Oogst van de wrok
2018-02-06

- Dates
- 2018-02-06 — 2018-02-07
- Lieu
- KVS_Bol
Rue de Laeken, 146 1000 Bruxelles
Bruxelles - Catégorie
- Théâtre
Dans des États comme l’Oklahoma, où les Joad sont agriculteurs de père en fils depuis des générations, ces facteurs se conjuguent jusqu’à créer des situations intenables. Il ne reste plus rien d’autre à faire que de déménager, de se mettre en quête d’une vie meilleure. Mais si atteindre la terre promise californienne est une chose, y construire une vie nouvelle en est une autre. C’est en tout cas ce qui ressort du terrible roadmovie où Steinbeck emmène ses lecteurs, dans le sillage de personnages comme Jim Casey, le prédicateur qui doute à haute voix de sa foi, le père et la mère Joad, leur fils Tom qui vient de sortir de prison (pour coups ayant entraîné la mort), sa sœur Rose, enceinte, pour ne nommer que ceux-là. Steinbeck esquisse ces personnages sans coup férir et avec beaucoup de compassion. Son roman exprime son admiration pour la capacité de résilience de l’esprit humain, y compris dans les situations les plus insupportables. Le décor de cette quête épique n’est autre que la légendaire Route 66, la plus courte voie menant au pays des oranges.
Il s’avère en définitive que l’histoire des Joad est celle d’un espoir déçu. Les sacrifices auxquels il faut consentir en cours de route sont trop grands, la récompense au bout du chemin est trop maigre. Ces choix narratifs, Steinbeck les a d’ailleurs payés par de nombreuses réactions négatives, surtout de la part des grands propriétaires terriens de Californie, qui ont tenté en vain de le faire passer pour un « traître à la nation » et un « sale communiste ». Cela dit, la majorité des Américains se sont laissés volontiers entraîner par le récit : fin 1939, le roman avait déjà été vendu à plus de 430 000 exemplaires et, l’année suivante, il a été couronné par un prix Pulitzer. Plus tard, en 1962, The Grapes of Wrath, jouera aussi un rôle déterminant dans l’attribution à Steinbeck du prix Nobel de littérature, la plus haute distinction littéraire. En 1940, le livre est adapté pour le grand écran par John Ford, avec Henry Fonda dans le rôle principal. Les Raisins de la colère restent aujourd’hui encore un bestseller.
Le metteur en scène Luk Perceval, tout comme dans son Platonov (2013) de Tchekhov, nous livre une interprétation radicale, personnelle de ce célèbre récit. Ce spectacle, après FRONT Polyphonie (2014), est la seconde coproduction réunissant le NTGent et le Thalia Theater Hamburg, la maison à laquelle Perceval est lié depuis déjà des années. Si cette production remplace effectivement La Promesse, précédemment annoncée, elle développe néanmoins les mêmes thèmes. Les questionnements sur l’immigration et l’attitude à adopter à son égard sont d’une actualité plus brûlante que jamais. Politiquement, mais aussi humainement, ce sujet nous contraint de réfléchir – en toute humilité – sur notre statut. N’avons-nous pas tous été des réfugiés, dans un passé proche ou lointain ? Et est-ce juste de vouloir fermer les frontières à des familles qui sont simplement en quête d’une existence digne ? A travers le roman magistral de Steinbeck, ces questions reviennent comme un boomerang au visage de l’Europe d’aujourd’hui, et avec en sous-titre cette interrogation : que voulons-nous récolter, à terme?
