégraphe et danseuse Charlotte Vanden Eynde et la metteure en scène et comédienne Dolores Bouckaert pour leur spectacle Deceptive Bodies (corps trompeurs). Celui-ci tient de la chorégraphie, avec des torsions acrobatiques du corps, des engourdissements et des relâchements extrêmes, des mouvements répétitifs, des secousses violentes, des attitudes sensuelles, des gestes de dévotion, des contractions des mains et des pieds, des langues tirées… Bouckaert et Vanden Eynde transposent la question de la véracité par opposition à la manipulation du corps hystérique dans le contexte du spectacle. Elles passent au crible leur propre corps et celui de l’autre et examinent la manière dont son langage peut être interprété, mais manipulé aussi. Comment le corps traduit-il notre vécu intérieur ? Mais comment nous induit-il tout autant en erreur, comme s’il menait une existence autonome ?