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Archives des arts de la scène
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Un souffle sur la vitre

2008-11-18

Affiche du spectacle
Dates
2008-11-18 — 2008-11-18
Lieu


Catégorie
Evénements Divers
Un souffle sur la vitre
Mardi 18.11.2008
Concert

par François Piron, critique d'art, commissaire d'exposition et enseignant en histoire et théorie de l'art à l'Ecole Nationale des Beaux-Arts de Lyon.

La transparence est l'une des valeurs modernes par excellence, qui ne peut être reliée à aucune idéologie en particulier, mais subsume les plus contradictoires. Au début du 20e siècle, rationalistes et mystiques, socialistes et libéraux, pacifistes et bellicistes, conceptualisent la transparence et construisent leurs idéaux avec les propriétés du verre. Parallèlement, la notion d'architecture transparente catalyse dès son origine, que l'on pourrait placer au moment de la construction du Crystal Palace de Joseph Paxton pour l'Exposition Universelle de Londres en 1851, utopies et dystopies, dans un enchaînement de commentaires imbriqués les uns dans les
autres. Chernichevsky projette, dans son roman Chto Delat ? (What is to be done ?), son utopie pré-socialiste dans le rêve d'un bâtiment transparent, immédiatement ironisée par Dostoïevski dans Les Carnets du souterrain, qui voit dans le Crystal Palace l'horreur latente d'un espace clos, climatisé, au sein duquel la vie sociale serait régulée. Une thèse que reprendront nombre d'auteurs jusqu'à nos jours pour lesquels la transparence est l'outil le plus abouti d'une surveillance totale. Un « parc humain », pour reprendre l'expression de Peter Sloterdijk, dont l'un des derniers ouvrages, significativement intitulé « Le Palais de Cristal », revient sur cette
architecture comme signe prémonitoire d'une gouvernementalité régie par une vision de la société ordonnancée comme un intérieur, une maison élargie : « la biopolitique débute sous la forme d'un bâtiment en enclos ». Pourtant, la transparence, malgré tout, reste indéfectiblement une valeur positive, contre l'obscurité, le trouble, l'opacité du réel. Ces tensions et ces contradictions, ces utopies et ces dystopies, un texte les contient, celui de Paul Scheerbart, L'Architecture de verre (1910). En tant qu'outil de réflexion sur la modernité, L'Architecture de verre est un noeud de paradoxes, un hiatus, un hapax : entre ornementalisme et discours messianique, entre beauté et raison, ce texte ne se résout à aucune orthodoxie, ne se plie à aucun paradigme. Précurseur, mais presque aussitôt lettre morte, adulé autant qu'incompris, il est peut-être à considérer comme ce qui aurait pu être un autre modernisme.
Et si Scheerbart était vivant, et que nous étions tous morts ?