Journal d'une femme de chambre
2011-03-22

- Dates
- 2011-03-22 — 2011-04-09
- Lieu
- Catégorie
- Théâtre
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_ L'enfer social Laurent Renard
_ Dans le rôle de Mirbeau, qui crée et improvise devant nous tous les rôles de son célèbre roman...Le récit, éminemment démystificateur, constitue une manière d’exploration pédagogique de l’enfer social, où règne la loi du plus fort, à peine camouflée par les grimaces des nantis. Forme moderne de l’esclavage, la condition des domestiques et gens de maison, comme on disait, est dénoncée par la chambrière, que le romancier dote d’une lucidité impitoyable : « On prétend qu’il n’y a plus d’esclavage... Ah ! voilà une bonne blague, par exemple... Et les domestiques, que sont-ils donc, sinon des esclaves ?... Esclaves de fait, avec tout ce que l’esclavage comporte de vileté morale, d’inévitable corruption, de révolte engendreuse de haines. » Le domestique est un être « disparate », « un monstrueux hybride humain »,qui « n’est plus du peuple, d’où il sort », sans être pour autant « de la bourgeoisie où il vit et où il tend ». Si tous les serfs des temps modernes sont condamnés à l’instabilité, à la surexploitation et à de perpétuelles humiliations, les femmes de chambresont de surcroît traitées comme des travailleuses sexuelles à domicile,ce qui est souvent le premier pas vers la prostitution.
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_ Mais Mirbeau ne nourrit pour autant aucune illusion sur les capacités derévolte de la gent domestique, qui est aliénée idéologiquement et presque toujours corrompue par ses maîtres : Célestine elle-même, malgrésa lucidité et son dégoût, finit par devenir maîtresse à son tour et par houspiller ses bonnes, dans "le petit café" de Cherbourg où elle a suivi le jardinier-cocher Joseph, antisémite et sadique, enrichi par le vol audacieux de l’argenterie des Lanlaire, et dont elle s’est persuadéequ’il a violé et assassiné une petite fille...
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_ La nausée
_ NicolePalumbo
_ Dans le rôle de Célestine
_ Au-delà de cette révolte, sans lendemain, contre un ordre social hypocrite et injuste, le journal de la chambrière témoigne d’un écœurement existentiel qui est celui du romancier; anarchiste convaincu,Mirbeau s’emploie en effet à susciter chez nous une véritable nausée existentielle et met en lumière le tragique de la condition humaine en peignant la vie quotidienne dans tout ce qu’elle a de vide, de vulgaire et de sordide.
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_ Mais, par la magie du style et grâce au secours des mots, qui nous vengent de tous nos maux, le roman-exutoire se révèle paradoxalement tonique et jubilatoire et la nausée apparaît comme la condition d’une élévation.
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_ Oui, on rit, on rage, on pleure, on gueule et on se révolte tout au longdes mésaventures de cette (tellement délicieuse...) femme de chambre...
